Leur guerre contre la tradition

Voici le texte de la lettre envoyée aux évêques français par Mgr Jordy et Mgr Lebrun, le 6 mai dernier, leur demandant l’application stricte du diktat de François contre la messe traditionnelle pendant tout le prochain pèlerinage de Notre Dame de Chrétienté à la Pentecôte. Ainsi, les prêtres doivent demander l’autorisation à l’évêque du diocèse où ils se trouvent, donc chaque fois que le pèlerinage change de diocèse, et à condition qu’ils aient été ordonnés avant le diktat de François (puisque pour les autres l’évêque doit demander au pape…). Et les prêtres qui participent au pèlerinage doivent pouvoir célébrer la messe de Paul VI, ce qui est contraire à la nature même du pèlerinage.

(Les incurables bisounours ont salué l’élection du cardinal Aveline comme président de la conférence épiscopale parce que soi-disant il serait bienveillant envers la liturgie traditionnelle. Or il a forcément donné son aval à la lettre de Jordy-Lebrun. On sait aussi qu’il a appuyé la décision de l’archevêque de Lyon d’interdire la messe traditionnelle lors d’un pèlerinage à Fourvière.)

Chers frères évêques,

Faisant suite à des questions posées par l’évêque de Chartres et certains autres évêques à propos du pèlerinage de Chrétienté, le Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements a transmis à la présidence de la Conférence des évêques de France, par une lettre du cardinal Roche datée du 8 avril dernier, les informations suivantes qu’il souhaite que les évêques fassent connaître :

1/ Seulement l’évêque diocésain, en tant que modérateur, promoteur et gardien de toute la vie liturgique dans l’Église particulière qui lui est confiée, a l’autorité nécessaire pour réglementer les célébrations liturgiques dans son propre diocèse (cf. Christus Dominus 15). Il est très important que tous sachent que seul l’évêque diocésain a cette autorité. Par conséquent, il est de sa compétence exclusive d’autoriser l’utilisation du Missale Romanum de 1962 dans son diocèse, en suivant les indications du Siège apostolique.

Une organisation, laïque ou ecclésiale, peut certainement convoquer et organiser un pèlerinage, mais n’a aucune autorité en ce qui regarde la liturgie.

De même, les prêtres de la FSSP, selon le Décret particulier qui leur a été donné, savent qu’ils doivent obtenir le consentement des évêques des différents diocèses où ils se trouvent, pour utiliser les livres liturgiques antérieurs à la réforme lorsqu’ils célèbrent les sacrements en dehors de leurs maisons.

2/ Comme la faculté de célébrer en utilisant le Missel romain de 1962 accordée par l’évêque diocésain ne vaut que pour le territoire de son diocèse, il appartient à l’évêque de chaque diocèse qui sera traversé par le Pèlerinage de Chartres, de donner la faculté de célébrer la messe avec le Missale Romanum de 1962 sur le territoire de son diocèse aux prêtres qui ont été ordonnés avant le 16 juillet 2021, date de publication du Motu Proprio Traditionis Custodes ; pour ceux qui ont été ordonnés après cette date, l’évêque doit demander la licence au Siège Apostolique.

3/ Contrairement à ce qui a été demandé par l’organisation du Pèlerinage dans les « Informations pratiques pour les prêtres, religieux, séminaristes et religieuses participant au pèlerinage » à la page 5, durant le pèlerinage tous les prêtres célébreront le sacrement de la Pénitence selon le Rituel réformé par le Concile.

4/ À tous les prêtres doit être offerte la possibilité réelle de célébrer la Messe selon le Missel romain renouvelé par décret du saint Concile œcuménique Vatican II.

Nous vous invitons à faire écho à ces informations selon les moyens que vous trouverez opportuns.

Mgr Lebrun et moi-même restons à votre disposition pour toutes informations complémentaires.

Mgr Vincent Jordy
Archevêque de Tours

Mgr Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen

Le credo de Nicée-Constantinople

Pour honorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée (qui commença le 20 mai 325), j’ai décidé d’apprendre le « symbole de Nicée-Constantinople » en grec. J’y ai été incité par le fait d’avoir sous la main la nouvelle édition des divines liturgies byzantines publiées par DEISIS, et aussi parce que lors des célébrations pascales je l’ai entendu à plusieurs reprises, lors des offices que je suivais sur internet, retransmis en direct d’Athènes : ce qui m’a permis de constater que ces offices étaient intégralement en grec biblique, y compris l’épître et l’évangile.

Je me suis rendu compte d’abord que je ne connaissais pas du tout le texte grec, alors que je connais un certain nombre de textes grecs de la liturgie byzantine : c’est tout simplement qu’à Saint-Julien-le-Pauvre, que j’ai fréquentée pendant près de trente ans, on le disait toujours en français.

La première approche est surprenante, car on se trouve face à une cascade de participes substantivés à l’accusatif, dont plusieurs avec l’article. C’était certes courant en grec ancien, mais ça ne correspond à rien en français et sonne donc quelque peu exotique. Littéralement « (je crois dans) le du Père né avant tous les siècles », « le pour nous les hommes et pour notre salut descendu des cieux »…

Et quand on arrive au Saint-Esprit, c’est « le du Père procédant ». ἐκπορευόμενον. (Ekporèvoménon.)

C’est le fameux verbe qui est devenu le terme technique pour désigner la procession du Saint-Esprit. Et seulement elle. Les latins, du haut de leur arrogance, n’ont jamais seulement essayé de comprendre qu’un Grec qui répète tous les jours « τὸ ἐκ τοῦ Πατρὸς ἐκπορευόμενον », et qui sait que ce verbe ne s’applique qu’au Saint-Esprit provenant du Père, ne peut pas admettre qu’on ajoute le « Filioque ». Parce que l’expression « qui procède – ἐκπορευόμενον – du (Père et du) Fils » ne se trouve chez aucun père de l’Eglise, dans aucun texte des sept conciles, et même est explicitement niée à partir de saint Jean Damascène. En fait, quand on lit les pères grecs, on voit que c’est le mouvement même de la pensée qui est étranger à toute idée d’une procession du Père et du Fils « comme d’un seul principe ».

Le texte grec du Credo fait prendre conscience du parallèle qui est fait entre le Fils et le Saint-Esprit.

Le Saint-Esprit est dit

τὸ ἐκ τοῦ πατρὸς ἐκπορευόμενον
(to ek tou patros ekporevomenon)

ce qui répond exactement à ce qui est dit du Fils :

τὸν ἐκ τοῦ πατρὸς γεννηθέντα
(ton ek tou patros gennithenda)

Littéralement, de même que le Fils est « le du Père né », le Saint-Esprit est « le du Père procédant ». Il n’y a pas de place pour « et du Fils ».

Or l’expression indiquant l’origine du Saint-Esprit a été ajoutée par le concile de Constantinople. Le parallélisme a donc été voulu.

C’est sans doute ce que le pape Léon III avait compris et avait voulu manifester lorsque, résistant à Charlemagne qu’il avait couronné et à ses théologiens, il fit apposer à Saint-Pierre de Rome, en 809, deux plaques d’argent où était gravé le Credo en latin et en grec, tous deux se terminant par : « Moi Léon, j’ai posé ces plaques par amour et pour la sauvegarde de la foi orthodoxe. »

N.B. L’Eglise latine dit célébrer le 17e centenaire du concile de Nicée. Mais dans sa néo-liturgie le Credo de Nicée-Constantinople est optionnel et donc très rarement dit. En revanche dans la liturgie byzantine il est dit à chaque messe (y compris en semaine), ainsi qu’aux complies, et il fait partie des prières usuelles du fidèle.

Saint Bernardin de Sienne

Saint Bernardin de Sienne par Sano di Pietro, après 1450, Musée national des Abruzzes (L’Aquila). « Manifestavi nomen tuum ominibus ». J’ai manifesté ton nom aux hommes. Dans la bouche de saint Bernardin, c’est le nom de Jésus. Mais la citation est celle de Jésus parlant de son Père.

Extrait de la recension de Un prédicateur populaire dans l’Italie de la Renaissance. Saint Bernardin de Sienne (1380-1444), de Paul Thureau-Dangin, par Noël Valois (1896).

Saint Pierre Célestin

La date de naissance de Pietro Angeleri, fils de pauvres paysans, va de 1209 à 1221 selon les sources. Il se fit ermite sur le mont Morrone, d’où le nom qu’on lui donna aussi de « Pietro del Morrone » ou « Pierre de Moron ». Sa réputation de grande sainteté lui attira des disciples, et il créa une branche bénédictine qui prit ensuite le nom de Célestins. Puis il se retira dans un autre ermitage. En juillet 1294 les cardinaux allèrent le chercher pour le faire pape. Il y avait 27 mois que le siège apostolique était vacant, et les cardinaux avaient fini par se dire qu’un saint ferait l’affaire. Pietro fut donc sacré évêque et couronné pape, sous le nom de Célestin V, malgré sa volonté. Il n’était pas du tout préparé à une telle tâche, et il fut effrayé par les intrigues politiques qui se tramaient à Rome. Au bout de cinq mois il démissionna et retourna à sa chère solitude.

On a raconté que le cardinal Caetani l’avait forcé à démissionner pour prendre sa place, et fait mettre en prison, où il mourut, et certains ajoutent : empoisonné. Le cardinal Caetani devint en effet son successeur sous le nom de Boniface VIII. Mais le reste relève de la légende noire. Plusieurs témoignages d’époque le prouvent, dont celui de Pétrarque :

« Je reviens à Célestin, dont l’abdication, joyeuse et spontanée, montre combien son élévation lui avait été pénible et forcée. J’ai entendu des personnes qui avaient été témoins, rapporter qu’il s’enfuit avec tant de joie et qu’il laissa apercevoir dans ses yeux et sur son visage des marques si sensibles de son contentement intérieur, quand il se retira du consistoire, libre et rendu à lui-même, qu’on eût dit non seulement qu’il venait de briser un joug qui pesait sur ses épaules, mais de retirer sa tête de dessous la hache fatale ; un éclat angélique brillait sur tout son extérieur. »

Il est établi que le cardinal Caetani avait conseillé dans un premier temps à Célestin V de ne pas démissionner, puis, comme le pape le voulait absolument, lui avait demandé de faire avaliser sa démission par le collège des cardinaux (d’où le consistoire dont parle Pétrarque).

De fait, Boniface VIII fit enfermer son prédécesseur dans la tour d’un château fort. Mais c’était pour éviter un schisme ourdi par des gens qui se réclamaient abusivement de Célestin V. On peut certes reprocher à Boniface VIII d’avoir confiné le saint dans une pièce très étroite. Mais quelques jours avant sa mort (le 12 mai 1296), il dira : « Je n’ai jamais eu de cellule où l’on put aussi bien prier. »

Célestin V fut canonisé dès 1313 par Clément V en Avignon. « Sancti Petri, confessoris, olim Celestini, papæ » : saint Pierre, confesseur, anciennement Célestin, pape. La fête de « saint Pierre Célestin, pape », fut instituée en 1668.

En Bretagne c’est la fête de saint Yves. Voir ici et , et le plus célèbre cantique.

Dimanche de la Samaritaine

Dans la liturgie byzantine, ce dimanche est celui de la Samaritaine. Voici le doxastikon des vêpres, dans l’interprétation flamboyante de Mère Mariam Skorda.

Παρὰ τὸ φρέαρ τοῦ Ἰακώβ, εὑρὼν ὁ Ἰησοῦς τὴν Σαμαρείτιδα, αἰτεῖ ὕδωρ παρ’ αὐτῆς ὁ νέφεσι καλύπτων τὴν γῆν. Ὢ τοῦ θαύματος! ὁ τοῖς Χερουβὶμ ἐποχούμενος, πόρνῃ γυναικὶ διελέγετο, ὕδωρ αἰτῶν, ὁ ἐν ὕδασι τὴν γῆν κρεμάσας, ὕδωρ ζητῶν, ὁ πηγὰς καὶ λίμνας ὑδάτων ἐκχέων, θέλων ἑλκῦσαι ὄντως αὐτήν, τὴν θηρευομένην ὑπὸ τοῦ πολεμήτορος ἐχθροῦ, καὶ ποτίσασθαι ὕδωρ ζωῆς, τὴν φλεγομένην ἐν τοῖς ἀτοπήσασι δεινῶς, ὡς μόνος εὔσπλαγχνος καὶ φιλάνθρωπος.

Près du puits de Jacob / Jésus, trouvant la Samaritaine, lui demande de l’eau, / lui qui couvre la terre de nuées ! / Merveille, celui qui chevauche les Chérubins / converse avec une femme dépravée ; / il demande de l’eau, celui qui suspendit la terre sur les eaux, / il cherche de l’eau, celui qui remplit les sources et les étangs ; / mais en vérité il désire sauver la pécheresse du filet de l’ennemi, / l’abreuver d’eau vive pour éteindre les flammes de ses passions, / dans son unique bonté et son amour pour les hommes.