23e dimanche après la Pentecôte

De profúndis clamávi ad te, Dómine : Dómine, exáudi oratiónem meam : de profúndis clamávi ad te. Dómine.

Du fond des abîmes, je crie vers vous, ô Seigneur, Seigneur, exaucez, ma prière. Du fond des abîmes je crie vers vous, Seigneur.

L’offertoire a presque le même texte que le verset d’Alléluia ; ici, cependant, nous avons le mot orationem au lieu de vocem. Un ton beaucoup plus sérieux imprègne la mélodie. La ligne mélodique émerge des profondeurs, presque comme dans l’offertoire du premier dimanche de l’Avent. Comme dans la mélodie précédente, ici aussi, elle s’élève vers le haut. Mais elle redescend à plusieurs reprises vers la tonique, sur laquelle toutes les pauses sont faites, et même en dessous. Il y a quelque chose de presque douloureux dans le te avec son si, qui est généralement évité dans les Offertoires du deuxième mode. Dans les anciens manuscrits annotés, chaque note au-dessus de clamavi, à l’exception du quilisma, porte une marque d’élargissement. C’est un cri venant d’un cœur accablé de chagrin.

Dans la deuxième phrase, la mélodie commence deux fois par la dominante et s’élève au-dessus d’elle. Comme dans l’Alléluia, ici aussi, le point culminant se produit sur le mot exaudi. Dans les deux pièces, clamavi a une mélodie similaire. (Ex)audi répète la forme de Domine ; le meam fleuri est caractéristique des Offertoires. Au motif ascendant sur De profundis, le motif descendant à la fin de meam vient en réponse ; il se tourne ensuite vers le haut pour préparer le début grave de la troisième phrase, qui est une répétition exacte de la première. Autrefois, les deux versets suivants du psaume 129 (Fiant aures tuae et Si iniquitates) étaient également chantés avec cet Offertoire ; entre chaque paire étaient interpolés les mots De profundis clamavi at te, Domine, qui clôturaient également l’ensemble. Ces versets venaient renforcer le caractère solennel de la composition.

Avec l’Évangile en toile de fond (la guérison de la femme atteinte d’une perte de sang et la résurrection de la fille de Jaïre), notre cri monte vers le Seigneur. Dans une vie remplie de maladie, de souffrance et de lamentations pour les morts, notre désir d’une rédemption parfaite et d’une libération absolue de toutes les formes de misère est très intense. Ce désir se manifeste malgré tout le renoncement et la soumission volontaire dont nous pouvons faire preuve. Il accompagnera chacune de nos bonnes actions. Je vagabonde encore dans les abîmes ; ma vie se passe dans un désert où les larmes et les chagrins sont mon lot. Mais un jour, je serai tranquille et heureux, et comme la femme guérie et l’enfant de Capharnaüm ramené à la vie, je remercierai le Sauveur et je continuerai à vivre avec tous ceux qui sont ressuscités.

Dom Dominic Johner

La messe captive

Mgr Miguel Maury Buendía, nonce apostolique en Grande-Bretagne, a dit jeudi aux évêques anglais que le pape n’avait pas l’intention d’abroger Traditionis Custodes, mais qu’il accorderait des dérogations de deux ans renouvelables aux évêques qui en feraient la demande.

C’est ce qu’il fait déjà, en ajoutant que c’est à condition que l’évêque conduise ces archéo-fidèles vers la néo-liturgie.

Sans doute le pape ne se rend-il pas compte à quel point cette attitude est odieuse, à la limite blasphématoire. La messe traditionnelle est en prison, mais elle peut avoir des permissions de sortie si l’évêque les demande humblement et s’il s’engage à persuader les tradis que la nouvelle messe est ce qu’il leur faut.

Saint Albert le Grand

La persévérance véritable, c’est l’exercice fréquent des bonnes œuvres, le goût continuel de la perfection, et la garde attentive, jusqu’à la mort, des grâces spirituelles et des vertus. Le Seigneur nous y invite, dans l’Apocalypse, ch. 2, v. 10 : « Soyez fidèle jusqu’à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. ».

Job avait cette persévérance, lorsqu’il disait : « Jusqu’à mon dernier soupir, je ne m’écarterai pas de mon innocence » (ch. 27, v. 5) ; Tobie aussi : il cachait dans sa maison les corps des défunts, et les ensevelissait la nuit, malgré l’ordre du roi de le dépouiller de ses biens et de le mettre à mort, à cause de cela même (ch. 1, v. 22).

Les avantages considérables qui proviennent de la persévérance doivent nous exciter à l’aimer. C’est elle qui couronnera toute bonne action et toute vertu, et notre salut repose tout entier sur elle, d’après cette parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Matt., ch. 10, v. 22).

Sans la persévérance, aucune vertu, aucune action n’est digne de récompense. Sans la persévérance, toute perfection est réduite à néant. À quoi bon, pour Judas, apôtre, mais traître, d’avoir été choisi et tiré du monde par Notre-Seigneur ? À quoi lui a servi la longue familiarité avec Jésus-Christ ? Et les saintes prédications qu’il avait souvent entendues ? Inutiles, les exemples, les vertus et les miracles dont il avait été témoin ! À quoi lui a servi la société des apôtres, et la grâce, à lui donnée, pour prêcher et faire des miracles ? À lui aussi en même temps qu’aux autres apôtres Notre-Seigneur avait dit : « Allez, annoncez que le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, et chassez les démons » (Matt. ch.10, v. 7, 8).

Il a la preuve de la vraie persévérance, celui que rien ne détourne de la justice : ni l’amour de cette vie, ni la crainte de la mort, ni menaces ni promesses. Ainsi, Suzanne, qui n’avait pas peur de mourir, disait : « Si je fais cela (le péché), c’est la mort pour moi » (Daniel, ch. 13, v. 22). Et Mathathias : « Quand bien même toutes les nations obéiraient au roi Antiochus, – chacune abandonnant le culte de ses pères –, et se soumettraient à ses ordres ; moi, mes fils et mes frères, nous obéirons à la loi de nos pères. Que Dieu nous soit propice » (Ier livre des Mach., ch. 2, v. 19-20).

C’est une marque de fausse persévérance que de présumer de sa perfection et de croire qu’on ne peut plus tomber. Cela donne un sentiment de liberté qui incite à ne plus se garder soi-même, et alors, il est impossible qu’on puisse persévérer dans la sainteté. Supposez que les Apôtres soient dans le monde et ne se gardent pas eux-mêmes ; ils pourraient faillir aussi. Vous avez l’exemple de David, qui devint adultère et homicide, parce qu’il fut négligent à surveiller ses regards (IIe livre des Rois, ch. 11, v. 1-4, 15-24).

Saint Albert le Grand, 42e et dernier chapitre du Paradis de l’âme.

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Dans le martyrologe de ce jour, on lit aussi notamment :

A Edesse, en Mésopotamie, la passion de saint Habib diacre, qui fut déchiré avec des ongles de fer et jeté dans le feu, sous l’empereur Licinius et le préfet Lysanias.

Au même lieu, les saints martyrs Goury et Samon, sous l’empereur Dioclétien et le préfet Antonin.

Saint Habib, martyrisé en 322, fut mis dans le même tombeau que Goury et Samon, martyrisés en 306. De ce fait ils furent invoqués en même temps, et les icônes les montrent toujours tous les trois, Habib portant un encensoir parce qu’il était diacre. Ils sont également honorés ce jour dans le calendrier byzantin.

Ces trois martyrs sont devenus les protecteurs du mariage et de la famille, particulièrement en Russie, conformément à une touchante et terrible légende syriaque.

Il y avait à Edesse une femme qui avait une fille très belle, nommée Euphémie. Les Romains vinrent à Edesse pour repousser une menace des barbares. Parmi les soldats romains il y avait un Goth qui tomba amoureux d’Euphémie et la demanda en mariage. Mais la mère refusait, que le Goth la menace ou lui offre de somptueux cadeaux. Finalement elle accepta, à condition que le Goth s’engage sur le tombeau des saints Habib, Goury et Samon, à toujours bien traiter Euphémie. Ce qu’il fit. Une fois la menace barbare écartée, il repartit dans son pays avec Euphémie. Mais le Goth était marié, et il fit d’Euphémie une esclave de sa femme. Euphémie mit au monde un fils, qui était le portrait craché de son père le Goth. La femme du Goth, jalouse, empoisonna le bébé. Euphémie récupéra du poison qui coulait de la bouche de son fils et empoisonna la femme du Goth. Pour la punir on l’enterra vivante dans le cercueil de la femme. Euphémie invoqua les martyrs d’Edesse, qui lui apparurent et la translatèrent illico dans leur église d’Edesse sans qu’elle s’en aperçoive. Quand elle se réveilla, elle retrouva sa mère et lui raconta ce qui s’était passé. Peu après le Goth revint à Edesse. Il croyait Euphémie morte et enterrée chez lui, mais Euphémie bien vivante le confondit et le Goth fut condamné à mort.

Les saints Habib, Goury et Samon sont donc devenus les protecteurs du mariage et de la famille, c’est pourquoi on les trouve assez souvent sur les icônes à plusieurs sujets commandés par les familles. Par exemple sur celle-ci, qui vient de Vetka (et fait partie de ma collection personnelle) :

En haut à gauche l’icône dite « Joie inattendue » (conversion d’un pécheur invétéré), à droite la Mère de Dieu Fiodorovskaïa (de Théodore), en bas à droite saint Nicolas, au centre l’Emmanuel « Jésus béni silence », ange du bon conseil avec son nimbe à huit pointes symbole de l’éternité du Verbe. Sur les côtés : en haut à gauche le traditionnel ange gardien, en dessous sainte Matrone de Thessalonique, à droite saint Théodore – d’où le choix de l’icône de la Mère de Dieu, en dessous sainte Pélagie – ce sont les saints patrons de membres de la famille.)

Saint Josaphat

L’an dernier j’avais publié une lettre du prince Lew Sapieha, chancelier de Lituanie de la République des deux nations, à Josaphat Kountsevitch, archevêque de Polotsk. Cette lettre de 1622 était une réponse du chancelier (Premier ministre) à la demande de l’archevêque de sévir contre les orthodoxes. L’année précédente, Lew Sapieha avait déjà tenu un semblable propos dans une lettre au métropolite grec-catholique de Kiev, Joseph Rutski (qui avait sacré évêque Josaphat en 1617). Voici ce qui le concerne dans cette lettre :

Non seulement moi, mais d’autres aussi condamnent vivement le fait que le père évêque de Polotsk ait commencé à agir de manière trop cruelle dans ces affaires et qu’il ait beaucoup ennuyé et dégoûté le peuple, tant à Polotsk qu’ailleurs. Je l’ai depuis longtemps mis en garde à ce sujet, je l’ai supplié et exhorté à ne pas agir avec tant de cruauté, mais Sa Grâce, ayant ses raisons, plus obstinées que fondées, n’a pas voulu accepter et écouter nos justes arguments. Que Dieu fasse en sorte que les conséquences des décisions et des actions sévères de Sa Grandeur ne nuisent pas à la République. Pour l’amour de Dieu, je vous prie, Votre Grâce, de le raisonner afin qu’il cesse et abandonne une telle sévérité dans ces affaires, et qu’il cède rapidement et volontairement ces églises aux habitants de Moguilev, sans attendre qu’ils les lui prennent d’eux-mêmes, sans demande ni révérence. Je crains que cela n’arrive, car cela est de plus en plus probable. Je vous prie, Votre Grâce, de le tenir en bride. Je me remets à la bienveillance de Votre Grâce. De Brest, le 9 février 1621.

Le début de la lettre, comme celle de 1622, montre que Sapieha voulait agir avec diplomatie face à la reconstitution de la hiérarchie orthodoxe en Lituanie (aujourd’hui Biélorussie et Ukraine) et face aux Cosaques farouchement orthodoxes, pour éviter que la Russie vienne rétablir son ordre… Mais Josaphat continua sur sa lancée. Il alla jusqu’à faire déterrer des corps d’orthodoxes pour les donner à manger aux chiens.

Un dimanche d’octobre 1623, à Vitebsk, Josaphat rencontra le dernier prêtre orthodoxe qui allait clandestinement célébrer la liturgie dans les bois. Il le fit frapper par son archidiacre et enfermer dans une pièce de sa résidence. Cette action provoqua une insurrection. La foule prit le bâtiment d’assaut et tua l’archevêque. Tel fut le martyre de saint Josaphat Kountsevitch. La répression du pouvoir polonais contre les habitants de Vitebsk fut plus terrible que les agissements de l’archevêque…

Saint Didace (Diego d’Alcala)

Statue de san Diego, place San Diego de l’université catholique de San Diego (Californie).

Omnípotens sempitérne Deus, qui dispositióne mirábili infírma mundi éligis, ut fórtia quæque confúndas : concéde propítius humilitáti nostræ ; ut, piis beáti Dídaci Confessóris tui précibus, ad perénnem in cælis glóriam sublimári mereámur.

Dieu tout-puissant et éternel, qui, par une providence admirable, choisissez ce qu’il y a de plus faible dans le monde pour confondre ce qu’il y a de plus fort ; soyez propice à notre humilité, et accordez-nous grâce aux pieuses prières de votre bienheureux Confesseur Didace, d’être élevés dans les cieux à la gloire éternelle.