Ouvre-moi les portes du repentir

L’un des plus célèbres chants du carême byzantin, par le patriarche Néophyte de l’Eglise orthodoxe bulgare, mort il y a un an. Avant d’être évêque il était chantre, chef de chœur (diplômé de l’Académie de théologie de Moscou) et professeur de musique byzantine.

Слава Отцу и Сину и Святому Духу !

Покаяния отверзи ми двери, Жизнодавче !
Утреннюет бо дух мой ко храму святому Твоему,
храм носяй телесный весь осквернен ;
но яко Щедр, очисти благоутробною Твоею милостию.

И ныне и присно и во веки веков. Аминь.

На спасе́ния стези́ наста́ви мя, Богоро́дице,
сту́дными бо окаля́х ду́шу грехми́
и в ле́ности все житие́ мое́ ижди́х ;
но Твои́ми моли́твами изба́ви мя от вся́кия нечистоты́.

Поми́луй мя, Бо́же, по вели́цей ми́лости Твое́й и по мно́жеству щедро́т Твои́х очи́сти беззако́ние мое́.

Мно́жества соде́янных мно́ю лю́тых помышля́я, окая́нный,
трепе́щу стра́шнаго дне су́днаго ;
но наде́яся на ми́лость благоутро́бия Твоего,
я́ко Дави́д вопию́ Ти : поми́луй мя. Бо́же,
по вели́цей Твое́й ми́лости.

***

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.

Ouvre-moi les portes du repentir Toi qui donnes la vie
Car vers ton temple saint se lève mon esprit
portant tout souillé le temple du corps
Mais purifie-moi, compatissant, dans la miséricorde de ton amour.

Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

Conduis-moi sur le chemin du salut, Mère de Dieu
Car dans les fautes infâmes j’ai souillé mon âme
dans la négligence j’ai dépensé ma vie
Par tes prières délivre moi de toute impureté.

Aie pitié de moi, Dieu, dans ta grande miséricorde. Dans l’abondance de tes compassions efface mon péché.

Malheureux considérant le nombre de mes fautes
je crains le jour terrible du Jugement
Mais confiant dans l’amour de ta miséricorde
je T’appelle comme David : Aie pitié de moi, Dieu,
selon ta grande miséricorde.

*
Autre traduction.

« Ouvre-moi les portes du repentir, ô Donateur de vie, car mon esprit se tourne dès l’aurore vers Ton Saint Temple, malgré la souillure du temple de mon corps. Mais ô Toi qui es clément, purifie-moi par Ta compatissante miséricorde. »

« Conduis-moi sur les voies du salut, ô Mère de Dieu, car par des péchés honteux j’ai souillé mon âme et dans la négligence j’ai dépensé toute ma vie. Par tes prières, délivre-moi de toute impureté. »

« À la vue de la multitude de mes actes mauvais, je tremble, misérable, à la pensée du jour terrible du jugement, mais espérant en Ta miséricorde et Ta compassion, comme David je te clame : aie pitié de moi selon Ta grande miséricorde. »

Mercredi des Cendres

Commentaire de l’évangile par saint Augustin, leçons des matines (Du sermon du Seigneur sur la montagne, 12).

Il est manifeste que ces préceptes dirigent toute notre intention vers les joies intérieures ; de peur qu’en cherchant la récompense, nous nous conformions à ce siècle et perdions la promesse d’une béatitude d’autant plus solide et plus ferme qu’elle est plus intérieure, en laquelle Dieu nous a choisis pour devenir conformes à l’image de son Fils. Mais, en ce chapitre, il faut surtout remarquer que ce n’est pas seulement dans l’éclat de la pompe des choses corporelles, mais même aussi dans le négligé de la tenue de deuil, qu’il peut y avoir de la jactance, et cela avec d’autant plus de péril que l’on se couvre du prétexte du service de Dieu.

Celui-là donc qui se fait remarquer par un culte immodéré du corps et du vêtement ou par l’éclat d’autres choses est facilement convaincu d’être trop attaché aux pompes du siècle et ne trompe personne par un faux air de sainteté. Quant à celui qui, dans sa profession de vie chrétienne, attire l’attention des regards des hommes par le port inusité de vêtements grossiers et souillés, et fait cela volontairement, sans le subir par nécessité, il faut voir, d’après ses autres œuvres, s’il fait cela par mépris de soins superflus, ou par quelque motif d’ambition. Car le Seigneur nous a commandé de prendre garde aux loups, sous la peau de brebis : C’est à leurs fruits, dit-il que vous les reconnaîtrez.

Lorsqu’on aura commencé en effet, par quelques épreuves, de leur retirer, ou de leur refuser ce qu’ils ont obtenu ou ce qu’ils désirent obtenir par cette apparence, on verra nécessairement si l’on a affaire à un loup dans la peau d’une brebis, ou à une brebis dans sa propre peau. Cependant le chrétien ne doit point, par superflu dans sa toilette, caresser les regards des hommes, pour cette raison que des hypocrites usurpent l’usage d’un habit modeste, limité au nécessaire, pour tromper les naïfs ; car les brebis ne doivent pas se dépouiller de leurs peaux, pour ce motif que parfois les loups s’en couvrent.

Mardi de la Quinquagésime

Dans le calendrier romain c’est saint Casimir (avec sa collecte bannie de la néo-liturgie). On continue néanmoins de lire aux matines l’histoire d’Abraham. C’est la guerre des « quatre rois contre cinq ». Les vainqueurs emportent toutes les richesses de Sodome, et Lot aussi et tous ses biens. Abraham constitue une armée de 318 hommes et libère Lot. « Et Melchisédech, roi de Salem, offrant du pain et du vin, parce qu’il était prêtre du Dieu très haut, bénit Abram. »

Une mosaïque de Ravenne (basilique Saint-Vital) montre Melchisédech roi et prêtre offrant le pain et le vin, face à Abel qui offre un agneau. Tous deux sont figures du Christ, roi, prêtre, pasteur et agneau de Dieu, et le symbolisme eucharistique est évident.

Et pour ceux qui sont durs de la comprenette, il y a la miniature de la Bible de Maciejowski (XIIIe siècle) :

Lundi de la Quinquagésime

Bible traduite en français par Jean de Sy pour le roi Jean II le Bon, 1355 (BnF).

La lecture des matines est le chapitre 13 de la Genèse. Abraham (qui s’appelle encore Abram) revient d’Egypte où il s’était réfugié à cause de la famine. Il était parti avec Lot, il revient avec Lot, et tous deux sont devenus extrêmement riches en or, en argent et en troupeaux. Les troupeaux continuant de s’agrandir, il commence à y avoir des conflits entre les bergers d’Abram et ceux de Lot. Abram dit à son neveu qu’ils doivent se séparer, et le laisse choisir la direction où il ira s’installer. Lot lève les yeux et voit la région du Jourdain, « comme le paradis de Dieu ou la terre d’Egypte », il choisit donc la rive du Jourdain, riche comme les rives du Nil, et va s’installer à… Sodome.

L’épisode montre la sainteté d’Abraham. Il est le chef de la famille, le chef de la tribu, Lot est son neveu. Pour préserver (ou rétablir) la paix, il lui aurait suffi de commander à Lot d’aller dans telle direction, et Lot aurait obéi. Il pouvait choisir pour lui-même les meilleures terres, mais il donne le choix à Lot. Le sort de son neveu, le bonheur de son neveu, lui importe plus que le sien. Il ne pense pas une seule seconde à sa personne et à ses biens. Mais l’épisode montre aussi que ce qui paraît avantageux à celui qui peut choisir sans être guidé dans son choix peut s’avérer désastreux. Le pays que choisit Lot est « comme le paradis de Dieu », mais c’est le territoire de Sodome, d’où il devra bientôt s’enfuir et qui sera détruit par le feu du ciel parce que sous ses aspects de paradis c’était un enfer de turpitudes.

Le Credo disparu

Je lis dans un bulletin paroissial, à propos du 1700e anniversaire du concile de Nicée :

« Pour honorer cet anniversaire, et garder en mémoire les mots de nos Pères dans la foi, alors que nous constatons que bien des chrétiens ne connaissent plus le “grand crédo”, nous l’utiliserons tout au long de ce Carême. »

Je prends conscience tout à coup que cela aussi a donc disparu. Je savais que la néo-liturgie avait gardé le canon romain (sous le nom de prière eucharistique n° 1) pour faire semblant de ne pas complètement supprimer la tradition mais en s’assurant que personne ne l’utilise plus, je n’avais pas fait attention qu’il en était de même du Credo…

Le Credo de Nicée-Constantinople est toujours optionnel dans le nouvel ordo missae, mais comme le canon romain il est, en fait, obsolète… Et on fait mine de s’en inquiéter l’année où l’on célèbre le 1700e anniversaire de Nicée. On va donc « l’utiliser tout au long de ce Carême », puis on l’oubliera de nouveau.

Le pire est que cela est écrit par un prêtre qui célèbre souvent la messe traditionnelle…

Une autre remarque : quand il dit que « bien des chrétiens ne connaissent plus le “grand crédo” », il fait une généralisation très abusive, bien dans la ligne « romaine » d’antan. Car en Orient la plupart des « chrétiens » connaissent le Credo de Nicée-Constantinople, pour la bonne raison qu’ils n’en ont pas d’autre et que c’est celui qu’ils disent dans leur liturgie.

Pendant près d’un millénaire l’Eglise de Rome a imposé dans le Credo de Nicée-Constantinople le « Filioque » qui ne s’y trouvait pas, et aujourd’hui elle impose de facto un « credo » qui n’est pas du tout celui de de Nicée-Constantinople…

(On remarque aussi que dire le vrai Credo est une pénitence de carême…)