Quinquagésime

C’est le troisième et dernier dimanche avant le carême : « le troisième et dernier appel de l’Église nous invitant à nous préparer au carême », souligne dom Pius Parsch, et « le sommet de la préparation ».

Car il y a une progression dans ces trois dimanches. Voulue pour l’enseignement des catéchumènes qui seront baptisés à Pâques. Mais évidemment valable pour tout chrétien.

Progression dans l’histoire du salut (aux matines), à travers trois hommes : Adam, Noé, et ce dimanche Abraham. Abraham dont l’exode est figure du carême et le sacrifice de son fils figure du sacrifice du Calvaire.

Progression dans l’enseignement de saint Paul dans les épîtres : la vie chrétienne est une course, une lutte pour la couronne ; elle est « un dur labeur, rempli de souffrances et d’efforts, de renoncements et de tentations » (c’est le récit que faisait saint Paul de ses tribulations) ; mais ce qui domine, ce qui est plus important que tout, c’est la charité.

Progression dans l’évangile : la parabole des ouvriers à la vigne, c’est l’appel des païens à entrer dans l’Eglise ; la parabole du semeur, c’est le temps de l’instruction, des semailles de la Parole dans la bonne terre du catéchumène ; la guérison de l’aveugle de Jéricho, c’est l’annonce de l’illumination baptismale, et de la lumière de la Résurrection.

Et pour cela, « voici que nous montons à Jérusalem », où va s’accomplir la Passion prédite par les prophètes, et la Résurrection le troisième jour. Sur le chemin, nous dirons avec l’aveugle : « Fils de David, aie pitié de moi ! ». En implorant Dieu de nous donner la foi de cet aveugle afin de pouvoir, nous aussi, voir :

— Que veux-tu que je fasse pour toi ?
— Seigneur, que je voie.
— Vois ! Ta foi t’a sauvé.

Avec ce verbe grec, sozo, qui est à la fois un terme médical utilisé pour dire “guérir”, et qui dans la langue religieuse désigne le salut éternel. Et qui est ici au parfait, comme chaque fois que Jésus prononce cette expression (ta foi t’a sauvé : 7 fois dont 4 fois dans saint Luc), le temps qui exprime le résultat actuel, stable et permanent d’une action terminée, et correspond donc à un présent : tu es sauvé, c’est un fait acquis. Le sens premier est « tu es guéri pour de bon », mais le fait que ce soit par la foi implique qu’il s’agit aussi du salut éternel.

L’introit.

• Le graduel.

L’offertoire (et ses versets).

• La communion.

Samedi de la Sexagésime

Le chapitre 10 de la Genèse énumère une partie des descendants de des fils de Noé, Japhet, Cham, Sem. Le chapitre 11 commence par l’histoire de la Tour de Babel, dont on se demande pourquoi elle est placée là. Sans doute parce qu’il y est question de Sennaar, qui vient d’être indiquée comme le lieu de résidence de Nemrod, petit-fils de Cham. Sans voir la contradiction entre le fait que les descendants de Noé vont s’installer dans des pays « selon leur langues », et que l’épisode de la Tour de Babel commence par l’affirmation que toute la terre avait une seule langue… En fait la contradiction ne peut pas ne pas être vue, comme d’autres dans la Genèse, et il est touchant de voir que les compilateurs ont juxtaposé des récits traditionnels en se gardant d’y toucher. (C’est ainsi qu’on a aussi deux récits de la Création, et deux récits, aussi distincts que mélangés, de l’histoire de Noé.)

Arphaxad, fils de Sem, et Tharé, fils de Nachor et père d’Abraham, selon Guillaume Rouyé en 1553 dans son Promptuaire des médailles des plus renommées personnes qui ont esté depuis le commencement du monde.

La Tour de Babel n’occupe que neuf versets. Puis on revient à la descendance de Sem, par un autre texte que celui du chapitre 10, et celui-ci, qui est la lecture biblique de ce jour, ne s’occupe que des descendants de son fils Arphaxad. Parce que c’est de la lignée d’Arphaxad que va naître Abraham. Et c’est l’histoire d’Abraham qui commencera demain, dimanche de la Quinquagésime, aux matines.

℟. Benedíxit Deus Noë, et fíliis ejus, et dixit ad eos : * Créscite, et multiplicámini, et repléte terram.
℣. Ecce ego státuam pactum meum vobíscum, et cum sémine vestro post vos.
℟. Créscite, et multiplicámini, et repléte terram.

Dieu bénit Noé et ses fils et leur dit : Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre. Voici que j’établirai mon alliance avec vous et avec votre race après vous. Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre.

Vendredi de la Sexagésime

Heures dites de Bedford, Paris, début du XVe siècle.

Aujourd’hui la lecture biblique est, après la généalogie de Cham et Japhet, l’histoire de la Tour de Babel. Voici des extraits de la 28e Question à Thalassios, de saint Maxime le Confesseur (à savoir sa réponse à Thalassios), sur « Descendons et divisons leur langues » (traduction Françoise Vinel, Sources chrétiennes).

Les constructeurs de la tour se déplacèrent depuis l’Orient, du pays de la lumière, je veux dire de la connaissance unique et véritable de Dieu, et se rendirent au pays de Sennaar, nom que l’on traduit par “dents du blasphème”. Ils tombèrent dans des opinions multiples sur la divinité, et, disposant l’exposé de chaque opinion comme des briques, ils édifièrent, telle une tour, l’impiété aux dieux multiples. Il est normal alors que Dieu réduise à rien la confession née de la mauvaise harmonie des hommes égarés et se nomme au pluriel à cause de la disposition, réduite à rien et éparpillée en opinions innombrables, de ce qu’il conçoit d’avance dans sa Providence ; il montre ainsi que lui qui est un a été démultiplié parmi eux tout comme il se manifeste à Adam en disant : « Voici, Adam est devenu comme l’un de nous. » C’est pour cette raison que dans les paroles des Ecritures Dieu est tantôt au pluriel tantôt ramené à l’unité.

(…)

Recevons la sainte Ecriture qui introduit la très sainte Trinité dans l’unité, tantôt comme créatrice, ainsi avec « Faisons l’homme » – l’existence des êtres est clairement l’œuvre du Père, du Fils et du Saint-Esprit –, tantôt comme accueillante à ceux qui se gouvernent avec piété selon ses lois et comme providence pour ceux qui ont reçu d’elle l’origine de leur être – c’est ainsi qu’elle se manifeste triadiquement à Abraham et s’adresse à lui monadiquement -, tantôt comme vengeresse, c’est-à-dire qu’elle juge ceux qui détruisent les lois de la nature – ainsi avec « Descendons et divisons leurs langues ». En effet, la sainte Trinité consubstantielle non seulement crée les êtres, mais elle les maintient et répartit ce qui correspond au mérite de chacun, en tant qu’elle est le Dieu unique qui est par nature créateur, provident et juge de ceux qu’il a faits. Car juger et veiller avec sagesse sur ses œuvres, tout comme créer, sont communs au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

Jeudi de la Sexagésime

« Je mettrai mon arc dans les nuées, afin qu’il soit le signe de l’alliance que J’ai faite avec la terre. »

Cette gravure est la 24e du Néerlandais Crispin de Passe l’Ancien pour une édition de la Bible en 1612, l’une des neuf qu’il consacre à l’histoire de Noé (dont une montrant les cadavres de ceux qui tentent d’échapper au déluge, et deux montrant les cadavres après le déluge…). Comme de nombreux illustrateurs, il lie l’apparition de l’arc-en-ciel au sacrifice de Noé, au point même que l’arc paraît sortir de la fumée, comme si Dieu prolongeait la « bonne odeur » de l’unique sacrifice en l’arc de l’alliance qui restera toujours.

La lecture se poursuit avec l’épisode de Noé plantant une vigne et s’enivrant du vin qu’il a produit, de la malédiction de Cham qui a vu son père nu (en fait de Chanaan, le fils de Cham), et se termine par la mort de Noé à 950 ans.

Voici la gravure de Crispin de Passe l’Ancien sur l’ivresse de Noé : on voit Sem et Japhet qui vont recouvrir la nudité de Noé en marchant à reculons pour ne pas la voir, et Cham (ou le jeune Chanaan ?) qui se moque du patriarche en le montrant du doigt.

Le paradis à Minsk

C’était le 15 février dernier, au monastère Sainte-Elisabeth de Minsk (jour de la Présentation au Temple – la « Rencontre » – dans le calendrier julien), et je l’ai entendu ce jour-à, ce sublime Hymne des chérubins. Tellement sublime qu’on leur a manifestement demandé de le publier à part, ce qu’elles viennent de faire :