Continuité bergoglienne

Le pape a nommé évêque de Kalibo aux Philippines le P. Cyril Buhayan Villareal.

Ce prêtre s’était fait connaître en 2011 pour sa thèse en master de théologie de l’Université de Vienne sur « les vues actuelles sur le mariage et la sexualité », où il expliquait notamment que l’Eglise autrefois ne permettait pas la contraception à cause de la mortalité infantile, mais qu’aujourd’hui il n’y a plus de mortalité infantile et le monde a complètement changé : les femmes travaillent, se sont émancipées et doivent pouvoir déterminer combien d’enfants elles veulent si elles en veulent. De ce fait le recours à la loi morale naturelle selon saint Thomas d’Aquin n’est plus pertinent…

Continuité bergoglienne

Le pape a nommé Mgr Sithembele Anton Sipuka archevêque métropolitain du Cap en Afrique du Sud.

Mgr Sipuka était jusqu’ici évêque de Mthatha.

Il a été président de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe et il est le premier président « catholique » du « Conseil sud-africain des Églises » qui regroupe les innombrables sectes protestantes du pays et qui après avoir été essentiellement un instrument de la lutte contre l’apartheid est aujourd’hui impliqué dans la lutte contre le « patriarcat », les « violences de genre », etc. En juillet dernier Léon XIV l’a déjà nommé membre du dicastère pour le dialogue interreligieux.

Il est un militant fervent de l’« inculturation » et se désole que ce mouvement, qui « était fort dans les années 80, s’est arrêté ». Alors qu’on pourrait intégrer à la « liturgie catholique » l’ubungoma, rite de guérison ou de divination de type chamanique par une personne qui dit agir sous l’influence et au nom des ancêtres.

« Nous nous occupons actuellement de l’ubungoma, disait-il il y a trois ans. Nous espérons terminer nos recherches d’ici la fin de l’année et, avec un peu de chance, nous pourrons peut-être donner quelques orientations d’ici l’année prochaine. »

En fait l’archidiocèse de Durban (dont Mthatha est suffragant) a donné sa réponse en novembre dernier : c’est un NON clair et définitif :

« Nous avons discuté du problème : certains prêtres pratiquent l’ubungoma et croient aux ancêtres. Nous avons publié une déclaration demandant qu’ils cessent, car un prêtre agit in persona Christi. On ne peut pas représenter le Christ et, en même temps, représenter les ancêtres. »

Il semble que Mgr Sipuka se soit rangé à cet avis puisque dans son homélie à l’ouverture de l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe, en août dernier, il disait à propos de la désaffection de l’Eglise :

« Les gens abandonnent le navire, sentant que le bateau prend l’eau. D’autres autorités alternatives rivalisent pour leur allégeance — le matérialisme promet une satisfaction immédiate, les pratiques traditionnelles comme l’ubungoma offrent un pouvoir spirituel concurrent à notre loyauté et obéissance au Christ. »

On verra si, au Cap, Mgr Sipuka cherche ou non à intégrer la concurrence… Quoi qu’il en soit, « sa nomination marque la continuité de l’engagement de l’Église en faveur de la synodalité, du dialogue et du service aux marginalisés », affirme Vatican News.

Cela dit, il n’y a que 5,6% de « catholiques » sur le territoire de la province ecclésiastique.

Le P. Luykx et la rupture postconciliaire

Je reviens sur le livre du P. Boniface Luykx sur Vatican II et la réforme liturgique, parce que c’est très important. Le P. Luykx faisait activement partie du « Mouvement liturgique » des années 1940 et 1950, il fut nommé dans les instances de préparation du concile, puis il participa à la rédaction de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (souvent désignée sous le sigle CSL dans son livre), puis il participa aux travaux de deux des sous-commissions liturgiques du Consilium chargé d’appliquer le concile. Or cet homme-là, donc très engagé dans la réforme liturgique, a considéré que les sous-commissions trahissaient le texte conciliaire et fabriquaient une liturgie en rupture complète avec la Tradition et avec ce que voulaient les acteurs du « Mouvement liturgique ». En bref, le P. Luykx est un témoin irrécusable de ce que Benoît XVI appelait « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Le P. Luykx était professeur dans l’âme (et il fut très longtemps professeur de liturgie). A chaque chapitre il résume ce qu’il a dit et ce qu’il va dire. Au milieu du livre, au début du 3e chapitre, ce double résumé devient un résumé de tout le livre. En voici une traduction. On verra à quel point il insiste sur la rupture opérée par les fabricants de la nouvelle liturgie, qu’il qualifie à plusieurs reprises dans son livre de « fausse-couche liturgique » et de réforme « avortée ».

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Un procès de la liberté de religion

Le Salon beige répercute un article de Religactu, un site que je ne connaissais pas, sur le procès en cours de la « Famille missionnaire de Notre-Dame », que je ne connais que de nom.

Religactu pointe une « évolution préoccupante du droit pénal appliqué au fait religieux ». Car ici on ne parle ni d’abus sexuels, ni de violences physiques, ni de détournements de fonds. On parle du ressenti d’anciens membres de la communauté. Le ressenti d’un mode de vie exigeant, d’une discipline stricte, d’une séparation radicale avec le monde extérieur…

Bref de ce qui jusqu’ici était le mode de vie normal des monastères.

Religactu commente :

Toute communauté religieuse structurée propose des normes, des interdits, des pratiques contraignantes et une hiérarchie spirituelle. Si ces éléments deviennent, en eux-mêmes, des preuves d’emprise, alors la liberté religieuse n’est plus qu’une liberté conditionnelle, accordée seulement aux croyances jugées « raisonnables » ou « modérées » par les autorités civiles. (…)

En filigrane, c’est une transformation profonde du rapport entre l’État et les religions qui se dessine. La liberté de religion n’est plus conçue comme le droit de croire, de pratiquer et de s’organiser selon ses convictions, mais comme une liberté sous surveillance, subordonnée à une norme implicite de « bonne religion », compatible avec les valeurs dominantes, le confort psychologique et les attentes sociales contemporaines.

Cela me fait penser à l’affaire des bénédictines de Montmartre. Là il y a eu de vrais abus psychologiques, manifestement, et des maltraitances physiques. Mais il n’y a pas eu de procès pénal. Dans un article qui faisait la liste de ce qu’on reprochait à l’ancienne prieure générale, je lisais qu’elle ouvrait le courrier des moniales. Et cela se trouve en effet dans le rapport de la Ciasep, dont les membres sont censés avoir des « compétences canoniques et théologiques ». Ces gens-là ne savent donc rien de la vie monastique. Une fois qu’il a prononcé ses vœux le moine ne dispose plus de lui-même, il doit se désapproprier de lui-même, ce qui passe notamment par une obéissance absolue au père abbé, lequel a notamment le devoir d’ouvrir le courrier (même si en temps normal il ne le lit pas). Que la commission sur les abus spirituels accuse la prieure d’ouvrir le courrier montre que même des « spécialistes » sont atteints par cette dérive que dénonce Religactu.

Et de vrais spécialistes, ou plutôt simplement des gens de bon sens, n’auraient pas gardé dans leur dossier cette plainte d’une religieuse : « J’ai souffert d’être séparée de ma famille »…