Commentaires russes

Questionné sur l’édition 2025 de la « Stratégie de sécurité nationale » américaine, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a répondu :

« Les ajustements que nous observons sont, je dirais, largement conformes à notre vision… Le président Trump est actuellement en position de force sur le plan politique national. Cela lui donne la possibilité d’ajuster le concept pour l’adapter à sa vision. »

Peskov souligne que le texte ne mentionne plus la Russie comme une « menace directe » : « Nous considérons qu’il s’agit d’une mesure positive. »  « Dans l’ensemble, ces messages (concernant les relations entre la Russie et les États-Unis) contrastent certainement avec les approches des gouvernements précédents. »

Il dit espérer que cette nouvelle stratégie « puisse constituer une modeste garantie à notre capacité de continuer de manière constructive notre travail conjoint pour trouver un règlement pacifique en Ukraine ».

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Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe :

« Il ne s’agit pas d’une étreinte amicale, mais d’un signal assez clair : les États-Unis sont prêts à discuter de l’architecture de sécurité plutôt que d’imposer des sanctions sans fin et dénuées de sens (même si les nouvelles restrictions sur le pétrole russe signifient la poursuite de la politique précédente). »

Il note lui aussi que, pour la première fois depuis des années le document américain ne fait pas référence à la Russie comme une « menace », mais comme un participant au dialogue sur la stabilité. Il souligne que la stratégie actualisée comprend une clause sur l’arrêt de l’expansion de l’OTAN.

« La stratégie fait écho de manière inattendue à ce que nous disons depuis plus d’un an : la sécurité doit être partagée et la souveraineté respectée. Aujourd’hui, une fenêtre d’opportunité pour le dialogue s’est ouverte. »

L’information comme elle va

Le 4 décembre j’ai reproduit un titre d’Euromaidan Press indiquant que la Russie a aujourd’hui davantage de blindés qu’avant la guerre en Ukraine. L’information était en fait reprise d’un article publié la veille sur le site Trench Art de David Axe.

Il n’est pas inintéressant de constater que le même site, cinq mois plus tôt, affirmait que la Russie n’avait plus de blindés :

Après 20 000 pertes, la Russie est désormais pratiquement à court de véhicules blindés.
41 mois après le début de sa guerre contre l’Ukraine, les Russes ne combattent plus à une échelle significative avec des blindés .

L’Europe vue de Washington

« La stratégie de sécurité nationale est un document préparé périodiquement par la branche exécutive des États-Unis qui énumère les problèmes de sécurité nationale et la manière dont l’administration prévoit d’y faire face » (Wikipedia). Donald Trump vient de publier son édition 2025. Il n’y en avait pas eu depuis 2022. Naturellement, l’étude s’étend au monde entier vu par le gouvernement américain et en rapport avec les Etats-Unis. Voici une traduction du chapitre sur l’Europe. Ça décoiffe dès le début…

Les responsables américains ont pris l’habitude d’envisager les problèmes européens sous l’angle de l’insuffisance des dépenses militaires et de la stagnation économique. Cela est vrai, mais les véritables problèmes de l’Europe sont encore plus profonds.

L’Europe continentale a perdu des parts du PIB mondial, passant de 25% en 1990 à 14% aujourd’hui, en partie à cause des réglementations nationales et transnationales qui sapent la créativité et l’esprit d’initiative.

Mais ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel. Parmi les problèmes les plus importants auxquels l’Europe est confrontée, citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi.

Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable d’ici 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’une économie et d’une armée suffisamment solides pour rester des alliés fiables. Bon nombre de ces nations redoublent actuellement d’efforts dans la voie qu’elles ont empruntée. Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en sa civilisation et qu’elle abandonne sa stratégie infructueuse de suffocation réglementaire.

Ce manque de confiance en soi est particulièrement évident dans les relations entre l’Europe et la Russie. Les alliés européens jouissent d’un avantage significatif en matière de puissance militaire sur la Russie dans presque tous les domaines, à l’exception des armes nucléaires. À la suite de la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l’Europe et la Russie sont désormais profondément affaiblies, et de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle. La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens.

Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie et de permettre la reconstruction de l’Ukraine après les hostilités afin qu’elle puisse survivre en tant qu’État viable.

La guerre en Ukraine a eu pour effet pervers d’accroître la dépendance extérieure de l’Europe, en particulier de l’Allemagne. Aujourd’hui, les entreprises chimiques allemandes construisent certaines des plus grandes usines de transformation au monde en Chine, en utilisant du gaz russe qu’elles ne peuvent pas obtenir chez elles. L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, juchés dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition. Une large majorité des Européens souhaite la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politique, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. Cela revêt une importance stratégique pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s’ils sont enlisés dans une crise politique.

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Poutine et l’URSS

Au cours de l’interview de 100 minutes que Vladimir Poutine a donnée à la télévision indienne pendant sa visite d’Etat dans ce pays, une journaliste lui a suggéré qu’il devrait dire aux médias occidentaux qu’il ne souhaite pas rétablir l’URSS. Réponse :

— Non, je ne leur dirai pas. Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils ne veulent toujours pas écouter ce que j’ai à dire. Ils ne veulent écouter qu’eux-mêmes ou commenter mes propos comme bon leur semble.

Puis il a ajouté :

— Rétablir l’URSS est impossible, et ça n’a aucun sens. De tels objectifs n’existent pas. Ceux qui, en Occident, affirment que les Russes rêvent de restaurer l’Union soviétique tentent d’effrayer leur population.

Non-ingérence active

Comme en Moldavie, l’UE va pratiquer en Arménie sa non-ingérence active à l’approche des élections législatives. Kaja Kallas a annoncé une aide de 15 millions d’euros pour rendre le pays « plus résilient ». Une partie de cette aide sera utilisée pour combattre la prétendue « ingérence russe ».

« Nous voyons les mêmes réseaux que ceux qui ont été déployés en Moldavie, qui étaient actifs, donc le scénario est identique. Notre financement européen couvrira également la détection, l’analyse et la réponse à l’ingérence étrangère », a dit la furie russophobe.

Le ministre arménien des Affaires étrangères, qui était à Bruxelles pour l’occasion, s’est bien gardé de relayer ces accusations, sachant, comme tout le monde, qu’elles sont sans fondement. Mais 15 millions c’est toujours bon à prendre…