Du latin au Kremlin

Ecoutez bien le tout début de la divine liturgie du « lundi du Renouveau », ce matin à la cathédrale de l’Assomption au Kremlin.

On entend d’abord le tropaire de Pâques en grec, puis sa traduction en latin :

Christus resurrexit a mortuis, mortem morte calcavit, et entibus in sepulchris vitam donavit !

« L’abus »

« L’annexion de la Cisjordanie, avec les soldats complices des colons. Gaza annihilée. L’avancée au Liban. La frontière violée en Syrie. La guerre contre l’Iran. Nettoyage ethnique et massacres. C’est ainsi que la droite sioniste façonne le Grand Israël. »

(L’espresso est depuis 2016 le supplément dominical de La Repubblica.)

Loukachenko

Chaque année le jour de Pâques Alexandre Loukachenko visite une église différente. Cette année il est allé dans celle du village d’Evdokimovitchi, dans la région de Moguilev. « C’est un plaisir de se trouver dans une telle église. Pour être franc, ce sont mes églises préférées : celles qui sont construites simplement, sans ostentation, surtout si elles sont en bois », a-t-il dit. Et il est allé dans ce village parce qu’il a travaillé il y a longtemps dans la ferme collective locale. « C’était très dur. Mais cela a toujours été et sera toujours dur. Telle est notre vie, qui nous a été donnée par le Seigneur Dieu, pour que nous ne nous sclérosions pas, pour que nous restions actifs. »

Mais ce qui me frappe surtout, c’est que Loukachenko, qui n’est pas particulièrement religieux, est à ma connaissance le seul chef d’Etat dont les premières paroles publiques le jour de Pâques sont : « Le Christ est ressuscité ! » (à 2’33 sur la vidéo).

La Hongrie normalisée

Une majorité d’électeurs hongrois en a donc eu assez d’être le mouton noir de l’UE, et peut-être surtout d’en subir les conséquences, puisque la Hongrie est soumise à de sévères sanctions pour son refus de la politique d’invasion de l’UE.

C’en est donc fini, du moins pour le moment, des discours de Viktor Orban qui tranchaient tellement sur le politiquement correct, sur tous les plans. Et donc de la résistance de la Hongrie au rouleau compresseur de la Commission européenne. On regrettera aussi Peter Szijjártó, qui avait émergé ces dernières années comme un des très rares remarquables ministres des pays européens.

Le plus grave est que l’opposition a remporté les deux tiers des sièges. Ce qui montre la fragilité des constitutionalisations. Orban avait cru pouvoir sanctuariser la définition de la famille et l’interdiction de la propagande LGBT, mais le nouveau pouvoir va s’empresser de les rayer de la Constitution, et sans aucun doute de faire pire, aux applaudissements de l’UE.

La Hongrie normalisée par l’UE c’est aussi un pays russophobe de plus, et dans l’immédiat le pays qui va permettre de verser 90 milliards d’euros dans le trou sans fond de l’Ukraine. (A moins que Robert Fico, éventuellement épaulé par Andrej Babiš, ne prenne le relais, mais Orban était le poids lourd…)

N.B. Pour les plus jeunes, je rappelle que « normalisation » fut le mot officiel définissant la reprise en main de la Tchécoslovaquie en 1968 par l’appareil soviétique via le parti communiste local.

Saint Herménégilde

L’Apothéose de saint Herménégilde est un tableau de Francisco de Herrera l’Ancien (1620-1624). Le prince martyr est représenté en miles Christi, soldat du Christ. Il brandit le crucifix autour duquel est écrit « ERAT » : « Qui crucifixus erat Deus », chante le Salve festa dies : « celui qui a été crucifié était Dieu », et c’est pour avoir confessé cela qu’il a été emprisonné et tué par son père le roi arien : à sa droite et à sa gauche, les chaînes et la hache.

En bas à gauche saint Léandre, évêque de Séville, grand ami de saint Grégoire le Grand. Il protège le jeune Récarède, le frère d’Herménégilde, qui deviendra le roi catholique. A droite saint Isidore, frère et successeur de saint Léandre, qui contemple la gloire d’Herménégilde et maintient à terre le roi arien vaincu par la foi de son fils martyr.

Le témoignage qui fait autorité est évidemment celui de saint Grégoire le Grand. Mais ce texte n’est pas conforme à la nouvelle religion (celle de « l’homme d’aujourd’hui ® »), puisque la sainteté d’Herménégilde est mise en relation, et deux fois, avec le mépris du monde. Comme toutes les oraisons qui opposent le mépris des choses qui passent et la recherche des réalités éternelles, celle de la fête de saint Herménégilde a été supprimée, conformément au dogme promulgué par dom Antoine Dumas en 1966.

Deus, qui beátum Hermenegíldum Mártyrem tuum cælésti regno terrénum postpónere docuísti : da, quǽsumus, nobis ; ejus exémplo cadúca despícere atque ætérna sectári.

Dieu, qui avez appris au bienheureux Herménégilde, votre Martyr, à mettre la royauté terrestre au-dessous de la royauté du ciel, accordez-nous, nous vous en supplions, de mépriser à son exemple les biens périssables, et de rechercher les biens éternels.