La « propagande » selon le Conseil de l’Europe

La première résolution de la session d’automne de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, adoptée hier par 117 voix contre 14 et 5 abstentions, s’intitule « Propagande et liberté d’information en Europe ». Par antiphrase, bien sûr : car les parlementaires sont toujours aussi obsédés par leur russophobie et la résolution vise à justifier une fois de plus l’interdiction de la liberté d’expression quand il s’agit de la Russie. Mais pas seulement.

Le ton est d’une violence stupéfiante de la part d’un organisme censé défendre les libertés :

L’Assemblée reconnaît que pour les régimes autoritaires, tels que la Fédération de Russie, la propagande est un élément indissociable de leur guerre contre la démocratie. Le média RT (anciennement «Russia Today»), qui est financé par l’État russe, et son réseau mondial, ainsi que les «usines à trolls» font partie d’une stratégie plus large visant à déstabiliser les démocraties européennes et à influencer les processus politiques.

Dans la foulée le Conseil de l’Europe « réitère son appel à reconnaître que l’Église orthodoxe russe est utilisée comme un instrument d’influence et de propagande russe par le régime du Kremlin »…

Bien que ce soit déjà fait, l’Assemblée « recommande » donc d’interdire tous les médias russes, « dont les activités portent atteinte à l’éthique journalistique et représentent une menace pour la sécurité nationale des États membres ». Et, au cas où vous n’auriez pas compris, de « reconnaître le rôle de l’Église orthodoxe russe en tant qu’outil de propagande de l’État russe, et évaluer l’implication des institutions religieuses qui sont utilisées pour diffuser la propagande du Kremlin dans leur pays et y répondre ».

Voilà qui justifie donc sans le dire l’interdiction de l’Eglise orthodoxe ukrainienne (puisque ce sont les arguments de la dictature ukrainienne).

Cette résolution s’appuie sur un rapport kilométrique où il n’est pas question une seule fois de la propagande ukrainienne, qui atteint pourtant des sommets ubuesquement historiques. Il s’agit uniquement de la propagande russe (sans jamais donner le moindre exemple), qui justifie toutes les mesures d’interdiction, y compris celle d’un chanteur russe en Lituanie, qui constitue « une menace pour la sécurité nationale » alors que c’est un chanteur de variété parfaitement incolore, ainsi que l’expulsion des journalistes russes…

Un paragraphe du rapport est particulièrement intéressant :

Malgré toutes ces sanctions, la propagande russe continue d’opérer en Europe. En Italie, divers rapports indiquent que la propagande russe a réussi à s’infiltrer dans les médias grand public, notamment parce que les producteurs de télévision voulaient augmenter la part d’audience de certaines émissions grâce à des débats animés.

Le seul fait d’inviter un intervenant qui ne s’inscrit pas dans le consensus russophobe et permet d’animer le débat (qui sur le sujet de la guerre en Ukraine est absent des plateaux de télévision) est donc un acte de « propagande »…

Intéressante aussi est la citation par le Conseil de l’Europe d’un rapport de l’Observatoire européen des médias numériques énumérant « les thèmes potentiels visés par la désinformation et les récits de propagande : la guerre en Ukraine, le changement climatique, les institutions de l’Union européenne, les questions de genre et la communauté LGBTIQ+, l’immigration, les réfugiés, la religion, la santé et les politiques relatives à la Covid-19 ».

Voilà les sujets tabous, sur lesquels toute discussion doit être interdite. Et c’est ce que l’on constate en effet. Mais il y a encore des failles, d’où les objurgations de l’organisme de défense de la « liberté d’information »…


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