Encore Cana

Ça c’est Cana, au sud du Liban, après l’attaque israélienne hier, qui a fait au moins 15 morts. Et si le massacre n’a pas été aussi important qu’en 2006 ou, surtout, en 1996, c’est que la majorité de la population avait fui.

Ci-après ce que j’écrivais le 30 juillet 2006.

A toi, l’enfant de Cana

Je t’écris en sachant que tu ne liras sans doute jamais cette lettre. Je ne connais pas ton nom, et surtout je ne sais pas si tu es encore vivant. Car ils ont tué tant des tiens. Il y a dix ans déjà, ils avaient massacré 200 personnes avec leurs bombes venues du ciel. Leurs oiseaux de fer et de mort sont revenus cette nuit, pour tuer les enfants de Cana.

Il y a deux ans, j’étais dans ton village, et tu nous avais accompagnés lorsque nous visitions le site des Noces. Tu nous avais montré ces étonnants bas-reliefs figurant le Christ et ses apôtres, et Marie, et sans doute Marie-Madeleine avec ses longs cheveux : les plus anciennes sculptures chrétiennes du monde. Un site remarquablement entretenu par les tiens. Les tiens du Hezbollah.

Tu nous avais vendu des cierges (on donnait ce qu’on voulait), et tu nous avais montré où il fallait les placer, dans la grotte, sur cette pierre près de la petite icône. J’ai été blessé ce jour-là de voir que certains d’entre nous refusaient tes cierges, pour ne pas avoir, disaient-ils, à donner de l’argent au Hezbollah. Les mêmes, parfois, qui achèteront ensuite des foulards du Hezbollah à Baalbeck… Non pas à des enfants qui se faisaient trois sous d’argent de poche, mais à des combattants…

Je me souviens de ton sourire, lorsque je t’ai donné quelques livres libanaises, et que tu m’as dit des choses gentilles que je n’ai pas comprises.

A la sortie, tes copains nous ont vendu des cartes postales. C’était un lot de cartes, aux mauvaises couleurs, où il y avait pêle-mêle les bas-reliefs, le site, la grotte, et aussi des cartes de propagande du Hezbollah, dont celles qui commémorent le massacre de Cana en 1996. Même si elle n’est pas crédible (ne m’en veux pas), elle est quand même émouvante, celle qui montre, par un montage, la mosquée et l’église sur le même plan, dans le souvenir des « martyrs ».

Tu sais, bien sûr, que chez toi, celui que tu appelles Issa le prophète a changé de l’eau en vin. Ce que tu ne peux pas savoir est qu’en faisant cela Jésus se montrait non seulement comme un prophète mais comme le Christ, car cette eau transmutée en vin était le signe qu’il allait transmuter le vin en son sang pour le salut des hommes, son sang versé sur la Croix et donné en communion aux hommes jusqu’à la fin du temps, pour les Noces éternelles.

Ce n’est hélas pas un hasard si Cana est la cible des meurtriers, comme ce n’est pas un hasard si la Palestine et Jérusalem – la cité de la paix – sont au centre d’un conflit permanent. Les forces du mal se déchaîneront toujours sur les symboles de la paix céleste apportée aux hommes par le Fils de l’Homme.

Aujourd’hui je pense à toi et à tes copains, aux enfants rieurs de Cana, à ceux qui sont morts sous les bombes des barbares. Et je voudrais que tu saches que moi, le militant chrétien anti-musulman, engagé contre l’islamisation de mon pays, je suis avec toi dans l’épreuve, toi le chiite, toi l’enfant du Hezbollah, toi l’enfant des cierges de Cana, toi l’enfant des Noces que tu ne connais pas, ou auxquelles peut-être un missile israélien t’a conduit cette nuit, de Cana au paradis de Dieu, dont on ne t’avait pas dit non plus qu’il est Amour. Alors, si tu es aujourd’hui dans la Cana éternelle des Noces de l’Agneau, prie pour moi. Et si tu es vivant, je voudrais que tu saches que je prie pour toi et pour tes copains, pour les enfants de Cana victimes du nouvel Hérode.

Yves Daoudal

30 juillet 2006


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10 réflexions sur “Encore Cana

  1. Très émouvant. Je n’arrive pas à retrouver le texte de Reconquête de 2001 sur un village chrétien détruit aux débuts de l’Etat d’Israël, et que vous aviez remis dans un post il y a quelques mois.

    Je suis en désaccord avec vous sur la Russie, mais sur Israël, totalement d’accord.

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  2. Dans l’Évangile, il est bien écrit : il y eut des noces à Cana de GALILÉE.

    Le Cana du Liban n’est donc pas le Cana où Jésus a changé l’eau en vin, ce village porte simplement le même nom, c’est une coïncidence toponymique.

    Cela dit, j’adhère totalement à ce qui est écrit dans le texte.

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    • Pour les Libanais il ne fait aucun doute que leur Cana est le Cana de l’Evangile. Et le site est impressionnant. Et le Cana près de Nazareth n’a aucune existence archéologique (ni même historique, d’ailleurs), contrairement à celui du Liban.

      Et il y a aussi la fin du chapitre 4 de saint jean : Jésus retourne à Cana de Galilée. Un officier royal vient de Capharnaüm pour lui demander de venir guérir son fils. Jésus lui dit : « Va, ton fils vit. » Sur la route du retour, il rencontre des gens de sa maison qui viennent lui dire que son fils est guéri. Il leur demande quand cela s’est passé. Ils répondent : « Hier, à la septième heure. » Or c’était l’heure à laquelle Jésus lui avait dit : « Va, ton fils vit. »

      On est donc le lendemain du miracle. Il est évident qu’après la parole de Jésus ce père n’allait pas rester traîner à Cana mais allait se précipiter chez lui. Or si Cana était dans les environs de Nazareth, il avait tout le temps, après la septième heure, donc au tout début de l’après-midi, d’arriver à Capharnaüm avant le soir. Si c’est seulement le lendemain qu’il trouve sur son chemin des gens de sa maison, c’est qu’il était très loin de Capharnaüm et avait dû passer la nuit loin de chez lui alors que son souhait le plus cher était de constater le miracle aussi vite que possible.

      Cana est au sud-est de Tyr, à moins de 20 km de l’actuelle frontière de l’Etat dit d’Israël. C’est le nord de la Haute Galilée.

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