Je lisais hier, avec quelques jours de retard, un article où il y avait ceci :
« Jean-Marie Le Pen était un réactif, plus intuitif que théoricien, et certains lui ont reproché un manque de stratégie définie à l’avance. Mais du moins était-il d’une doctrine très sûre. La plus fragile de ses improvisations s’appuyait sur un socle de convictions et de réflexes hérités d’une tradition gréco-romaine et catholique. Cela lui donnait une boussole sans erreur sur toutes les questions dites de société ainsi qu’un jugement sûr et vrai sur les grandes affaires politiques. »
Ce n’est pas tout-à-fait vrai, mais l’essentiel est dit. Je préciserai qu’il était à la fois l’héritier de la tradition catholique et de la « tradition » républicaine des « hussards noirs ». Ce qui faisait de lui un personnage unique, capable d’unir dans un même « front » des catholiques traditionalistes et des athées, des monarchistes et des républicains, etc. Et avec un sens aussi aigu que le plus souvent inconscient (mais nourri par son immense culture) de la réaction la plus française à tel ou tel événement, il emportait l’adhésion de tout son mouvement et d’innombrables sympathisants.
On l’avait appelé Le Menhir, et j’étais admiratif de voir comment il supportait les attaques les plus ignobles, la diabolisation la plus infâme, les calomnies les plus abjectes. Sa force de caractère était étayée par sa conviction d’être dans le vrai, et qu’il avait une mission.
J’ai travaillé avec lui pendant dix ans, et cela reste un grand moment de ma vie. Ceux qui ne l’ont pas connu ne savent pas que dans les rapports avec ses collaborateurs il pouvait être d’une flagrante injustice (dont il jouait, en fait, le plus souvent), et dans une colère noire qui devenait subitement une humeur guillerette et chantonnante… Il était tellement imprévisible qu’il était en fait prévisible, car c’était une mise en scène…. qui le rendait encore plus attachant.
Outre mon activité de journaliste et chroniqueur à National Hebdo, je lui proposais presque quotidiennement un projet de « communiqué de presse de Jean-Marie Le Pen ». Comme je l’écrivais en me « mettant à sa place », il me répondait presque toujours : « Envoie ! ». Un soir, après une grande émission télévisée de Chirac, un dimanche soir, je l’appelle avant d’écrire quoi que ce soit, pour lui demander sa réaction. Je note au vol ce qu’il me dit, puis je le rappelle après avoir synthétisé ses propos. Imprévisible il l’était pourtant, car je ne m’attendais pas du tout à sa réaction : « Mais ça, c’est ce que je viens de te dire ! Trouve-moi quelque chose d’autre et rappelle-moi ! » Je sens la sueur perler sur mon front… J’agite les derniers neurones qui me restent, je rédige quelque chose, je le rappelle. « Eh bien voilà, c’est ça que je voulais ! »…
Je l’ai toujours appelé « Président », parce que, même si je suis allé assez souvent chez lui à Rueil-Malmaison, et même une fois, par privilège spécial, dans son petit bureau « comme une cabine de bateau », je n’étais pas de ses intimes. Mais aujourd’hui je peux dire Adieu Jean-Marie. Que le Seigneur t’accueille dans son Royaume, pour lequel tu as travaillé plus que tu ne le pensais. Et il me faut dire encore (pardonne-moi) que lorsque notre fille Marie est morte dans un accident de moto, c’est toi qui nous écrivis la plus belle lettre, la plus profonde lettre, la plus chrétienne.