De la férie

La liturgie byzantine célèbre les prophètes de l’Ancien Testament. Le 14 juin c’est Elisée, le 15 c’est Amos. Les tropaires de vêpres chantent ceci :

La lumière de l’Esprit a trouvé, Prophète, dans la pureté de ton cœur un miroir resplendissant de clarté ; elle a fait luire sur le monde l’éclat de la connaissance de Dieu et figura d’avance les images des mystères divins et la grâce que tous les hommes devaient recevoir.

Toi la bouche de Dieu, tu repris sans ambages les artisans d’impiété, leur promettant l’inéluctable et fatal jugement, Prophète bienheureux, te conformant aux décrets de la justice et aux sentences de Dieu ; aussi, nous qui voyons tes sages oracles réalisés, nous te chantons des louanges méritées.

Dieu fit de toi, Prophète bienheureux, l’initié de ses ineffables jugements ; tu éclairas et illuminas les nations, Amos, et tu annonças la Trinité ; c’est pourquoi nous glorifions ton illustre souvenir. Délivre donc de tout malheur tous ceux qui t’acclament et te célèbrent avec foi.

« Tu annonças la Trinité » ? Voici ce que dit saint Jérôme dans son commentaire d’Amos :

« J’ai éloigné de vous la pluie trois mois avant la moisson ; j’ai fait pleuvoir sur une ville et je n’ai pas fait pleuvoir sur une autre ville ; une partie a été arrosée, et l’autre, sur laquelle je n’ai pas répandu la pluie, a été desséchée. Deux et trois villes sont venues vers une ville pour y boire de l’eau, et elles n’ont pas été désaltérées. Et pourtant, vous n’êtes pas revenus à moi, dit le Seigneur. » (Amos, 4) (…) Je n’ai pas seulement envoyé l’agacement des dents dans toutes vos villes, et la disette du pain dans toutes vos demeures ; j’ai éloigné de vous, trois mois avant la moisson, la pluie, celle qu’on appelle sérotine, et qui est des plus nécessaires au sol altéré de la Palestine ; en sorte que, lorsque le blé en herbe poussait l’épi, en engendrait le grain, l’excès de la sécheresse le desséchait. Le texte vise ici l’époque printanière de la fin d’avril, après laquelle il reste à courir trois mois jusqu’à la moisson du froment, mai, juin, juillet. (…)  Dieu donc a éloigné d’eux la pluie, afin qu’ils endurent, non seulement la privation du pain, mais aussi celle de la boisson et les ardeurs de la soif. Et, en effet, dans ce pays où je vis maintenant, sauf quelques maigres sources, il n’y a que de l’eau de citerne, et si la colère divine arrête les pluies, la soif est encore plus à craindre que la famine. C’est ce qui arriva, rapporte l’Écriture, au temps du prophète Élie, pendant trois ans et six mois. Et pour qu’on ne puisse croire que le fait arriverait aux villes et à leurs habitants par suite d’une loi de la nature, du cours des astres et du changement des saisons, Dieu annonce qu’il fera pleuvoir sur une ville et ses environs, tandis qu’il suspendra la pluie sur une autre, en sorte que deux ou trois villes aillent vers une seule, et qu’elles n’y puissent pourtant se rassasier de boire. Cela ayant été fait, non comme châtiment, mais comme correction, le Seigneur les réprimande ainsi de persister dans leur crime : Et pourtant, vous n’êtes pas revenus vers moi. Pareillement, le Seigneur éloigne des hérétiques ou arrête loin d’eux toutes les pluies spirituelles et toute rosée de la divine sagesse ; il commande à ses nuées de ne pas répandre leur pluie sur eux, trois mois avant la moisson ou la vendange, afin qu’ils ne puissent parvenir aux fruits du mystère de la Trinité. « 

(Dans le calendrier byzantin on commémore aussi aujourd’hui saint Jérôme. Et saint Augustin.)


En savoir plus sur Le blog d'Yves Daoudal

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire