Voici le sermon 267 de saint Augustin, pour le jour de la Pentecôte, dont le début fait l’objet des leçons du deuxième nocturne des matines dans le bréviaire monastique.
La solennité de ce jour nous rappelle la grandeur du Seigneur notre Dieu et la grandeur de la grâce qu’il a répandue sur nous ; car si on célèbre une solennité, c’est pour empêcher l’oubli d’un événement accompli. Aussi le mot solennité, solemnitas, vient-il de solet in anno, et signifie par conséquent ce qui se répète chaque année. Quand le lit d’un fleuve ne se dessèche point en été et que ce fleuve coule toute l’année, per annum, on dit que son cours est ininterrompu, en latin perenne; ainsi appelle-t-on solennel, solemne, ce qui se célèbre chaque année, quod solet in celebrari.
Aujourd’hui donc nous célébrons l’avènement du Saint-Esprit : car après avoir promis, sur la terre, le Saint-Esprit, le Seigneur l’a envoyé du haut du ciel. En promettant de l’envoyer du haut du ciel il avait dit : « Si je ne m’en vais, il ne peut venir ; mais je vous l’enverrai quand je serai parti. » Voilà pourquoi il souffrit, mourut, ressuscita et monta au ciel, où il devait accomplir sa promesse. Accomplissement, attendu des disciples, c’est-à-dire, comme il est écrit, de cent vingt âmes, ou du nombre décuplé des Apôtres, car ils avaient été choisis au nombre de douze, et l’Esprit-Saint descendit sur cent vingt. Donc en l’attendant ils étaient réunis dans une même demeure et ils y priaient ; car c’était la foi qui dès lors inspirait leur désir, leur prière était animée d’une ferveur toute spirituelle ; c’étaient des outres neuves qui attendaient du ciel un vin nouveau et ce vin y descendit, car le raisin mystérieux avait été foulé et la gloire en rayonnait. Aussi bien lisons-nous dans l’Evangile : « L’Esprit n’avait pas été donné encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. »
A leurs supplications, que fut-il répondu ? Vous venez de l’entendre ; quel prodige ! Tous ceux qui étaient là ne savaient qu’une langue ; et le Saint-Esprit étant descendu en eux, les ayant remplis, ils parlèrent plusieurs langues, les langues de tous les peuples, sans les avoir sues auparavant, sans les avoir apprises ; c’est qu’ils avaient pour Maître celui qu’ils venaient de recevoir ; en entrant en eux il les remplit et ils débordèrent ; et le signe qu’on avait reçu le Saint-Esprit, c’est qu’aussitôt qu’on en était rempli on parlait toutes les langues. Ce phénomène ne se réalisa pas seulement dans les cent vingt disciples. Le même livre sacré nous apprend qu’une fois devenus croyants, les hommes ensuite recevaient le baptême, puis l’Esprit-Saint, et qu’alors ils parlaient les langues de tous les peuples.
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