L’Irlande refuge des criminels de l’avortement ?

Il y a seulement quelques années, l’information aurait paru surréaliste, et tout simplement absurde : une Américaine poursuivie pour avortements illicites aux Etats-Unis trouve refuge en Irlande

Aujourd’hui c’est une réalité. L’avorteuse Margaret Carpenter, de New York, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt en Louisiane, s’est tranquillement installée dans le sud de Dublin.

Margaret Carpenter a été inculpée par la justice de Baton Rouge pour avortement criminel au moyen de substances abortives : elle avait acheté des pilules abortives par courrier pour une femme qui avait obligé sa fille à avorter alors que celle-ci préparait la « fête de révélation du sexe » de son bébé, à la mode américaine.

Margaret Carpenter a continué à envoyer des pilules abortives en Louisiane après son inculpation, et une femme enceinte de 20 semaines « a accouché après avoir consommé les médicaments abortifs qui auraient été fournis par Carpenter, avant de finalement se débarrasser de son bébé ».

Le procureur général du Texas, Ken Paxton, a également poursuivi Margaret Carpenter pour avoir envoyé des pilules abortives à une jeune femme au Texas.

Voilà une recrue de choix pour le génocide irlandais.

La pilule abortive et la Cour suprême

La Cour suprême des Etats-Unis a rendu jeudi, le jour de l’Ascension, une ordonnance par laquelle elle prolonge indéfiniment le blocage de l’arrêt qui confirmait en appel l’interdiction de l’envoi par la poste en Louisiane de la pilule abortive (que certains chez nous osent appeler un « médicament »).

Deux ordonnances provisoires dans le même sens avaient été rendues les 4 et 11 mai, en « urgence », à la demande des deux producteurs du « pesticide antihumain », comme la qualifiait le professeur Lejeune. L’un de deux laboratoires faisant valoir qu’il subissait un « préjudice irréparable ».

La loi de Louisiane est donc bloquée jusqu’à ce que la Cour suprême prenne une décision sur le fond. Cela pourrait n’intervenir que l’an prochain.

L’ordonnance n’est pas signée, mais elle a été prise à une majorité de sept contre deux. Sept juges, y compris des catholiques, considèrent donc que les profits de Danco Laboratories et GenBioPro comptent plus que la vie des êtres humains.

L’infatigable et excellent juge Clarence Thomas a fait publier son « opinion dissidente » :

« Les requérants n’ont pas droit à un sursis à l’exécution d’une décision judiciaire défavorable au motif d’un manque à gagner résultant de leur entreprise criminelle. Ils ne peuvent, d’un point de vue juridique, subir un préjudice irréparable du fait d’une décision judiciaire qui rend plus difficile la commission de leurs crimes. »

Il rappelle que la loi fédérale Comstock de 1873 interdit explicitement l’envoi par la poste de moyens de contraception, donc a fortiori de moyens abortifs.

Le juge Samuel Alito ajoute :

« GenBioPro fait brièvement allusion à la possibilité d’une perte de chiffre d’affaires. Mais une perte de chiffre d’affaires dans les États où les abortifs sont généralement illégaux ne constitue pas un “préjudice irréparable” susceptible de justifier l’octroi d’un sursis. (…) L’ordonnance non motivée de la Cour accordant des sursis dans cette affaire est remarquable. »

Halte à la pilule abortive

Une bonne nouvelle pour la vie aux Etats-Unis : la cour d’appel du cinquième circuit a donné raison à la Louisiane qui contestait la prescription et la délivrance de la mifépristone sans consultation en personne. En clair : cette cour d’appel fédérale interdit la vente par correspondance de la pilule abortive dans tous les Etats où elle est interdite.

Les trois magistrats (deux nommés par Trump et un par Bush ont souligné que la politique permettant l’envoi de la pilule abortive par la poste facilitait « désormais près de 1.000 avortements illégaux par mois en Louisiane ».

On estime actuellement qu’environ deux tiers des avortements aux États-Unis sont pratiqués à l’aide de pilules.

Cette décision est « sans doute le plus grand recul en matière d’accès à l’avortement depuis l’arrêt rendu en 2022 par la Cour suprême annulant l’arrêt Roe v. Wade », a commenté Politico.

L’arrêt sera contesté devant la Cour suprême. Mais il y a toutes les chances qu’elle le confirme.

Un silence éloquent

Voilà plus de 24 heures que Macron a fait de la dépénalisation de l’avortement « une priorité en Andorre ».

Et le co-prince catalan, l’évêque d’Urgell Josep-Lluís Serrano Pentinat, n’a toujours pas fait le moindre commentaire.

Il doit toujours être sous le charme de son co-prince parisien, sans doute. Ou alors le discours de Macron avait reçu son assentiment, donc celui de Rome (on sait que le cardinal Parolin suit personnellement l’affaire)…

L’avortement au Kenya

En 2019, au Kenya, un médecin avait provoqué un avortement chez une jeune fille de 16 ans qui alléguait des douleurs et des saignements. Le médecin et la jeune fille avaient été inculpés, conformément à la loi. En mars 2022, un tribunal avait annulé les inculpations et avait même qualifié l’accès à l’avortement de « droit fondamental ».

La cour d’appel de Malindi vient d’annuler ce jugement, rappelant que « l’avortement n’est pas un droit fondamental garanti par la Constitution » mais que, « au contraire, la Constitution l’interdit expressément », tout en prévoyant « des exceptions, dans des circonstances limitées, où il peut être autorisé ». De ce fait « les droits constitutionnels ne sauraient, en eux-mêmes, faire obstacle à une enquête appropriée, à l’inculpation et à la poursuite des infractions alléguées en cause ».