De la férie

L’octave de l’Epiphanie a été supprimée dès 1955 (le ver de la révolution liturgique était dans le fruit), d’autant plus malencontreusement que ces jours étaient sans fêtes de saints précisément pour pouvoir célébrer l’octave. De ce fait tous ces jours sont devenus des « féries ordinaires ». Toutefois, allez savoir pourquoi, on a gardé quelques traces de l’Epiphanie (dont la messe… jusqu’au samedi suivant). Et c’est pourquoi sans doute en 1960 on en a fait un « temps de l’Epiphanie » qui fait partie du « temps de Noël »…

Ainsi le premier répons des matines est-il toujours celui-ci :

℟. Tria sunt múnera pretiósa, quæ obtulérunt Magi Dómino in die ista, et habent in se divína mystéria : * In auro, ut ostendátur Regis poténtia: in thure, Sacerdótem magnum consídera: et in myrrha, Domínicam sepultúram.
℣. Salútis nostræ auctórem Magi veneráti sunt in cunábulis, et de thesáuris suis mýsticas ei múnerum spécies obtulérunt.
℟. In auro, ut ostendátur Regis poténtia: in thure, Sacerdótem magnum consídera : et in myrrha, Domínicam sepultúram.

℟. Au nombre de trois sont les dons précieux que les Mages ont offerts au Seigneur en ce jour, et en chacun se trouve un divin symbolisme : * L’or doit manifester la puissance du Roi, l’encens fait considérer le Grand-Prêtre, et la myrrhe la sépulture du Seigneur.
℣. Les Mages ont adoré l’Auteur de notre salut dans son berceau et lui ont offert les mystiques symboles de leurs présents.
℟. L’or doit manifester la puissance du Roi, l’encens fait considérer le Grand-Prêtre, et la myrrhe la sépulture du Seigneur.

De la férie

Le martyrologe romain de ce jour commence par une phrase lapidaire :

Relátio púeri Jesu de Ægýpto.

Le retour de l’enfant Jésus d’Egypte.

Aucune précision n’est donnée, aucune explication de la date non plus, alors que rien dans la liturgie (du moins dans les livres actuels) ne permet de fixer cet événement au 7 janvier. Sans doute est-ce simplement parce que c’est le lendemain de l’Epiphanie et que la fuite en Egypte est directement liée à la visite des mages.

Nulle part d’ailleurs dans le déroulement du temps de Noël il n’est question du retour d’Egypte, sauf de façon incidente lors de la fête des Saints Innocents, où c’est le début de l’évangile :

Voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : « Lève toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Et lui se leva, prit l’enfant et sa mère de nuit et se retira en Egypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : J’ai appelé mon fils d’Egypte.

Le retour d’Egypte est narré après le massacre des enfants de Bethléem :

Mais Hérode étant mort, voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Egypte, et dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et va dans le pays d’Israël ; car ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant sont morts. » Joseph, s’étant levé, prit l’enfant et sa mère, et vint dans le pays d’Israël. Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en Judée, à la place d’Hérode son père, il craignit d’y aller ; et, averti en songe, il se retira dans la province de Galilée. Et il vint habiter dans une ville appelée Nazareth, afin que s’accomplît ce qui avait été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

« J’ai appelé mon fils d’Egypte. » La prophétie est d’Osée (11,1). Au sens littéral il s’agit du peuple hébreu que Dieu fait sortir d’Egypte. Mais le peuple élu est une figure du Christ, d’autant plus du Christ enfant que le texte d’Osée dit juste avant : « Israël est un enfant et je l’aime. »

Cette prophétie est devenue l’antienne de Magnificat du vendredi de la première semaine de l’Avent, avec l’ajout qui précise sa portée christique :

Ex Ægýpto vocávi Fílium meum : véniet, ut salvet pópulum suum.

De l’Égypte j’ai appelé mon Fils ; il viendra pour sauver son peuple.

Vitrail de Chartres.

Kondakion de la Nativité

Hier, lors de la divine liturgie au monastère Sretenski de Moscou, un très beau kondakion de la Nativité, pour « l’avant-fête » (Noël c’est demain dans leur calendrier).

Дева днесь превечное Слово/ в вертепе грядет родити неизреченно:/ ликуй, вселенная, услышавши,/ прослави со Ангелы и пастырьми/ хотящаго явитися// Отроча Младо, Превечнаго Бога.

La Vierge aujourd’hui met au monde l’Eternel, et la terre offre une grotte à l’Inaccessible. Les anges et les bergers le louent, et les mages avec l’étoile s’avancent. Car Tu es né pour nous, petit enfant, Dieu éternel.

Epiphanie

L’hymne des vêpres et des matines est formée de quatre strophes tirées du grand poème A solis ortus cardine, de Sedulius, poème alphabétique qui retrace en 23 strophes la vie du Christ, dont le début (les strophes A à G) est chanté à Noël. Ce sont ici les strophes commençant par H, I, L et N, qui évoquent les trois mystères de l’Epiphanie. (La strophe commençant par K est celle qui évoque les Saints Innocents, et celle qui commence par M évoque les miracles du Christ en général.)

Hostis Heródes ímpie,
Christum veníre quid times?
Non éripit mortália,
Qui regna dat cæléstia.

Hérode, roi cruel, pourquoi crains-tu
L’arrivée d’un Dieu qui vient régner ?
Il ne ravit pas les sceptres mortels,
Lui qui donne les royaumes célestes.

Ibant magi, quam víderant,
Stellam sequéntes prǽviam:
Lumen requírunt lúmine:
Deum faténtur múnere.

Les Mages s’avançaient, suivant l’étoile
Qu’ils avaient vue et qui marchait, devant eux :
La lumière les conduit à la Lumière ;
Leurs présents proclament un Dieu.

Lavácra puri gúrgitis
Cæléstis Agnus áttigit:
Peccáta, quæ non détulit,
Nos abluéndo sústulit.

Le céleste Agneau a touché l’onde
Du lavoir de pureté ;
Dans un bain mystique, il lave en nous
Des péchés qu’il n’a point commis.

Novum genus poténtiæ:
Aquæ rubéscunt hýdriæ,
Vinúmque jussa fúndere,
Mutávit unda oríginem.

Nouveau prodige de puissance !
L’eau rougit dans les urnes de pierre.
Jésus ordonne de verser ;
L’eau coule et c’est du vin.

Jesu tibi sit glória,
Qui te revelas géntibus,,
Cum Patre, et almo Spíritu,
In sempitérna sǽcula.
Amen.

O Jésus, à vous soit la gloire,
Vous qui vous fîtes voir aux Gentils,
Avec le Père et le Saint Esprit,
Dans les siècles sempiternels.
Ainsi soit-il.

Le Très Saint Nom de Jésus

L’hymne des matines, dans la version de Palestrina, chantée au monastère Saint-Benoît de São Paulo (strophes 1, 3, 5, 1).

Jesu, Rex admirábilis,
Et triumphátor nóbilis,
Dulcédo ineffábilis,
Totus desiderábilis.

Jésus, roi adorable,
Noble triomphateur,
Ineffable douceur ;
Jésus tout aimable.

Quando cor nostrum vísitas,
Tunc lucet ei véritas,
Mundi viléscit vánitas,
Et intus fervet cáritas.

Quand vous visitez notre cœur,
La vérité brille pour lui,
La vanité du monde lui semble méprisable,
Et il s’enflamme de charité.

Jesu, dulcédo córdium,
Fons vivus, lumen méntium,
Excédens omne gáudium,
Et omne desidérium.

Jésus, douceur des cœurs,
Source vive, lumière des esprits,
Vous dépassez toute allégresse
Et tout désir.

Jesum omnes agnóscite,
Amórem eius póscite:
Jesum ardénter quǽrite,
Quæréndo inardéscite.

Venez tous connaître Jésus,
Demandez son amour ;
Cherchez Jésus avec ardeur ;
En le cherchant, embrasez-vous.

Te nostra, Jesu, vox sonet,
Nostri te mores éxprimant,
Te corda nostra díligant,
Et nunc, et in perpétuum.
Amen.

Que notre voix, ô Jésus ! vous proclame ;
Que notre vie exprime nos vertus.
Que nos cœurs vous aiment,
Et maintenant, et toujours.
Ainsi soit-il.

*

Ô Nom de Jésus ! Toi qui es la clef de tous les dons, ouvre-moi la porte, pour que je puisse pénétrer dans la maison qui abrite ton trésor et tes richesses, et je te louerai d’une louange qui me viendra du cœur, pour les miséricordes que tu m’as récemment faites, car tu es venu et tu m’as renouvelé en me faisant connaître le monde nouveau.

Isaac le Syrien, Œuvres spirituelles II, discours 5, 5.