Saint Pierre de Vérone

Taddeo di Bartolo (1363-1422), Sienne.

Les trois antiennes des matines et le répons du bréviaire dominicain, traduction dom Guéranger.

De fumo lumen oritur et rosae flos de sentibus doctor et martyr nascitur Petrus de infidelibus alléluia

Du sein de la fumée la flamme lumineuse s’élance ; la rose fleurit sur les épines du buisson : ainsi Pierre, docteur et martyr, naît d’une famille infidèle. [Né en 1205 de parents cathares, en pleine apogée du catharisme, et il y avait un évêque cathare à Vérone. Il passera sa vie à combattre le catharisme, condamné par le concile de Vérone en 1184, et mourra sous les coups des hérétiques.]

Praedicatorum ordinis militans in acie nunc conjunctus est agminis caelestis militiae alléluia

D’abord soldat dans l’armée des Prêcheurs, il brille aujourd’hui dans les rangs de la milice céleste.

Mens fuit angelica lingua fructuosa vita apostolica mors quam pretiosa alléluia

Son âme fut tout angélique, sa langue féconde, sa vie apostolique, sa mort précieuse.

℟. Dum Samsonis vulpes quaerit ab iniquis emitur caput sacrum lictor ferit justi sanguis funditur. * Sic triumphi palmam gerit dum pro fide moritur, alleluia.
. Stat invictus pugit fortis constans profert hora mortis fidem pro qua patitur. * Sic triumphi palmam gerit dum pro fide moritur, alleluia.

Tandis qu’il est à la recherche des renards de Samson, il est immolé par un bras impie ; un meurtrier frappe sa tête sacrée ; le sang du juste est répandu : * Ainsi le martyr cueille la palme du triomphe, en succombant pour la foi.
Athlète invincible, il confesse encore en mourant la foi pour laquelle il verse son sang. * Ainsi le martyr cueille la palme triomphale, en succombant pour la foi. [Alors qu’il avait la tête fendue et une épée dans le cœur, il murmura le Credo, ou, selon certains, il écrivit Credo par terre avec son sang.]

Saint Paul de la Croix

Cet apôtre des temps modernes, puissant en œuvres et en paroles, et qui renouvela dans ses prédications les prodiges des premières années de l’Église, passa au Seigneur le 18 octobre 1775, et fut enseveli dans le Titre de Pammachius où, aujourd’hui, l’on célèbre sa fête solennelle. Toutefois comme le 18 octobre est consacré à saint Luc, Pie IX décréta que la mémoire de saint Paul de la Croix serait célébrée dans toute l’Église à la date du 28 avril. C’était en 1869, époque où la tradition liturgique romaine était peu étudiée, et, dans la pratique, était négligée. Et c’est ainsi que la messe de saint Vital, que portent tous les anciens documents, et qui appartient vraiment au fond liturgique traditionnel de la Ville éternelle, disparut ; on ne conserva que sa commémoraison.

La messe de saint Paul, considérée sous le rapport de sa composition, a tous les mérites et tous les défauts des messes modernes. Son rédacteur n’a tenu aucun compte du caractère musical et psalmodique des antiennes et des répons de l’introït, de l’offertoire, etc., toutes choses qu’il ignorait probablement. Il a donc glané tout simplement, dans les épîtres de saint Paul et de saint Pierre, des textes relatifs à Jésus Crucifié, et il les a habilement disposés, à la manière d’une mosaïque, dans sa composition. C’est ainsi que dans le graduel on va de la lettre aux fidèles de Galatie à celle aux Corinthiens, de celle-ci à la secunda Petri ; dans le Trait, on va de Pierre aux Corinthiens, puis aux Hébreux, oubliant totalement qu’il s’agit de parties liturgiques rythmiques et musicales de leur nature. En compensation, la composition respire l’amour et excite à la dévotion envers la Passion du Sauveur.

Bienheureux cardinal Schuster

• Sur sa vocation et sa tunique (selon lui-même), voir ici.

Dimanche in albis

Comme je le disais hier, le graduel est désormais remplacé par un alléluia. Voici les deux alléluias de ce dimanche.

Le premier reprend ce qu’avait dit le Christ à ses apôtres au mont des Oliviers avant la Passion : « Postquam autem resurrexero praecedam vos in Galileam », et que l’ange rappelle aux myrophores dans le tombeau vide. La mélodie souligne fortement « praecedam », tout en haut du mode : le Christ précèdera ses apôtres dans la Galilée des nations, c’est lui qui évangélisera.

Le second annonce l’évangile qui va être chanté. Il culmine sur « Pax vobis » qui reprend le jubilus de l’alléluia : c’est la paix joyeuse du Royaume, que le prêtre souhaite et offre plusieurs fois à tous les fidèles dans la divine liturgie byzantine (seulement l’évêque dans la liturgie latine).

Par les Pères du Saint Esprit de Chevilly, en 1957.

Allelúia, allelúia. In die resurrectiónis meæ, dicit Dóminus, præcédam vos in Galilǽam. Allelúia.
Allelúia. Post dies octo, jánuis clausis, stetit Jesus in médio discipulórum suórum, et dixit : Pax vobis. Allelúia.

Alléluia, alléluia. Au jour de ma résurrection, dit le Seigneur, je vous précéderai en Galilée.
Alléluia. Huit jours après, les portes étant fermées, Jésus se tint au milieu de ses disciples et dit : la paix soit avec vous. Alléluia.

Samedi in albis

A partir de ce jour le graduel est remplacé par un alléluia. Aujourd’hui le texte est celui de l’antienne de graduel des jours précédents : Haec dies… La mélodie se rencontre plusieurs fois dans l’année, dès le premier dimanche de l’Avent. Ici elle est pleinement en relation avec le texte, avec la longue révérence sur Dominus, et la jubilation sur exsultemus puis à la fin : c’est le jour en lequel nous nous réjouissons.

Allelúia. Hæc dies, quam fecit Dóminus : exsultémus et lætémur in ea.

Allelúia. Voici le jour que le Seigneur a fait ; passons-le dans l’allégresse et dans la joie.

Chanté par des maîtres de chœur sous la direction du chanoine Jeanneteau à Fontevraud le 29 juillet 1980.

Vendredi de Pâques

L’évangile de la messe de ce jour est très court. Ce sont les cinq brefs derniers versets de saint Matthieu. Et ils sont d’une densité extrême, bien que nous n’en ayons plus conscience après deux millénaires de vie de l’Eglise. Pour le comprendre, il faut se mettre à la place des apôtres entendant ce que dit Jésus :

– Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.

C’est la toute-puissance de Dieu, qui est Dieu même : « Vous verrez le fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance », avait dit Jésus devant le Sanhédrin. Et cette puissance n’est plus seulement celle du Verbe, c’est celle qui a été donnée à l’humanité glorifiée du Christ (c’est Jésus « né de la chair, établi Fils de Dieu en toute puissance, selon l’Esprit de sainteté par sa résurrection des morts », dira saint Paul) – dans le ciel comme sur la terre.

– Allez enseigner toutes les nations.

La mission est désormais clairement universelle. Il ne s’agit plus seulement des « brebis d’Israël ». Le mot « enseigner » veut dire en fait, en grec, faire des disciples. Et de fait ces apôtres si peu nombreux ont fait des disciples de toutes les nations.

les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Claire révélation de la Sainte Trinité, appliquée au baptême, le sacrement de l’Alliance nouvelle et éternelle. Trinité dans l’Unité, puisqu’il y a deux fois « et » mais un est le Nom. Comme c’est la seule fois dans l’Ecriture que la Sainte Trinité est citée explicitement et littéralement, et à la toute fin d’un évangile, on peut se demander si cela n’aurait pas été ajouté a posteriori. Mais tous les manuscrits ont cette phrase, avec une seule variante : certains ont baptizontes, d’autres baptizantes, au présent ou à l’aoriste (irrégulier), et à l’aoriste cela suggère la précision que le baptême ne peut être donné qu’une seule fois.

– Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles.

Pas avec les apôtres, puisqu’ils ne vivront pas jusqu’à la fin du monde. Mais avec l’Eglise. L’Eglise constituée de sorte qu’il y soit toujours présent et qu’il en soit la tête, l’Eglise donc hiérarchique et infaillible.