L’Avent laïque

Un inspecteur d’académie de l’Aisne a demandé à la mi-novembre aux instituteurs de ne pas utiliser de calendrier de l’Avent, pour respecter la laïcité.

Il y a eu des protestations.

Anne Genetet, ministre de l’Education nationale, a écrit lundi aux « référents laïcité » de toutes les académies. Elle dit que certes ces calendriers sont « issus du calendrier liturgique », mais qu’ils sont « devenus des objets sociétaux et pédagogiques » et même des « outils utiles », donc qu’on peut les utiliser.

Sauf… s’ils comprennent des « contenus explicitement religieux ».

Bref, le calendrier de l’Avent doit être laïque.

L’Avent c’est l’attente du 25 décembre. Où il ne se passe rien de religieux. C’est l’attente du vide. Parabole de la laïcité républicaine.

La messe : pourquoi le sursis

Le témoignage qui suit est de Robert Moynihan, fondateur (en 1993) et rédacteur en chef de Inside the Vatican. Robert Moynihan est a priori quelqu’un de crédible. Voici selon lui pourquoi le pape n’a pas signé l’interdiction totale de la messe traditionnelle dans les diocèses.

J’ai un ami russe orthodoxe que j’ai présenté au pape François il y a quelques années, il y a plus de dix ans. Ils ont échangé leurs numéros.

Je lui ai toujours dit que nous étions très désireux de conserver un espace dans l’église… pour l’ancienne liturgie, qui était similaire à bien des égards à la liturgie byzantine. Il a apprécié cela puisqu’il est orthodoxe.

Je lui ai dit : « Dites-le au pape lorsque vous communiquerez avec lui, car il y a des rumeurs selon lesquelles il pourrait vouloir abolir l’ancienne liturgie, d’une manière qui, selon Joseph Ratzinger, n’était même pas possible. »

Il m’a dit avoir communiqué avec le pape l’été dernier et lui avoir dit qu’il y avait tant de bonnes personnes, de jeunes gens en Amérique et dans d’autres pays qui aimaient l’ancienne liturgie et qu’ils ne l’aimaient pas comme une sorte de signe de leur colère contre lui, mais simplement parce qu’ils aimaient Jésus. Ils voulaient se rapprocher de lui et c’est ce que la liturgie leur a permis de faire. Et c’était très similaire à la façon dont les gens simples en Russie se rapprochaient de la liturgie dans les années 1600, lorsque les vieux croyants ont été condamnés parce qu’ils voulaient garder la même ancienne liturgie et non la liturgie réformée dans les années 1660 en Russie.

Ce Russe a donc raconté ces choses au pape, qui lui a répondu : « J’ai le texte sur mon bureau. On m’a dit que je devais signer, mais puisque vous m’avez dit tout cela, je ne signerai pas. »

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Robert Moynihan a fondé en 2013 la Fondation Urbi et Orbi, pour approfondir les relations entre catholiques et orthodoxes. Et en 2015 il donnait une importante interview sur le sujet au National Catholic Register.

Il disait notamment :

Dès les années 1980, alors que j’étais étudiant à Yale, j’ai senti que cette désunion scandaleuse devait cesser. Mon conseiller, Jaroslav Pelikan, le grand historien de l’évolution de la doctrine chrétienne, un pasteur luthérien qui est devenu orthodoxe grec à la fin de sa vie, me l’a dit explicitement. Il m’a dit que si ce schisme n’était pas surmonté, le christianisme occidental n’aurait pas assez de force et de profondeur pour résister à la nouvelle culture modernisante que nous appelons « l’humanisme séculier post-chrétien ». Nous devions unir nos forces.

Et sa réponse à la question :  « Pensez-vous que l’Église orthodoxe russe est une manifestation de nationalisme agressif  ? »

L’Église orthodoxe russe n’est pas simplement un outil de l’État russe. Non, c’est une véritable Église.

En Russie, j’ai rencontré de nombreux croyants qui, par le passé, ont renoncé à leurs avantages personnels pour s’en tenir à la foi orthodoxe. Et ils cherchent toujours à faire ce qui est honnête, ce qui est bien, ce qui est juste. Ils sont prompts à dire que les êtres humains sont pécheurs et ils sont conscients que même les membres de leur Église peuvent être pécheurs. Bien sûr. Mais le fait que les Russes se souviennent de Jésus-Christ après 2.000 ans et après 70 ans d’athéisme est important. C’est un témoignage de foi émouvant. Et le fait que certains chrétiens utilisent la foi comme un manteau pour des transactions mafieuses, ou que des personnes utilisent le manteau du code moral pour s’engager dans des activités politiques et économiques lucratives, n’invalide pas le témoignage des orthodoxes russes. De tels faux croyants, ou croyants pécheurs, sont présents partout.

Quel est donc le « fond de l’affaire » ? Je crois que les croyants russes, les croyants orthodoxes russes, ont préservé et porté une compréhension profondément chrétienne de la condition difficile de l’homme, du fait que les êtres humains doivent être orientés vers l’éternel s’ils veulent atteindre un certain degré de bonheur terrestre et de justice sociale. Les êtres humains ont besoin de cette orientation vers l’éternel, dans le sens des paroles du Christ selon lesquelles « l’homme ne vit pas seulement de pain… » Cette orientation est présentée et défendue en Russie par l’Église orthodoxe, telle qu’elle lui a été confiée il y a 2.000 ans par Jésus-Christ.

Je sais que certains catholiques croient, comme les laïques occidentaux (et russes), que la foi orthodoxe est une foi nationaliste et non une foi authentique et profonde, mais simplement une forme d’identité nationale. C’est certainement la position de nombreux critiques laïques de l’Église russe. Mais cette position ne tient pas compte de la sainteté de la vie chrétienne dans tant de familles et chez tant d’individus en Russie.

Les baptêmes de Tbilissi

Un nouveau « baptême de masse » a eu lieu le 23 novembre à Tbilissi, en même temps que les festivités du 20e anniversaire de la consécration de la cathédrale de la Sainte-Trinité, en la fête de saint-Georges, patron de la Géorgie.

Plus de 700 enfants sont ainsi devenus les filleuls du patriarche de Sa Sainteté le catholicos-patriarche Ilia II de Géorgie.

Pour relancer la natalité, le patriarche, qui est très aimé dans le pays, avait décidé en 2008 qu’il serait le parrain du troisième enfant de chaque famille (et des suivants). Le baptême de samedi était le 70e baptême de masse. Le patriarche a aujourd’hui plus de 48.000 filleuls.

Après la divine liturgie du 20e anniversaire de la cathédrale.

L’Eglise Titanic

L’archevêché de Malines-Bruxelles annonce de nouvelles dispositions « liturgiques » obligatoires suite à la nomination de Rebecca Alsberge « déléguée épiscopale ».

Lorsque la « déléguée épiscopale » participe à une « eucharistie » « en paroisse », elle « entre en procession à côté de celui (sic) qui préside la célébration », et à la procession de sortie elle « salue avec lui les paroissiens ». C’est elle qui fait le sermon, et la « prière eucharistique » est modifiée, de sorte que le nom de la « déléguée épiscopale » est cité après celui du pape et de l’archevêque…

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Après plusieurs années d’enquête de sa commission liturgique, Mgr Shawn McKnight, évêque de Jefferson City dans le Missouri, avait interdit, le 24 octobre, un certain nombre de cantiques « insuffisants quant à la saine doctrine » (à savoir hérétiques), dont celui qui est le plus populaire dans les messes LGBT.

Face aux réactions, Mgr McKnight a battu en retraite. Il a annulé son décret et opte désormais pour un « processus synodal », par un nouveau document intitulé « Promouvoir la participation active à la liturgie par la musique sacrée », qui prévoit un « consultation plus complète des parties concernées au sein du diocèse ».

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Le lobby LGBT New Way Ministry (qui a les faveurs appuyées du pape) a remis le 15 novembre, lors d’une cérémonie publique, son « Bridge building award » (le prix du bâtisseur de ponts) à Mgr John Stowe, évêque de Lexington dans le Kentucky, pour ses « efforts LGBTQ+ ».

L’évêque a déclaré :

« En ce moment, il est devenu évident que la synodalité n’est pas venue comme une révolution à grand bruit, mais plutôt comme le doux souffle de l’Esprit qui nous appelle à la communauté, à la participation et à la mission. Croyez-moi quand je dis que je partage votre frustration de voir que les choses n’avancent pas plus vite dans notre Église, que le langage LGBTQ, utilisé par Rome et pas encore employé par les évêques américains, n’a pas trouvé sa place dans les documents alors qu’il y figurait dans des versions antérieures, qu’il n’y a pas eu d’évolution perceptible dans notre langage théologique dépassé pour décrire l’orientation ou les relations homosexuelles, ou dans le rôle des femmes, ou dans la compréhension de la réalité de la dysphorie de genre – et chacun d’entre nous a une liste plus longue de ce qui n’a pas encore été abordé. »