L’abbé-primat des bénédictins et la messe

Voici une traduction d’un extrait de l’interview de l’abbé-primat de l’ordre de saint Benoît Jeremias Schröder sur Katholisch.de le 30 avril.

Observe-t-on une tendance au retour à l’ancienne liturgie dans les monastères bénédictins ? Y a-t-il un conflit entre les traditionalistes et les modernes ?

— Je ne vois pas de conflit à ce sujet. Chez nous, les bénédictins, la liturgie traditionnelle et la liturgie actuelle coexistent en parfaite harmonie. Dans l’ensemble de l’ordre, nous avons une dizaine d’abbayes qui célèbrent selon l’ancien rite, la plupart en France. Celles-ci appartiennent pour la plupart à la Congrégation de Solesmes, où la majorité des monastères a toutefois adopté le nouveau missel. À partir de l’abbaye de Fontgombault, un groupe de monastères célébrant selon l’ancien rite s’est toutefois constitué. Ceux-ci sont pleinement intégrés à leur congrégation. Puis nous avons aussi le monastère du Barroux avec ses fondations filiales, qui était au départ d’orientation lefebvristes. Après les ordinations épiscopales illicites de 1988, l’abbaye est revenue en pleine communion avec Rome et dépend directement de moi en tant qu’abbé primat. Et puis il y a encore la communauté de Norcia. Nous nous traitons tous avec respect, et en tant qu’abbé-primat, je suis également l’abbé-primat de ces communautés, bien que je ne puisse moi-même célébrer la messe qu’avec le nouveau missel. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait lorsque j’ai été invité à Fontgombault pour célébrer l’office conventuel, et cela a bien sûr été accepté.

Les bénédictins peuvent-ils ainsi servir de modèle à toute l’Église ?

— D’une certaine manière, oui, car nous pratiquons déjà cette coexistence pacifique. Je suis très curieux de voir comment le pape Léon abordera le problème. Maintenant que le pape Benoît a ouvert des portes dans ce domaine, on ne pourra plus tout à fait mettre dehors l’ancienne forme. Nous avons des confrères et aussi des sœurs qui ont fondé leur vie religieuse sur cette forme de prière et de célébration de la messe. Cela a désormais aussi sa place dans l’Église et devrait être autorisé, au moins dans certaines zones.

« Wenigstens in einigen Bereichen ». Au moins, ou du moins, dans certaines zones. Ce qu’on appelle des réserves, pour les Indiens ?

Saint Vincent Ferrier

Dans le calendrier romain c’est aujourd’hui la fête de saint Pie V. Dans mon diocèse c’est la fête de saint Vincent Ferrier, mort à Vannes le 5 avril 1419. (Il est bien au 4 avril dans le martyrologe, mas la fête diocésaine a été transférée au 5 mai parce que le 5 avril tombe toujours pendant le carême ou la semaine de Pâques.) Voici la préface du P. de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, à la réédition du livre d’Henri Ghéon en 2019.

Pourquoi republier la biographie que Henri Ghéon a consacrée, il y a quelques décennies, à la vie prodigieuse de saint Vincent Ferrier (1350 – 5 avril 1419) ? Parce que ce fils de saint Dominique a quelque chose à nous dire aujourd’hui, spécialement en cette année de son Jubilé. Voilà 600 ans qu’il est dans la vision de Dieu, et trois rayons de sa gloire viennent nous réchauffer. Oui, ce Frère prêcheur du Moyen-Âge finissant, déchiré par le schisme et une guerre centenaire, miné par la décadence philosophique qui engendra la Réforme, a un message très actuel pour aujourd’hui. Tout simplement parce que notre monde postchrétien et post-moderne est éminemment temps de crise comme le sien.

Vincent est Ange du Jugement.

Au lieu de gémir sur les malheurs des temps, Vincent soulève, du dedans, la tristesse d’un monde mauvais, par « l’annonce d’une bonne nouvelle éternelle» (Ap 14, 6). Il rappelle sans se lasser que l’absurde ne triomphe que si nous acceptons de nous laisser séduire, que le mal est vaincu par la lumière dans les cœurs qui attendent le Christ. « Craignez Dieu et rendez-lui gloire, car voici l’heure de son jugement » (Ap 14, 7). Vincent a prêché les grandes vérités qui nous bouleversent et ouvrent dans nos âmes, par le saisissement des immenses perspectives eschatologiques, les sources de la pénitence et les chemins de l’Amour. Nous avons besoin que le tonnerre de cette voix de prophète nous réveille, dans nos existences compliquées et pesantes, dont est trop souvent absente la pensée de la vie éternelle… Oui, le cri de Vincent nous juge sur l’Amour, parce qu’il annonce l’Époux (cf. Mt 25, 6).

Vincent est Apôtre de chrétienté.

Il a une conception totale de sa foi. À une époque où tout craque, où les pouvoirs temporels et spirituels ne s’entendent plus, où la naissance des antagonismes nationaux désagrège le corps de la chrétienté, où les hommes de la pensée perdent le sain réalisme de l’être, Vincent ne se résigne pas. Savant, nourri de Thomas d’Aquin, il enseigne sans relâche les clercs, conseille les princes, protège et convertit juifs et musulmans, apaise les querelles des cités. Devenu « légat du Christ », il jette toutes ses forces dans une gigantesque croisade pacifique, où, durant vingt ans, il sillonne l’Europe pour prêcher « la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines »[1]. « Cette fameuse mission constitue l’un des faits les plus extraordinaires et les plus importants de l’histoire de l’Église »[2].

La foi conquérante de Vincent fouette nos timidités, à l’heure où le profond désespoir de l’humanité contemporaine cache, « plus que nous ne le pensons, une silencieuse espérance qu’une chrétienté renouvelée pourrait constituer une alternative »[3].

Vincent est homme apostolique.

À l’image de son Père Dominique. Qu’est-ce à dire ? C’est un contemplatif dont le cœur parle aux hommes. Tous les jours, il marche sur les routes comme un pauvre, il chante la Messe – « l’œuvre la plus haute de la contemplation », dira-t-il –, puis il prêche. Et les grands et les humbles, accourus écouter le bonhomme Vincent, cet homme qui ne parle que de Dieu ou avec Lui, le sentent tout proche d’eux, le comprennent et l’aiment. C’est qu’il présente à tous, en même temps que l’Évangile de son maître Jésus, le miracle qui l’accrédite : lui-même, sa vie héroïque, son enthousiasme communicatif. Il est bien de ces hommes évangéliques qu’il a décrits dans son Traité de la vie spirituelle, et auxquels fera référence saint Louis-Marie de Montfort dans la Prière embrasée : « très pauvre, très simple et très doux, ne pensant qu’à Jésus, ne parlant que de Jésus, ne goûtant que Jésus et Jésus crucifié ».

Se mettre au contact de l’âme d’un Vincent, c’est se laisser envahir de cette soif apostolique qui consumait son cœur. En lisant la vie de cet humble géant, si bien retracée par Gheon, on est confondu devant sa confiance en la grâce divine. C’est tout simplement qu’il croit à l’Évangile. Qu’est-ce qui nous empêche d’en faire autant ? Vincent Ferrier nous enseigne qu’il n’est jamais trop tard pour l’espérance.

Fr. Louis-Marie de Blignières
Fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier

[1] Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 2105.
[2] Père Bernadot.
[3] Cardinal J. Ratzinger.

Remplacement de la messe

La chaîne publique belge flamande VRT a remplacé la messe, hier à 10h, par un office musulman enregistré précédemment à la nouvelle mosquée turque Mouattar de Gand.

Il n’y a évidemment aucune réaction des autorités catholiques. Seul le Conseil musulman de Belgique en fait état, pour annoncer que cela se reproduira une autre fois cette année.

En 2023, le directeur général de la chaîne, Frédéric Delaplace, avait remis en question la nécessité de diffuser la messe, après la diffusion d’une série sur les cas de violence au sein de l’Église catholique.

Voilà donc ce qu’ont pu voir les téléspectateurs flamands à l’heure de la messe :

Il n’y a plus d’argent

François Villeroy de Galhau, « gouverneur de la Banque de France » (sous-fifre de la Banque centrale européenne), répète à propos d’une baisse de la fiscalité sur les carburants :

« Nous n’avons plus d’argent pour financer des mesures générales. »

Il ne dit toujours pas par quel miracle nous en avons pourtant encore autant à jeter dans le trou ukrainien.