Ci-après le communiqué publié hier par le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe hors frontières exprimant son inquiétude face à la résurgence en Russie d’une idéologie néo-soviétique. L’histoire de cette Eglise (aujourd’hui réconciliée avec le patriarcat de Moscou) implique une très vive sensibilité à tout ce qui peut paraître un retour à l’ère soviétique. C’est évidemment exclu, mais elle a raison d’attirer l’attention sur des manifestations de mémoire quelque peu déplacées (en dehors mêmes des célébrations du 80e anniversaire de la victoire et de ses inévitables débordements néo-staliniens).
Le Saint-Synode des évêques de l’Église orthodoxe russe hors frontières (EORHF) estime nécessaire d’élever la voix par amère nécessité, car nous constatons qu’en cette période de crise et de confrontation croissante entre les nations, certains aspects de l’État et de la société russes s’engagent sur une voie extrêmement dangereuse : au lieu de la promulgation du repentir et de la purification chrétiens, nous observons dans certains cercles un retour à une idéologie fausse et opposée à Dieu qui a prévalu au siècle dernier. Ce retour est lourd de conséquences néfastes. S’il devait continuer, nous craignons que la Russie moderne ne risque d’être considérée comme une tache sombre parmi les nations, marquée par un renouveau de la corruption spirituelle, au lieu d’être un phare rayonnant de la Vérité orthodoxe, qui est assurément la vocation vers laquelle l’oriente sa longue histoire de piété chrétienne.
En 1981, notre Église orthodoxe russe hors frontières a glorifié toute la cohorte des saints nouveaux martyrs et confesseurs de Russie. Plus tard, le patriarcat de Moscou a suivi cet exemple, après avoir traversé un parcours difficile au XXe siècle. Mais les positions officielles en Russie envers son histoire ont plus récemment changé. Le document d’État, « La Conception de la politique d’État sur la commémoration des victimes de la répression politique », qui concerne ceux qui furent condamnés sous le régime communiste, a été révisé en 2024, témoignant d’altérations notables par rapport à la version précédente (de 2015). Ces changements ne peuvent que causer l’alarme parmi les croyants orthodoxes, car ils indiquent une tendance croissante à blanchir les crimes du régime combattant Dieu du XXe siècle. Quand la version révisée de ce document fut mentionnée dans le contexte d’un rapport d’un conseiller gouvernemental lors de la dernière réunion officielle du « Conseil ecclésio-social auprès du patriarche de Moscou et de toute la Russie pour la commémoration des nouveaux martyrs et confesseurs de l’Église russe », le représentant de l’ÉORHF à cette réunion avait déjà soulevé des questions sur les graves problèmes qui y sont associés et sur d’autres tendances récentes. Nous estimons devoir maintenant ajouter à cela notre voix synodale.
Au lieu d’une réflexion sobre sur l’essence du régime criminel qui a coûté à la Russie d’innombrables victimes pendant des décennies, au lieu d’un approfondissement de la compréhension et de la mémoire du peuple sur la tragédie qui s’est abattue sur lui (tâche activement entreprise par le Conseil ecclésiosocial), le nouveau document « Conception » démontre un pas en arrière et une tendance à restreindre ce sujet spirituellement significatif. La version précédente, sur de nombreuses questions, ouvrait la porte du repentir. La nouvelle la ferme, précisément par la mise sous silence et la distorsion de l’histoire.
En termes pratiques, cette mentalité ne pourrait être nulle part plus visible que dans l’installation consternante de statues des figures criminelles de Staline et Dzerjinski, qui ont récemment été érigées à Moscou, comme en hommage public à des individus dont les crimes inhumains et antichrétiens furent parmi les pires du XXe siècle ; et dans les annonces récentes que le mausolée idolâtre sur la place Rouge, plutôt que d’être supprimé, va en fait subir une restauration. Et nous trouvons cette même mentalité exprimée dans la tendance alarmante de révocation de réhabilitations précédemment promulguées d’individus qui furent injustement condamnés à l’époque communiste, n’excluant même pas les clercs. On contemple la manière dont ce processus se déploie : des réhabilitations justement accordées dans les années 1990 sont maintenant simplement déclarées injustifiées, sans l’introduction de nouvelles preuves, sans examen critique — simplement par la confirmation de verdicts de l’ère stalinienne. Il y a des preuves qu’il y a déjà des milliers de tels cas. Cette approche ne résiste même pas à l’examen juridique. Des individus calomniés par le régime soviétique, qui depuis furent justement innocentés, sont une fois de plus jetés dans l’abîme des mensonges historiques de la période totalitaire — y compris des ecclésiastiques dont la pieuse mémoire est injustement traînée dans le discrédit. De plus, de telles dé-réhabilitations sont rapidement classifiées et gardées dans l’obscurité : encore un autre signe alarmant, pleinement en ligne avec la structure de ces temps combattant Dieu. Comme le dit le Seigneur Jésus-Christ : « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées. Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu » (Jean 3,19-21).
Nous connaissons bien le chemin du peuple de l’Église, chassé à l’étranger d’abord par la révolution puis par la guerre. Ce sont nos ancêtres. Nous connaissons la difficulté et la tragédie de ces temps, de ce siècle. Pendant des décennies nous avons nous-mêmes porté la calomnie du régime impie. Et nous nous sommes réjouis non pour nous-mêmes quand la vérité, même si amère, devint enfin accessible ; mais plutôt parce que nous savions et nous savons que l’esprit de mensonge tue, et fut enfin vaincu. Nous ne voulons pas que la Russie tombe de nouveau sous sa domination.
Un exemple du caractère de cette nouvelle activité fut révélé quand, dans les médias, un professeur bien connu — respecté par beaucoup en Russie — a récemment déclaré que c’était le tsar Nicolas II qui en fait a détruit et ruiné la Russie, qui l’a même menée à la guerre. Telle peut être l’opinion personnelle de cet individu, faisant entièrement écho à la propagande bolchevique du début du XXe siècle ; mais à ceux qui savent comment le meurtre d’Ekaterinbourg s’est déroulé, les paroles de cet homme sur le tsar, « Je l’aurais fusillé moi-même », sonnent véritablement de manière sinistre. Pourtant ce projet de rejeter le renouveau spirituel et les vérités acquises par la glorification par l’Église des nouveaux martyrs et confesseurs, retournant au contraire aux mensonges d’un âge passé, devient de plus en plus fréquent. Nous regrettons que malgré les conclusions de la commission concernant l’authenticité des reliques de la famille royale et de leurs fidèles serviteurs, le patriarcat de Moscou n’ait toujours pas été capable d’arriver à une détermination claire sur cette question.
C’est pourquoi nous élevons nos voix afin de donner clarté à ce défi sérieux qui fait actuellement face aux peuples orthodoxes, et nous nous tenons prêts à offrir notre aide, prière et soutien dans la résistance à ces tendances partout où elles se trouvent. Nous appelons tous à reconnaître leur histoire authentique, tant hors de Russie qu’en son sein. Les chrétiens doivent vivre les yeux ouverts, non obscurcis par de fausses substitutions à la réalité ; ils doivent marcher sur le chemin de la liberté et de la lumière, renonçant clairement aux ténèbres du passé plutôt que de poursuivre leur renouveau et leur glorification. Depuis plus d’un siècle, notre Église à l’étranger a senti que sa mission spéciale était de se tenir au milieu de ce monde, libre de connexions avec tout État, parti ou idéologie mondaine, et de proclamer sans crainte la simple Vérité de la sainte Orthodoxie. Cette mission se révèle aussi nécessaire dans les années 2020 qu’elle l’était dans les années 1920, c’est pourquoi nous appelons tous nos compagnons orthodoxes en toutes terres à se joindre à nous pour résister à ces impulsions préoccupantes, corriger les erreurs auxquelles elles ont déjà mené, et tenir ferme à l’Évangile immuable du salut du monde.
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C’est effectivement inquiétant. Rien n’est jamais acquis, surtout dans le combat contre les forces des Ténèbres, combat qui durera jusqu’au retour du Christ en gloire lors du Jugement dernier. Si la Russie retombe, Elle entraînera le monde vers le chaos, au moment où Elle est en lutte victorieuse contre l’empire du Mensonge !
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Est-ce que l’ Union soviétique est vraiment morte ??
Cette « réflexion » est « effectivement inquiétante » (voir: HuGo).
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Scriba, bien évidemment, il reste des nostalgiques de l’URSS, pas seulement en Russie mais partout dans les pays de ce qu’on nomme encore l’ancien bloc de l’Est. Ce l’est pas anormal, d’autant plus que l’Ouest présente, lui, des signes, eux, très nets de dérives totalitaires. L’UERRSL, c’est déjà une réalité chez nous, au contraire de la Russie. En deux décennies, le contraste est flagrant entre une Russie retrouvant sa foi orthodoxe et qui se redresse face à un ancien bloc à l’Ouest qui perd toute référence catholique (j’écarte les communautés protestantes, dont on peut s’interroger pour beaucoup d’entre elles sur leur foi chrétienne) et plonge toujours plus en tous domaines socio-économiques, politiques, diplomatiques, médiatiques, enseignements, militaires…
Personnellement, je n’ai qu’un espoir : un retrait total des Peuples de la France et archipels de l’EU, de l’€, de l’Otan, de leurs cours de justice inféodées, de toutes les organisations internationales néfastes….Une remise à plat, un retour à la France éternelle, souveraine pleinement et entièrement. Cela ne sera qu’après un RETOUR À LA FOI CATHOLIQUE d’une part suffisamment importante de ses Peuples ! Une fois libérée, le redressement prendra au moins deux décennies d’efforts constants, sous les difficultés imposées par les contraintes extérieures, mais impérativement sous UN POUVOIR STABLE, INCHANGÉ, assuré POUR PLUSIEURS DÉCENNIES, quelque serait la forme de gouvernement que les Peuples de France accepteraient.
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