Ce qui suit est la notice sur les saints Jean et Paul dans Les martyrs, Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu’au XXe siècle, traduites et publiées par le R. P. Dom Leclercq, deuxième édition, 1921.
Un même récit contient la vie des saints Jean et Paul et les actes de leur martyre. Nous n’avons pas à nous occuper de leur vie dans ce recueil, néanmoins nous résumerons le document qui nous la fait connaître. Le nom de famille des deux saints frères n’est pas connu, nous savons seulement que Jean et Paul étaient pourvus d’une charge de cour et avaient fait partie de la milice palatine sous les règnes de Constantin, de Constant et de Constance ; ils se retirèrent à Rome lors de l’avènement de Julien [l’Apostat] et vinrent habiter dans une maison du Célius qu’ils tenaient par héritage d’une chrétienne nommée Constantia. Leur retraite avait l’apparence d’une démonstration, aussi Julien invita à plusieurs reprises les deux frères à venir reprendre leurs fonctions, il les menaça même dans le cas où ils refuseraient ; mais ils s’obstinèrent et, prévoyant que leur conduite leur coûterait la vie, ils se préparèrent à la mort ; en conséquence ils distribuèrent tout leur bien aux pauvres. Julien envoya un officier nommé Terentianus avec l’ordre de proposer aux frères d’accomplir sa volonté dans un délai de dix jours ; passé ce terme, comme ils persévéraient, on les tua dans un corridor de la maison qu’ils habitaient, on les enterra sur place et on fit répandre le bruit qu’ils étaient exilés.
Les Actes ajoutent que quelques personnes de l’entourage intime des martyrs, le prêtre Crispus, le clerc Crispinianus et une dame nommée Benedicta découvrirent l’emplacement où les corps avaient été enfouis, y furent surpris et arrêtés pendant un pèlerinage qu’ils y faisaient ; ils furent décapités, et leurs corps, recueillis en secret par les prêtres Jean et Pigmenius et le sénateur Flavien, furent enterrés au Célius à côté de ceux des frères martyrs. Ce n’est pas tout ; Terentianus, l’officier qui avait exécuté le deuxième groupe de saints, avait un fils qui fut guéri miraculeusement au tombeau des martyrs ; il se convertit, son père l’imita, et tous deux furent mis à mort en même temps ; enfin Jean et Pigmenius, ayant voulu rendre les honneurs funèbres à ces nouvelles victimes, furent tués, et Flavien exilé.
Les Actes qui contiennent ce récit compliqué ne sont pas contemporains, et leur valeur est médiocre. Plusieurs traits dispersés au cours de cette longue pièce semblent montrer que le rédacteur a travaillé sur de bons mémoires, mais ce sont ces mémoires que nous voudrions connaître afin de savoir quelle réalité historique ont chacun des épisodes qui composent le récit. Le fait principal qu’il relate est indiscutable depuis qu’une circonstance matérielle, la découverte de la maison des martyrs au Célius et l’existence de leur tombeau là où les Actes l’indiquent, a fait de l’épisode de leur martyre un des faits les plus certains et les plus captivants de la science archéologique. Il y a plus encore : une série de peintures à fresque au nombre de six, que leur style ne permet pas de faire descendre plus bas que la fin du IVe siècle on le commencement du Ve, servent de commentaire à plusieurs détails avancés par la deuxième partie des Actes. Une de ces fresques offre un sens tout à fait clair. On y voit « une femme et deux hommes agenouillés. Ils ont les mains liées derrière le dos, les yeux bandés, la tête inclinée dans l’attente du coup mortel. Le bourreau se tient debout derrière eux ; malheureusement, le stuc est détaché en cet endroit, et le bas de son corps, ses jambes nues, sa tunique retroussée, sont seuls visibles. A droite, un autre personnage, debout sur un tertre, semble présider au supplice. C’est là, sans aucun doute, une scène de martyre ; je n’hésite pas y reconnaître celui des trois amis de Jean et Paul : les saints Crispus, Crispinianus et Benedicta. L’importance de cette peinture est grande, puisqu’elle fait sortir des ombres de la légende, pour l’éclairer du plein soleil de l’histoire, un récit longtemps tenu pour suspect. Elle vient, une fois de plus, faire comprendre l’aide apportée par l’archéologie à l’étude des antiquités ecclésiastiques. Par le plus clair et le plus concluant des exemples, nous apprenons à ne pas rejeter a priori une tradition, sous prétexte qu’elle est relatée seulement dans une pièce où tout n’est pas assuré. Beaucoup de documents de cette nature furent composés par des écrivains qui, à défaut même de mémoires écrits, avaient sous les yeux des monuments originaux, tombeaux, inscriptions ou peintures. La découverte de ces monuments peut venir, comme dans le cas présent, non sans doute justifier tous les détails de leur compilation, mais au moins prouver que, sous les naïves inventions de rédacteurs de basse époque, il y avait un fonds de vérité. » (P. Allard).




Sur l’ahurissante suppression du culte des saints Jean et Paul en 1969, voir ici et là.
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Passionnante notice (et illustration). Pourquoi ne pas dire aussi que ces Jean et Paul sont connus aussi comme les saints eunuques (ce qui confirme leur condition d’esclave) ?
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