
Un jour, à l’heure de manger, il n’y avait plus qu’un seul pain au moutier. Dans une telle détresse, la Sœur dépensière qui se nommait sœur Cécile, de Spello, recourut à sa sainte Mère. Celle-ci lui commanda de partager le pain en deux et d’en envoyer une moitié aux Frères, lesquels allaient au dehors pour les besoins des Pauvres Dames, puis de partager l’autre partie du pain en cinquante morceaux, suivant le nombre des Sœurs qui étaient au monastère, et de déposer sur la table du réfectoire la petite parcelle de chacune.
La susdite dépensière répondit :
« — O ma Mère, pour que je parvienne à couper cinquante morceaux dans une si petite quantité de pain, il serait nécessaire que Jésus-Christ refît un de ses anciens miracles. »
La sainte Mère, avec une grande sécurité et une foi parfaite, répliqua :
« — Va, ma fille, et fais en paix ce que je t’ai dit.
L’obéissante et humble Sœur se hâta d’obtempérer au commandement de sa très douce Mère. Celle-ci, dans son affection tendre et maternelle, recourut à son bien-aimé Jésus, le suppliant, avec de doux soupirs, de permettre que la quantité de pain se multipliât dans les mains de la dépensière qui le partageait.
Et le pain augmenta en effet de telle façon que chacune en eut à satiété.
*
Un autre jour, il arriva que l’huile manqua complètement dans le monastère et qu’on ne pouvait apprêter quelques mets pour les malades. Ce qu’apprenant, la très pieuse Mère appela le frère quêteur Bentivengha et le pria d’aller quérir de l’huile.
Celui-ci répondit :
« — Apprêtez-moi la jarre. »
La vierge Claire, maîtresse en humilité, prit elle-même un vase et le lava de ses propres mains, puis le posa vide sur un appui du mur qui était auprès de la porte du couvent afin que le Frère le prît. Ce Frère très dévot vint en toute hâte le chercher pour soulager au plus tôt la grande misère de ses pauvres sœurs. Mais avant qu’il arrivât, Notre Seigneur, dans sa douce miséricorde, accédant aux prières de Madame Sainte Claire, avait rempli la jarre d’huile pour la consolation des Pauvres Dames. Quand le Frère s’en saisit, il s’aperçut qu’elle était pleine. Croyant qu’on l’avait appelé en vain, il murmura, disant :
« — Ces Sœurs se moquent de moi, elles me font venir pour chercher de l’huile alors que leur vase en déborde. »
En grande hâte on chercha tout autour du moutier qui avait pu mettre l’huile, mais on ne trouva personne.
Ceci arriva dans la seconde année de l’installation à Saint-Damien.
Vie de sainte Claire par Thomas de Celano, traduction Madeleine Havard de la Montagne.






