Au nom du Christ que tu portais tu conformas vraiment ton action : devenue son épouse en ta pureté virginale, par bienveillance du Père et avec l’aide de l’Esprit, en tes fermes luttes de martyre tu brillas plus clairement que les rayons du soleil. C’est pourquoi tu fus offerte à la table des cieux comme victime pure, immaculée, exultant pour les siècles dans le chœur des vierges et des martyrs ; avec eux supplie le Seigneur, Christine, toi qui portes son nom, d’accorder à qui te vénère la paix et la grande miséricorde.
Fresque du monastère du Pantocrator, Athos, XVIIe siècle.
Voici la notice de la Légende dorée de Jacques de Voragine, dans la traduction de l’abbé Roze, 1902. Il y a fort peu de chances que saint Apollinaire ait été envoyé par saint Pierre, mais il était de tradition que les premiers évêques des villes importantes d’Occident aient été nommés par le chef des apôtres. La notice est d’une rare sobriété et omet plusieurs développements de la « vie » de saint Apollinaire, à commencer par sa naissance « à Antioche ».
Saint Apollinaire fut disciple de saint Pierre qui l’envoya de Rome à Ravenne où, après avoir guéri la femme du tribun, il la baptisa avec son mari et sa famille. Le juge en fut informé et Apollinaire fut mandé le premier pour comparaître devant lui. On le conduisit au temple de Jupiter pour qu’il sacrifiât. Comme il disait aux prêtres que l’or des idoles et l’argent qu’on y suspendait seraient mieux employés en les donnant aux pauvres qu’à les exposer ainsi devant les démons, il fut saisi aussitôt et battu avec des fouets jusqu’à rester à demi mort : mais il fut recueilli par ses disciples et soigné pendant sept mois dans la maison d’une veuve. De là il vint à Classe pour y guérir un noble qui était muet. Comme il entrait dans la maison, une jeune fille possédée d’un esprit immonde s’écria : « Retire-toi d’ici, serviteur de Dieu, sinon je te ferai jeter hors de la ville les mains et les pieds liés. » Saint Apollinaire la reprit aussitôt et força le démon à s’en aller. Après avoir invoqué le nom du Seigneur sur le muet et l’avoir guéri, plus de cinq cents hommes reçurent le don de la foi. Cependant les païens l’accablèrent à coups de fouet pour l’empêcher de nommer J.-C. : mais le saint étendu par terre criait que c’était le vrai Dieu. Alors ils le firent tenir debout et nu-pieds sur des charbons ardents, mais comme il prêchait encore J.-C. avec la plus grande constance, ils le chassèrent hors de la ville.
Dans le même temps, Rufus, patricien de Ravenne, dont la fille était malade, avait appelé saint Apollinaire pour la guérir : mais celui-ci était à peine entré dans la maison qu’elle mourut. Rufus lui dit : « Il eût été à souhaiter que tu ne fusses pas entré chez moi, car les grands dieux irrités n’ont pas voulu guérir ma fille : mais toi, que lui pourras-tu faire ? » « Ne crains rien, lui répondit Apollinaire ; seulement jure-moi que si ta fille ressuscite, tu ne l’empêcheras pas de s’attacher à son créateur. » Il le promit et saint Apollinaire ayant fait une prière, la fille ressuscita. Elle confessa le nom de J.-C., reçut le baptême avec sa mère et une grande multitude de personnes, et elle vécut dans la virginité. Quand César apprit cela, il écrivit au préfet du prétoire de faire sacrifier Apollinaire, ou de l’envoyer en exil. Apollinaire ayant refusé de sacrifier, le préfet le fit fouetter et ordonna qu’on l’étendît au chevalet pour le torturer. Le saint persistant à confesser J.-C., il fit jeter de l’eau bouillante sur ses plaies et voulut l’envoyer en exil après l’avoir garrotté d’une masse énorme de fer. Les chrétiens, à la vue d’une si grande impiété, s’enflammèrent contre les païens, se jetèrent sur eux et en tuèrent plus de deux cents. Alors le préfet se cacha, jeta Apollinaire au fond d’une prison très profonde, ensuite il le fit mettre sur un vaisseau après l’avoir enchaîné, et le fit partir en exil, avec trois clercs qui suivaient le saint. Il s’éleva une tempête, et il n’y eut de sauvé que lui, les deux clercs et deux soldats qu’il baptisa.
Revenu ensuite à Ravenne, où les païens le prirent et le conduisirent au temple d’Apollon, aussitôt qu’il eut aperçu la statue de l’idole, il la maudit et tout aussitôt, elle tomba. A cette vue, les prêtres le menèrent au juge Taurus. Ce juge, après que le saint eut rendu l’usage de ses yeux à son fils qui était aveugle, se convertit à la foi, et garda Apollinaire pendant quatre ans dans son domaine. Les prêtres des faux dieux l’ayant accusé à Vespasien, celui-ci répondit que quiconque insultait les dieux devait sacrifier ou bien être chassé de la ville : « Il n’est pas juste, ajoutait-il, que nous vengions les dieux ; mais, s’ils s’irritent, ils pourront se venger eux-mêmes de leurs ennemis. » Alors le patrice Démosthène, sur le refus que lui fit saint Apollinaire de sacrifier, le confia à un centurion déjà chrétien. Celui-ci demanda au saint de venir au quartier des lépreux pour y échapper à la fureur des gentils ; mais le peuple l’y poursuivit et le frappa si longtemps qu’il en mourut, après sept jours employés par lui à donner des avis à ses disciples; il fut enseveli ensuite avec les plus grands honneurs au même endroit par les chrétiens, sous l’empire de Vespasien, l’an du Seigneur 70.
Le jésuite équatorien Wilo Haro Rivas célébrant la messe (ou plutôt faisant semblant, mais le message est le même) dans un parc près de Mexico.
Il a publié cette photo sur son compte Instagram dédié à ses créations de broderie.
Avec cette légende :
Les Exercices spirituels constituent peut-être ce que la Compagnie de Jésus a de mieux à offrir. Parmi les nombreuses formes et manières créatives de les rendre accessibles, l'opportunité de les vivre à travers la broderie intègre la répétition du travail textile, la transformant en prière. Ces deux dernières semaines, j'ai consacré du temps à m'occuper des « Exercices spirituels brodés » ; pourtant, comme toujours, la vie me surprend en me donnant la grâce de voir comment Dieu brode nos vies d'amour et d'espérance.
Infovaticana termine ainsi son commentaire : « Lorsque la personnalité du jésuite prend la place qui revient à l’autel, la crise cesse d’être uniquement numérique pour devenir une crise profonde d’identité. »
Six « hymnes » de la liturgie de sa fête de la « sainte myrophore et égale aux apôtres Marie Madeleine », dans la tradition de Corfou, par un chantre déjà rencontré plusieurs fois sur ce blog, qui veut être anonyme mais s’appelle Panagiotis Chasapianos, auteur du livre de référence sur le chant liturgique propre de Corfou, disciple du P. Constantin Sourvinos, restaurateur du chant traditionnel de l’île.
Tu préparas des onguents pour le Christ déposé au tombeau, pour celui qui insuffle la résurrection à tous les morts ; et, l’ayant vu la première, théophore Marie, tu te prosternas devant lui en pleurant. Prie-le d’accorder à nos âmes la paix et la grande miséricorde.
La première, tu as vu, Marie Madeleine, la divine résurrection de la cause première de tous les biens, de celui qui divinisa notre nature par bonté ; et la première, tu fus aussi l’annonciatrice de la bonne nouvelle en disant aux Apôtres : Réjouissez- vous, reprenez cœur et venez voir le Christ ressuscité qui accorde au monde la grande miséricorde.
Du Christ paru sur terre tu suivis le chemin, l’accompagnant et le servant, sainte Myrophore, avec le zèle de ton cœur ; tu ne l’as pas abandonné dans la mort, mais, touchée de compassion, en y mêlant tes larmes tu préparas les onguents; c’est pourquoi nous célébrons ta mémoire sacrée.
En disciple ayant servi avec foi le Christ notre Dieu, qui de plein gré assuma notre pauvreté, en son extrême compassion, Marie Madeleine, le voyant étendu sur la croix puis déposé au tombeau, s’écria dans ses larmes : Quelle étrange vision ! Voici compté parmi les morts celui qui est venu les vivifier ! Quel onguent préparerai-je pour celui qui m’a détournée de la puanteur des démons, et quelles larmes verser pour celui qui fait cesser les pleurs de la mère des vivants ? Mais le Souverain de l’univers, qui lui sembla le gardien du Jardin, sous la rosée de ses paroles fit cesser la brûlure de ses pleurs, lui disant : Va auprès de mes frères, annonce-leur la bonne nouvelle de la joie : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu, pour accorder au monde la grande miséricorde.
Le Verbe qui se fit pauvre par extrême compassion, Marie Madeleine, tu l’as servi comme disciple en vérité ; puis, le voyant mis en croix et déposé au sépulcre, tu gémis en le pleurant ; c’est pourquoi nous les fidèles, nous célébrons ta festivité, te vénérant et nous écriant d’une même voix : Illustre Myrophore, prie le Christ notre Dieu d’accorder la rémission de leurs péchés à ceux qui fêtent de tout cœur ta mémoire sacrée.
Le Christ qui de la Vierge est né pour nous, Marie Madeleine, tu l’as suivi, gardant ses préceptes et ses lois ; et nous qui célébrons ta mémoire sacrée, avec foi nous t’acclamons et te glorifions avec amour.
Saint Laurent de Brindes fait partie de ces « docteurs de l’Eglise », dont les fidèles sont donc censés lire les œuvres, et dont on ne trouve les œuvres nulle part (sinon évidemment dans les grandes bibliothèques publiques, en latin), ce qui fait que leur titre ne sert à rien ni à personne.
Ci-après un extrait d’un de ses 840 sermons, publié sur le site de Casimir Kuczaj.
Pour mener la vie spirituelle, qui nous est commune avec les anges et les esprits célestes, créés comme nous à l’image et ressemblance de Dieu, il faut nécessairement le pain de la grâce du Saint-Esprit et de l’amour de Dieu. La grâce et l’amour ne sont rien sans la foi, car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. Et la foi ne peut naître sans la prédication de la parole de Dieu : la foi naît de ce qu’on entend ; et ce qu’on entend, c’est l’annonce de la parole du Christ. La prédication de la parole de Dieu est donc nécessaire à la vie spirituelle, de même que les semailles à la vie corporelle.
Aussi le Christ a-t-il dit : Le semeur est sorti pour semer. Celui qui est sorti pour semer, c’est le héraut de la justice, et ce héraut, nous savons par l’Ecriture que ce fut Dieu lorsqu’il donna de vive voix, du haut du ciel, la loi de justice à tout le peuple dans le désert. Parfois ce fut l’Ange du Seigneur qui reprocha au peuple sa transgression de la loi divine, au lieu des Pleurs ; si bien que tous les fils d’Israël, en entendant le discours de l’Ange, eurent le cœur transpercé et pleurèrent avec de grands cris. Moïse aussi prêcha la loi du Seigneur à tout le peuple, dans les champs de Moab, comme le rapporte le Deutéronome. Enfin le Christ, Dieu et homme, est venu prêcher la parole du Seigneur et envoya les Apôtres faire de même, comme auparavant il avait envoyé les prophètes.
La prédication est donc une fonction apostolique, angélique, chrétienne, divine. Car la parole de Dieu est pourvue d’une valeur infinie, puisqu’elle est comme le trésor de tous les biens. C’est d’elle que viennent la foi, l’espérance, la charité, toutes les vertus, tous les dons de l’Esprit Saint, toutes les béatitudes évangéliques, toutes les bonnes œuvres, tous les mérites de la vie, toute la gloire du paradis : accueillez la parole semée en vous, car elle peut sauver vos âmes.
La parole de Dieu est une lumière pour l’intelligence, un feu pour la volonté, afin que l’homme puisse connaître Dieu et l’aimer. Et pour l’homme intérieur, qui vit du Saint-Esprit par la grâce, elle est du pain et de l’eau. Mais du pain plus doux que le miel et le rayon, de l’eau meilleure que le vin et le lait. Elle est, pour l’âme spirituelle, un trésor de mérites, c’est pourquoi elle est appelée or et pierre très précieuse. Contre le cœur obstiné dans ses vices, elle est comme un marteau ; contre la chair, le monde et le démon, elle est une épée qui met à mort tout péché.