De la férie

Les deux répons des matines, qui continuent de chanter Noël.

℟. Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccáta mundi: ecce de quo dicébam vobis : Qui post me venit, ante me factus est : * Cujus non sum dignus corrígiam calceaménti sólvere.
℣. Qui de terra est, de terra lóquitur : qui de cælo venit, super omnes est.
℟. Cujus non sum dignus corrígiam calceaménti sólvere.

℟. Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde ; voici celui de qui je disais : Celui qui vient après moi, a été fait avant moi * Je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure.
℣. Celui qui est de la terre, parle de la terre ; celui qui vient du Ciel, est au-dessus de tous.
℟. Je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure.

℟. Dies sanctificátus illúxit nobis: veníte, gentes, et adoráte Dóminum : * Quia hódie descéndit lux magna in terris.
℣. Hæc dies quam fecit Dóminus, exsultémus et lætémur in ea.
℟. Quia hódie descéndit lux magna in terris.
℣. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.
℟. Quia hódie descéndit lux magna in terris.

℟. Un jour sanctifié luit pour nous : venez, Nations, et adorez le Seigneur. * Parce qu’une grande lumière est descendue aujourd’hui sur la terre.
℣. Voici le jour qu’a fait le Seigneur ; réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse en ce jour.
℟. Parce qu’une grande lumière est descendue aujourd’hui sur la terre.
℣. Gloire au Père, et au Fils, * et au Saint-Esprit
℟. Parce qu’une grande lumière est descendue aujourd’hui sur la terre.

Octave de la Nativité

Antienne du Magnificat des deuxièmes vêpres (avec le Magnificat), par les moines de Ligugé :

Magnum hereditátis mystérium: templum Dei factus est úterus nesciéntis virum : non est pollútus ex ea carnem assúmens; omnes gentes vénient dicéntes: Glória tibi, Dómine.

Ô ineffable mystère de notre héritage ! Le sein d’une vierge est devenu le temple de Dieu ; Il ne s’est point souillé en s’incarnant en elle ; toutes les nations viendront et diront : Gloire à Vous, Seigneur.

7e jour dans l’octave de Noël

L’hymne des laudes de Noël et de l’octave. (Ce sont les premières strophes du poème de Sedulius en 23 quatrains. On trouve plusieurs des suivants à l’Epiphanie.)

A solis ortus cárdine
ad usque terræ límitem
Christum canámus príncipem,
natum María Vírgine.

Du point où le soleil se lève
jusqu’aux limites de la terre,
chantons le Christ notre prince,
né de la Vierge Marie.

Beátus auctor sǽculi
servíle corpus índuit,
ut carne carnem líberans,
ne pérderet quod cóndidit.

Le bienheureux créateur du monde
revêt un corps d’esclave ;
par sa chair il libère toute chair
afin de ne pas perdre sa créature.

Clausæ paréntis víscera
cæléstis intrat grátia ;
venter puéllæ bájulat
secréta quæ non nóverat.

La grâce du ciel pénètre
le sein maternel scellé ;
le ventre d’une vierge porte des mystères
qu’elle ne connaissait pas.

Domus pudíci péctoris
templum repénte fit Dei :
Intácta nésciens virum
verbo concépit Fílium.

La demeure de son cœur très pur
devient soudain le temple de Dieu ;
sans le contact d’aucun homme,
d’une parole elle conçoit son Fils.

Eníxa est puérpera
quem Gábriel prædíxerat,
quem matris alvo géstiens
clausus Joánnes sénserat.

La Mère met au monde
celui que Gabriel avait annoncé,
et que, par ses bonds dans le sein maternel,
Jean reconnaissait de son enclos.

Fæno jacére pértulit,
præsépe non abhórruit,
parvóque lacte pastus est
per quem nec ales ésurit.

Il a supporté de coucher sur la paille,
il n’a pas refusé la crèche ;
il s’est nourri d’un humble lait,
lui qui rassasie même les oiseaux.

Gaudet chorus cæléstium
et ángeli canunt Deum,
palámque fit pastóribus
pastor, creátor ómnium.

Les chœurs d’en-haut se réjouissent
et les anges chantent Dieu ;
le pasteur, créateur de tout,
se montre à des pasteurs.

Jesu, tibi sit glória,
qui natus es de Vírgine,
cum Patre et almo Spíritu,
in sempitérna sǽcula. Amen.

Toute gloire à toi, ô Jésus,
à toi qui es né de la Vierge ;
au Père, à l’Esprit, même gloire,
à travers les siècles sans fin ! Amen.

6e jour dans l’octave de Noël

Mes bien-aimés, la divine naissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, fruit d’une Vierge Mère, doit être tous les jours et en tout temps, l’objet de la méditation des fidèles, afin que leur âme, élevée à reconnaître leur Auteur, s’occupe de ce mystère, soit avec le gémissement de la supplication, soit avec l’exultation de la louange, soit durant l’oblation du sacrifice, et que son regard spirituel ne considère rien avec une foi-plus vive que ce fait d’un Dieu, Fils de Dieu, engendré d’un Père auquel il est coéternel, et néanmoins enfanté en une nature humaine. Mais cette nativité, digne des adorations du ciel et de la terre, aucun jour ne nous la rappelle plus que celui-ci, et cette nouvelle lumière, qui brille même dans les éléments et se manifeste à nos sens, fait pénétrer en nous le rayonnement de ce mystère admirable. Car ce n’est pas seulement en notre mémoire, c’est en quelque sorte devant nous que se passe encore l’étonnant entretien de l’Ange Gabriel avec Marie, et cette conception où tout est également admirable, la promesse qui l’annonce et la foi qui répond à la promesse.

C’est aujourd’hui que le Créateur du monde naît d’une Vierge ; le Créateur de l’Univers est devenu le fils de celle à qui il a donné l’être. C’est aujourd’hui que le Verbe de Dieu a paru sur la terre, revêtu de la chair humaine ; ce que les yeux n’avaient jamais vu est devenu visible et même palpable. Aujourd’hui les pasteurs ont appris de la voix des Anges, que le Sauveur est né, ayant une chair et une âme semblables aux nôtres ; aujourd’hui est proposée aux prélats qui ont la conduite des troupeaux du Seigneur, une manière d’annoncer la bonne nouvelle : c’est que nous disions, nous aussi, avec l’armée de la milice céleste : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

La grandeur et l’éclat du bienfait accordé exige de nous de dignes hommages. Ainsi que nous l’enseigne l’Apôtre, nous n’avons point reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits. Nous ne pouvons l’honorer mieux qu’en lui offrant ce que lui-même a eu la bonté de nous donner. Que pouvons-nous puiser dans les trésors de la libéralité de Dieu, qui convienne mieux à honorer la solennité présente, que la paix annoncée d’abord en la Nativité du Seigneur par un concert angélique ? C’est elle qui fait les enfants de Dieu, qui nourrit la charité, qui conserve l’unité ; elle est le repos des bienheureux et le séjour de l’éternité : son effet propre et spécial est d’unir à Dieu ceux qu’elle a séparés du monde.

Saint Léon le Grand, 6e sermon sur la Nativité, leçons des matines avant 1960 dans le bréviaire romain.

Dimanche dans l’octave de Noël

La grandeur des œuvres divines est, mes très chers frères, bien au-dessus des ressources de l’éloquence humaine, et la difficulté de s’exprimer vient ici de la raison même qui nous défend de garder le silence ; car ces paroles du Prophète : « Qui racontera sa génération ? » se doivent entendre non seulement de la divine essence de Jésus-Christ, mais aussi de la nature humaine qui est en lui. Si la foi ne croit que ces deux natures sont unies dans une seule personne, la parole ne peut l’expliquer. Aussi ce sujet de louanges est-il intarissable, parce que le talent de celui qui loue reste toujours insuffisant.

Réjouissons-nous de l’impuissance où nous sommes de parler dignement de ce grand mystère de miséricorde ; et, si nous ne pouvons bien pénétrer la profondeur des mystères de notre rédemption, estimons-nous heureux d’être vaincus par l’immensité d’un tel bienfait. Personne, en effet, n’approche plus de la connaissance de la vérité que celui qui comprend que, dans les choses divines, lors même qu’on avance beaucoup, il reste toujours beaucoup à chercher. Car celui qui a la présomption de croire être parvenu où il tendait, n’a pas trouvé ce qu’il cherchait : il n’a fait que s’arrêter dans ses recherches.

Cependant, ne nous laissons pas troubler à la pensée des limites étroites dans lesquelles nous resserre notre faiblesse. Les paroles de l’Évangile et des Prophètes viennent à notre secours : éclairés par leur lumière, nous apprenons à considérer la Nativité du Seigneur, ce mystère du Verbe fait chair, moins comme le souvenir d’un événement passé, que comme un fait qui se passe sous nos yeux. En effet, ce que l’Ange vint annoncer aux pasteurs qui veillaient à la garde de leurs troupeaux, nous l’avons entendu nous-mêmes. Nous sommes en ce moment à la tête des ouailles du Seigneur, parce que nous conservons au fond de notre cœur les paroles qui ont été dites de la part de Dieu ; c’est comme si l’on nous disait encore, en la solennité d’aujourd’hui : « Je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : c’est qu’il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ et le Seigneur. »

Saint Léon le Grand, 9e sermon sur la Nativité, leçons des matines (avant 1906 et entre 1955 et 1960, et dans le bréviaire monastique).