Lundi de la Passion

Les chants de la messe de ce jour sont, comme il convient au temps de la Passion, ceux du Christ souffrant. Avec une exception spectaculaire : le chant de communion, qui paraît incongru : « Le Seigneur des puissances, c’est lui le Roi de gloire. » Pour l’expliquer, on peut se reporter au principe que je rappelais vendredi dernier selon lequel, depuis le mercredi des cendres, les antiennes de communion sont prises selon l’ordre des psaumes, et qu’on en est aujourd’hui au 23. De fait, l’antienne est un verset du psaume 23. Mais on sait que ce principe subit un certain nombre d’exceptions (quand le verset de psaume est remplacé par un verset de l’évangile du jour), et l’on pouvait choisir un verset moins éclatant, même si le psaume tout entier chante la gloire de Dieu. En fait, ce verset, au début du temps de la Passion, vise à ce que l’on n’oublie pas que celui qui va être insulté, moqué, battu, fouetté, couvert de plaies et de crachats, et crucifié comme un bandit, est le Roi de gloire, qui fait précisément son entrée, comme dit le psaume, par une porte dont on doit élever les linteaux pour qu’il passe : la porte de la croix. On peut rappeler que les crucifix russes portent précisément l’inscription « Roi de gloire » (tsar slavi).

On constate le développement de la mélodie sur Rex gloriae, qui insiste sur cette royauté de gloire. Et aussi que les neumes avant gloriae sont exactement ceux de est, qui précède Rex : d’une certaine façon ce est est répété par la mélodie: il est, il est vraiment, le Roi de gloire.

La première lecture, sur Jonas à Ninive, nous rappelle que nous sommes toujours dans le temps de la pénitence et du jeûne, et que cette pénitence doit avoir un caractère social, comme le soulignait le bienheureux cardinal Schuster : « En effet, il ne suffit pas que la religion et les pratiques du culte soient le tribut privé et personnel de l’individu, mais il faut qu’elles soient en outre collectives et sociales, puisque la société, la famille, la cité, la nation, etc. sont des entités réelles, et pour cela ont, comme telles, à rendre à Dieu le culte dû. »

Quant à l’évangile, il nous montre une nouvelle fois des gens qui cherchent à s’emparer de Jésus mais ne le font pas, une nouvelle affirmation par Jésus de sa divinité, et une nouvelle annonce du baptême pour les catéchumènes, mais qui dépasse de loin ce cadre.

L’affirmation par Jésus de sa divinité est hélas souvent gommée par les traductions. Il dit : « Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas ; et là où je suis, vous ne pouvez venir. » Il ne dit pas « où je serai », mais « où je suis », souligne saint Augustin dénonçant par avance les mauvaises traductions. Il dit « où je suis » parce qu’il est au ciel et qu’il n’a pas quitté le ciel en s’incarnant. Comme il l’a dit auparavant : « Personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel. » Qui est au ciel même quand il parle aux hommes sur la terre. Etre au ciel étant l’équivalent de : « Je Suis ».

L’annonce du baptême, par l’eau vive, dépasse ce cadre parce qu’elle concerne toute la vie spirituelle du croyant, à partir du baptême qui crée la source d’où doivent jaillir les fleuves engendrés par l’Esprit. Dans la lecture scripturaire du jour, Jérémie, Dieu se plaint que son peuple l’ait abandonné, lui, « la source d’eau vive ». Il s’agit donc de la déification de ceux qui croient au Christ : ils ont en eux la source jaillissante qui est Dieu. La première condition est d’avoir soif.

Premier dimanche de la Passion

En ce moment, tout nous convie au deuil. Sur l’autel, la croix elle-même a disparu sous un voile sombre ; les images des Saints sont couvertes de linceuls ; l’Église est dans l’attente du plus grand des malheurs. Ce n’est plus de la pénitence de l’Homme-Dieu qu’elle nous entretient ; elle tremble à la pensée des périls dont il est environné. Nous allons lire tout à l’heure dans l’Évangile que le Fils de Dieu a été sur le point d’être lapidé comme un blasphémateur ; mais son heure n’était pas venue encore. Il a dû fuir et se cacher. C’est pour exprimer à nos yeux cette humiliation inouïe du Fils de Dieu que l’Église a voilé la croix. Un Dieu qui se cache pour éviter la colère des hommes ! Quel affreux renversement ! Est-ce faiblesse, ou crainte de la mort ? La pensée en serait un blasphème ; bientôt nous le verrons aller au-devant de ses ennemis. En ce moment, il se soustrait à la rage des Juifs, parce que tout ce qui a été prédit de lui ne s’est pas encore accompli. D’ailleurs ce n’est pas sous les coups de pierres qu’il doit expirer ; c’est sur l’arbre de malédiction, qui deviendra dès lors l’arbre de vie. Humilions-nous, en voyant le Créateur du ciel et de la terre réduit à se dérober aux regards des hommes, pour échapper à leur fureur. Pensons à cette lamentable journée du premier crime, où Adam et Ève, coupables, se cachaient aussi, parce qu’ils se sentaient nus. Jésus est venu pour leur rendre l’assurance par le pardon : et voici qu’il se cache lui-même ; non parce qu’il est nu, lui qui est pour ses saints le vêtement de sainteté et d’immortalité ; mais parce qu’il s’est rendu faible, afin de nous rendre notre force. Nos premiers parents cherchaient à se soustraire aux regards de Dieu ; Jésus se cache aux yeux des hommes ; mais il n’en sera pas toujours ainsi. Le jour viendra où les pécheurs, devant qui il semble fuir aujourd’hui, imploreront les rochers et les montagnes, les suppliant de tomber sur eux et de les dérober à sa vue ; mais leur vœu sera stérile, et « ils verront le Fils de l’homme assis sur les nuées du ciel, dans une puissante et souveraine majesté »

Dom Guéranger

Le temps où va s’accomplir l’Epiphanie.

L’introït.

Le graduel.

Le trait.

L’offertoire.

La communion.

Samedi de la quatrième semaine de carême

La messe de ce jour est la dernière messe d’appel des catéchumènes au baptême. Dans les temps antiques on la connaissait sous le nom de « Sitientes », car c’est le premier mot de l’introït : « Vous qui avez soif, venez aux eaux, dit le Seigneur, et vous qui n’avez pas d’argent, venez et buvez avec joie » : Sitientes venite ad aquas, dicit Dóminus : et qui non habétis prétium, veníte et bibite cum lætitia.

Par les moniales de la chartreuse Notre-Dame de Benifaçà (Espagne), avec des images du monastère.

Isaïe parle aussi de cette eau dans la première lecture : « Celui qui a pitié d’eux les conduira et les mènera boire aux sources des eaux. » Le peuple d’Israël est assimilé à un troupeau de brebis que le bon Pasteur conduit dans les meilleurs pâturages et aux meilleures sources. C’est ce que chante aussi le psaume 22, qui est le chant de la communion : « C’est le Seigneur qui me conduit, et rien ne pourra me manquer : Il m’a établi dans un lieu de pâturages : Il m’a amené près d’une eau fortifiante. » Dóminus regit me, et nihil mihi déerit : in loco páscuæ ibi me collocávit : super aquam refectiónis educávit me.

Le baptême est une illumination, cette eau donne la lumière, et dans l’évangile (saint Jean 8, 12-20) Jésus déclare : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit (…) aura la lumière de la vie. » La lumière de la vie éternelle.

Et ceux à qui Jésus communique la lumière deviennent eux-mêmes lumière du monde, par participation à la lumière divine, comme il le dit à ses apôtres (en saint Matthieu) : « Vous êtes la lumière du monde, que votre lumière luise devant tes hommes, afin que voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le ciel. »

Le Père dont Jésus ose dire aux pharisiens qu’ils ne le connaissent pas. Parce que pour connaître le Père, il faut renaître dans le Fils.

*

Pour les bénédictins c’est aujourd’hui la fête de saint Benoît.

Vendredi de la quatrième semaine de carême

L’évangile de ce jour est la résurrection de Lazare, et l’importance de cet épisode a conduit à en faire l’écho dans l’antienne de communion alors qu’elle devrait être prise du psaume 21 selon l’antique ordonnancement de ces antiennes pendant le carême (on commence par le psaume 1 le mercredi des cendres).

Videns Dóminus flentes soróres Lázari ad monuméntum, lacrimátus est coram Judǽis, et exclamávit : Lázare, veni foras : et pródiit ligátis mánibus et pédibus, qui fúerat quatriduánus mórtuus.

Le Seigneur voyant pleurer les sœurs de Lazare près du sépulcre pleura lui-même en présence des Juifs et s’écria : Lazare, viens dehors : et il sortit, les pieds et les mains liés, celui qui était mort depuis quatre jours.

Le texte de l’antienne est en fait une combinaison d’expressions prises dans cinq différents versets. Il est la reprise de l’introït (« ingressa ») du cinquième dimanche de carême dans la liturgie ambrosienne. C’est le « dimanche de Lazare » et plusieurs pièces évoquent cette résurrection (quatre des sept chants du propre, et la préface).

Videns Dominus sororem Lazari ad monumentum, lacrimatus coram Judaeis, et exclamavit : Lazare, veni foras. Et prodiit ligatis manibus et pedibus, stetit ante eum, qui fuerat quatriduanus mortuus.

Le Seigneur voyant pleurer la sœur de Lazare près du sépulcre pleura lui-même en présence des Juifs et s’écria : Lazare, viens dehors. Et il sortit, les pieds et les mains liés, se tint devant eux, celui qui était mort depuis quatre jours.

On note de légères différences : il n’y a ici qu’une sœur de Lazare (conformément au verset 39 d’où l’expression est tirée) et il y a l’ajout de « stetit ante eum » : il se tint devant lui, qui ne figure pas dans l’évangile. La mélodie est très différente :

Sant Joseph

Vitrail de l’église Saint-Marcellin de Monistrol-sur-Loire.

L’office et la messe de saint Joseph ont été fixés en 1714. Les trois hymnes sont de Juan Escollar, en religion Juan de la Concepción (mort en 1700), un carme espagnol qui avait composé un office pour la fête du « Patronage de saint Joseph » célébré par les carmes et carmélites espagnols le troisième dimanche après Pâques. Voici l’hymne des laudes. (Voir celui des vêpres ici.)

Iste, quem læti cólimus, fidéles,
Cujus excélsos cánimus triúmphos,
Hac die Joseph méruit perénnis
Gáudia vitæ.

Celui dont nous, fidèles, célébrons la gloire ;
celui dont nous chantons le glorieux triomphe,
Joseph est entré aujourd’hui
dans les délices de l’éternelle vie.

O nimis felix, nimis o beátus,
Cujus extrémam vígiles ad horam
Christus et Virgo simul astitérunt
Ore seréno.

Mortel heureux, trois fois heureux,
qui à la dernière heure vit,
autour de sa couche, le Christ et la Vierge
l’assister d’un visage serein.

Hinc stygis victor, láqueo solútus
Carnis, ad sedes plácido sopóre
Migrat ætérnas, rutilísque cingit
Témpora sertis.

Vainqueur de la mort,
libre des liens de la chair,
un doux sommeil l’a emporté vers l’éternel séjour ;
et son front est ceint d’un diadème éclatant.

Ergo regnántem flagitémus omnes,
Adsit ut nobis, veniámque nostris
Obtinens culpis, tríbuat supérnæ
Múnera pacis.

Maintenant qu’il règne, supplions-le tous
de nous être propice ; qu’il obtienne
le pardon de nos fautes et nous procure
la paix avec le ciel.

Sint tibi plausus, tibi sint honóres,
Trine, qui regnas, Deus, et corónas
Aureas servo tríbuis fidéli
Omne per ævum. Amen.

A Vous la louange, à Vous l’honneur,
Trinité divine, Roi suprême,
dont la main a placé une couronne d’or
pour jamais sur le front du serviteur fidèle. Amen.