La réunion d’Istanbul

Une nouvelle réunion entre Américains et Russes a eu lieu aujourd’hui, à Istanbul. Non seulement elle se déroulait à huis clos, mais les noms des participants n’ont pas été divulgués. Elle a duré six heures et demie.

Voici ce qu’en a dit Maria Zakharova ce matin :

Dans le cadre du développement d’une série de contacts bilatéraux de haut niveau, une réunion d’experts se tient aujourd’hui à Istanbul pour trouver des solutions aux nombreux « irritants » qui persistent dans le dialogue bilatéral en raison du terreau que les précédentes administrations américaines ont créé par leurs actions destructrices.

Ces questions problématiques se sont accumulées à la suite des activités répréhensibles de plusieurs équipes précédentes à la Maison Blanche. Elles ont délibérément créé des obstacles au fonctionnement de l’ambassade russe à Washington et ont ainsi porté atteinte à la structure même des relations diplomatiques entre nos deux pays. Comme vous le savez, la Russie a été contrainte de prendre des mesures miroirs.

La nouvelle équipe de la Maison Blanche a compris que cette situation ne pouvait pas durer indéfiniment.

Nous espérons que la réunion d’aujourd’hui sera la première d’une série de consultations d’experts qui nous permettront, à nous et aux États-Unis, de surmonter les divergences qui sont apparues et de renforcer les mesures de confiance.

Dans son discours au FSB en début d’après-midi, Vladimir Poutine a déclaré que la communication initiale avec l’administration américaine « inspire certains espoirs». « Il existe une volonté réciproque d’œuvrer au rétablissement des relations entre les pays, à une résolution progressive de l’arriéré colossal de problèmes systémiques et stratégiques dans l’architecture mondiale. »

Les actuels partenaires américains « font preuve de pragmatisme, d’une vision réaliste des choses et abandonnent de nombreux stéréotypes, les soi-disant règles et clichés idéologiques messianiques de leurs prédécesseurs, qui, pour l’essentiel, ont été les raisons qui ont conduit à la crise de l’ensemble du système des relations internationales ».

Il a ajouté que tout le monde n’est pas satisfait du dialogue entre la Russie et les États-Unis, et certains vont donc tenter de le perturber ou de le discréditer. « Nous devons en tenir compte et utiliser toutes les ressources diplomatiques et de renseignement disponibles pour déjouer de telles tentatives. »

Encore raté

Le 26 janvier dernier un nouveau câble sous-marin de fibre optique se rompait dans la Baltique, entre la Lettonie et la Suède. Une enquête était ouverte aussitôt pour « sabotage aggravé ». Par les Russes, évidemment, dans le cadre de leur « guerre hybride ».  Faute de navire russe, la Suède arraisonnait un navire bulgare, avec évidemment des Bulgares au service des Russes. De son côté, la Norvège trouvait un navire norvégien avec de vrais Russes dedans. Mais ils ne pouvaient pas être responsables de la chose.

Finalement, « l’enquête montre désormais clairement qu’il ne s’agit pas d’un sabotage », a conclu la justice suédoise.

Mais la dépêche de l’AFP, reprise par tous les médias, finit néanmoins ainsi :

Face au caractère répété de ces événements, l’Otan a annoncé en janvier lancer une mission de patrouille visant à protéger ces infrastructures sous-marines sensibles. Avions, bateaux et drones sont désormais dépêchés de façon plus massive et régulière en mer Baltique dans le cadre d’une nouvelle opération baptisée «Sentinelle de la Baltique».

Car même si ce n’est pas les Russes, c’est les Russes quand même. Ou plutôt, même si ce n’est pas les Russes, c’est une bonne occasion d’occuper la Baltique et d’en faire une mer de l’OTAN – ce qui commence à irriter sérieusement les Russes, d’autant que le ministre estonien de la Défense propose d’instaurer une taxe pour le passage (des navires russes) par la Baltique… pour financer la protection des câbles…

Les impatriés de Russie

J’ai déjà évoqué l’ineffable Vladimir Rozanskij, le chroniqueur ultra-russophobe d’AsiaNews, le site de l’Institut pontifical pour les missions étrangères. Son dernier article se veut aussi méchant que les autres, et d’une ironie mordante, s’appuyant sur une personne qui a voulu piéger les Occidentaux qui s’installent en Russie, mais il ne fait que persuader le lecteur du contraire de ce qu’il voudrait démontrer… (Naturellement il n’y a pas un mot sur les familles nombreuses qui s’installent en Russie pour fuir la dictature LGBT. On est sur un site catholique…)

Impatriés : les nouveaux Russes venus de l’Occident

Dans la bibliothèque de la ville de Chouïa, dans la région russe d’Ivanovo, des immigrants « idéologiques » d’Allemagne, de Belgique, d’Autriche, des États-Unis et d’autres pays occidentaux se sont réunis pour évaluer les perspectives et les tâches de la vie en Russie, qu’ils ont choisie pour ses « valeurs traditionnelles », à l’encontre des politiques de leurs pays d’origine.

La réunion était dirigée par la députée Maria Boutina, ancienne espionne russe aux États-Unis. Le nouveau terme impatrié a été inventé pour eux, « impatriés » au lieu de « rapatriés », représentant le contraire des migrants à expulser pour la sécurité du pays. Le terme a été proposé en février 2024 par l’étudiante italienne Irene Cecchini lors d’un forum avec Vladimir Poutine, déclarant qu’elle était « tombée amoureuse de la Russie ».

Boutina a annoncé la création de toute une infrastructure destinée à attirer de plus en plus d’étrangers de l’Ouest désireux de venir en Russie, un décret du président Vladimir Poutine ayant institué des « visas pour des raisons spirituelles et morales » pour les personnes originaires de pays « inamicaux » mais qui soutiennent les idéaux du « monde russe ».

La nouvelle société organisera des « tournées de présentation » dans toutes les villes de Russie où les « impatriés » s’installeront, et ceux qui se sont déjà installés sont chargés de commenter et de faire l’éloge de la vie en Russie sur TikTok et diverses plateformes sociales.

La correspondante de Novaja Evropa, Julia Akhmedova [en fait Novaya Gazeta Europe, officine basée en Lettonie], a tenté de comprendre si les « impatriés » sont réellement motivés par des valeurs idéologiques ou plutôt par des gratifications matérielles.

En utilisant des noms fictifs, elle a interviewé certains d’entre eux, comme l’Asiatique Syan, trader en crypto-monnaies arrivée à l’automne 2024 pour « mieux comprendre la Russie » et pouvoir ainsi suivre les transactions financières de manière plus complète. Selon elle, des « images partiales et déformées de la Russie » sont diffusées dans son pays et dans beaucoup d’autres, alors que ses collègues sont tous « des gens bons, honnêtes et efficaces ».

Selon d’autres « impatriés », les pays dont ils sont originaires sont des « vassaux de l’Amérique », qui louent également les campagnes militaires américaines en Afghanistan et en Syrie, où, au contraire, ils « sèment le chaos dans le monde » en accusant les Russes d’être des « dégénérés impies ».

Les « nouveaux Russes » ont une grande vénération pour la personnalité de Vladimir Poutine, « c’est une personne très intelligente et nous aimons l’écouter », car contrairement à la plupart des politiciens, « il ne fait pas de discours inutiles et vides et est capable de prendre des décisions stratégiques à long terme ».

Nombreux sont ceux qui se rendent en Russie en raison du coût excessif de la vie dans leur propre pays, qui est souvent inabordable même avec de bons salaires. Syan elle-même raconte qu’elle a rencontré de nombreuses difficultés pour obtenir un visa pour la Russie, mais « à un moment donné, je me suis tournée vers Dieu » pour demander si « la Russie était vraiment le pays qu’il me fallait », et le lendemain, le décret de Poutine sur les visas « spirituels » a été publié.

L’arrivée à Moscou est décrite par les « impatriés » comme une sorte d’« entrée au paradis », dans une ville « super-technologique, très moderne et accueillante », même si certains considèrent les Moscovites comme « un peu trop pingres », et quoi qu’il en soit, la cuisine locale est également très appréciée, pas trop salée ou épicée par rapport à la nourriture asiatique, mais beaucoup plus riche et savoureuse que la nourriture occidentale, et surtout « sans organismes génétiquement modifiés ». Plusieurs continuent à travailler en ligne pour des entreprises de leur pays, mais le salaire leur permet de maintenir un niveau de vie beaucoup plus satisfaisant en Russie.

Pour obtenir un permis de séjour en tant qu’« impatrié », il suffit de présenter une assurance médicale et de signer une déclaration justifiant le voyage par « le rejet de la politique de son propre État, qui impose des visions idéologiques en contradiction avec les valeurs morales et spirituelles russes traditionnelles », obtenant immédiatement un visa de trois ans sans même passer les examens de langue russe et d’histoire et législation de la Fédération. Bien entendu, les « impatriés » sont autorisés à voyager n’importe où et à se « rapatrier » aussi longtemps qu’ils en ont besoin, et peut-être même à raconter à leurs (anciens ?) compatriotes les merveilles de la Russie de Poutine.

Plus bas que le fond ?

Le Financial Times nous apprenait hier que Kaja Kallas compte proposer, pour le prochain paquet de sanctions contre la Russie, le 22 février, troisième anniversaire de la guerre en Ukraine, l’interdiction de l’exportation de consoles de jeux (PlayStation, Xbox, etc.).

L’information a été répercutée partout ce matin, très sérieusement. Car, selon la même Kallas, les Russes se servent de ces consoles « pour piloter les drones ».

Evidemment, ça change des puces de machines à laver. Mais c’est encore plus grotesque. Pour la bonne raison que, premièrement, les constructeurs de jeux vidéo ont arrêté leurs exportations vers la Russie dès le début de la guerre, et que, deuxièmement, ces consoles sont presque toutes fabriquées en Chine, et commercialisées éventuellement du Japon ou des Etats-Unis, mais d’aucun pays de l’UE.

En bref on interdirait l’exportation de produits que nous ne fabriquons pas et que nous ne commercialisons pas. Là ça dépasse toutes les débilités kalassiennes connues. On croyait avoir touché le fond, mais on continue de creuser. Dans l’hilarité mondiale qui devient un hennissement cosmique.

Au point qu’on se demande si ce n’est pas une blague (anti-UE) du Financial Times, bien que ce ne soit pas le style du journal.

Au fait, UE ou pas UE, arrêt ou non des exportations des constructeurs, on trouve comme on veut en Russie ces consoles de jeux (comme le reste)… Et elles ne sont même pas réquisitionnées par l’armée (pas plus que les machines à laver, ni même les pelles).

Et ce n’est certainement pas la ridicule Kallas, qui ridiculise toute l’UE, qui y changera quelque chose…

La Kallas sans filtre

Kaja Kallas, chef de la diplomatie de l’UE, découvrant et reprenant à son compte le plan de démantèlement de la Russie, et faisant comme si on y était…

La défaite de la Russie n’est pas une mauvaise chose, parce que, alors, vous savez, il peut y avoir vraiment une chance pour la société. Et, vous savez, il y a de nombreuses différentes nations, aujourd’hui, qui font aussi bien partie de Russie. Je pense que si l’on avait plus, comme, des petites nations, ce n’est pas une mauvaise chose si la grande puissance est réellement beaucoup plus petite.