L’introït, par le groupe grégorien de Rennes en 1992.
Dum clamárem ad Dóminum, exaudívit vocem meam, ab his, qui appropínquant mihi : et humiliávit eos, qui est ante sǽcula et manet in ætérnum : jacta cogitátum tuum in Dómino, et ipse te enútriet.
℣. Exáudi, Deus, oratiónem meam, et ne despéxeris deprecatiónem meam: inténde mihi et exáudi me.
Glória Patri…
Lorsque je criais vers le Seigneur, il a exaucé ma voix, me mettant à l’abri de ceux qui m’assiégeaient. Il les a humiliés, lui qui est avant tous les siècles et demeure à jamais. Jetez vos préoccupations aux mains du Seigneur, et lui-même vous nourrira.
℣. Exaucez, Seigneur, ma prière, et ne méprisez point ma supplication ; faites attention à moi et exaucez-moi.
Gloire au Père…

Chacune des trois phrases se clôt sur la même formule mélodique. Par ailleurs, la première et la deuxième phrase partagent également les neumes qui précèdent, sur les mots (appropin)-quant mihi et aetérnum. En général, il existe une relation étroite entre ces deux phrases, même sur le plan formel, puisqu’elles sont toutes deux constituées de trois membres, alors que la troisième n’en compte que deux ; et leur lien intérieur est encore plus intime. La première phrase évoque les fruits de la prière ; la seconde, la manière dont la prière est exaucée. Ainsi, ces deux affirmations préliminaires peuvent servir de prémisses dont la troisième découle comme une conclusion : « Décharge-toi de ton souci sur le Seigneur ! »
La première phrase, avec son élan ascendant, exprime à la fois une supplication fervente et la tension de l’âme qui l’accompagne. Vient ensuite un exaudivit (« il a exaucé ») éclatant et empreint de gratitude. La seconde phrase s’élève à plusieurs reprises au-delà de la note la plus haute de la première. Dans la courte phrase qui est ante saecula, on entend deux fois la quarte sol-do et une fois la quarte la-ré. Ces vastes intervalles nous donnent un aperçu de l’éternité de Dieu, qui est sans commencement. La troisième phrase comporte quelques passages purement syllabiques. Sa ligne mélodique symbolise et exprime un certain effort, une victoire sur les difficultés qui assaillent les êtres humains hésitants, en proie au doute et à une vision limitée, alors qu’ils devraient vivre entièrement de la foi et remettre tous leurs soucis entre les mains du Seigneur. Si nous agissons ainsi — comme le ton se fait calme et assuré sur les notes et ipse te ! — alors Il nous nourrira et nous soutiendra avec une affection paternelle, et récompensera royalement tous nos espoirs et nos attentes. Dès aujourd’hui, nous verrons ces paroles s’accomplir dans le banquet du sacrifice.
Nous pouvons chanter les paroles de ce verset du psaume dans l’esprit du publicain dont parle l’Évangile. Il ne se fie pas à lui-même ; il ne se considère pas comme juste. Il a conscience, au contraire, que Dieu aurait tout lieu de mépriser sa prière. Mais c’est précisément cette humble conscience de son propre péché qui lui garantit l’exaucement de sa demande. Il rentra chez lui justifié.
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