Vous demandez, mes chères filles, en quoi consiste le pur amour de Dieu ? Il consiste, non pas à connaître le bien, à en parler, ni à le désirer, non plus qu’à ressentir de grandes consolations spirituelles, parce que plusieurs personnes ont tout cela, et ne laissent pas d’être pleines de l’amour d’elles-mêmes, et vides de celui de Dieu ; mais le vrai et pur amour consiste à faire tout ce qu’on connaît être des divines volontés et à bien observer tout ce qu’on a voué et promis, chacun selon son état. Le pur amour ne peut rien souffrir dans le cœur qu’il possède qui ne soit tout pour lui, et l’âme qui en est vivement touchée, n’adhère plus à la nature.
Celles qui suivent beaucoup leur instinct naturel sont fort éloignées de cette pureté d’amour, d’autant plus que la grâce et la nature, l’amour divin et l’amour-propre, ne peuvent subsister ensemble dans un même cœur, il faut que l’un ou l’autre périsse.
Vous demandez, comment on peut acquérir la défiance de soi-même et la confiance en Dieu ?
Je réponds, ma fille, que c’est en en produisant souvent les actes, ne nous reconnaissant que de purs néants, nous accoutumant à regarder, en tout ce qui arrive, la volonté de Dieu, qui ne fait rien pour nous qui ne soit pour notre bien. Nous devons tenir fort chères les occasions d’humiliations, contradictions et sécheresses, ainsi que les abandons et répugnances qui sont des moyens que Dieu nous donne, par un amour incomparable, pour nous enrichir et avancer dans les voies de la perfection, si nous en faisons bon usage.
Nous devons veiller surtout à ne point perdre d’occasion de nous anéantir, et embrasser notre abjection, devant être si fervente, en cet amour du mépris, que nous ayons peine à nous empêcher de le désirer et rechercher.
Entretien LXX, aux sœurs d’Autun, 1626.
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Déjà bonne janséniste
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