13e dimanche après la Pentecôte

L’introït, par les moines de Triors.

Réspice, Dómine, in testaméntum tuum, et ánimas páuperum tuórum ne derelínquas in finem : exsúrge, Dómine, et iúdica causam tuam, et ne obliviscáris voces quæréntium te.
Ut quid, Deus, reppulísti in finem : irátus est furor tuus super oves páscuæ tuæ ? Glória Patri…

Ayez égard à votre alliance, Seigneur, n’abandonnez pas à la fin les âmes de vos pauvres. Levez-vous, Seigneur et jugez votre cause, et n’oubliez pas les appels de ceux qui vous cherchent.
Pourquoi, ô Dieu, nous avez-vous rejetés finalement ? Pourquoi votre colère s’est-elle allumée contre les brebis de vos pâturages ?

De violentes émotions agitent aujourd’hui le cœur du chanteur. Il est saisi par la crainte que Dieu ne détourne à jamais Son regard de Son peuple égaré ; par la crainte qu’Il ne rompe l’alliance, seul espoir de l’humanité, parce que tant de personnes y ont manqué. D’où cette clameur violente, presque passionnée, notamment dans la deuxième partie sur exsurge Domine. « C’est peut-être la détresse extrême, causée par les migrations des nations, qui a arraché cette lamentation à l’Église ; nous pourrions aujourd’hui substituer comme raison le péché de tant de ses enfants » (K. L.). Le chantre sait toutefois qu’il peut prier au nom de toute l’Église : nous sommes Ton peuple, Tes pauvres, les agneaux de Ton pâturage, cette affaire Te concerne. Et cela le console, car Dieu n’abandonnera pas Son Église à une puissance hostile, et aucune malice ni aucun complot malveillant ne pourra jamais l’emporter contre elle.

L’Évangile d’aujourd’hui raconte l’histoire de la purification des lépreux. Avec quelle force n’ont-ils pas crié : « Jésus, Maître, aie pitié de nous ! » Mais plus pressante encore sera la supplication de celui qui a fait l’expérience de ce qu’est la lèpre de l’âme, de la honte que représente le péché, de la façon dont il appauvrit totalement l’homme, et de l’horreur qu’il y a à déserter son Créateur et à rompre l’alliance si solennellement ratifiée. Notre chant d’aujourd’hui naît de cette amère prise de conscience. Mais il y a aussi de la confiance en lui : le divin Berger des âmes ne nous oublie pas, Il ne nous abandonne pas, car voici qu’au Saint Sacrifice, Il descend sur l’autel et se donne Lui-même en nourriture à Ses pauvres brebis !

La mélodie gagnera en clarté si l’on considère la pause après causam tuam comme identique à celle après testamentum tuum. Ainsi se forment deux parties : la première moitié, animée de manière dramatique par les impératifs Respice, exsurge et judica ; tandis que la seconde moitié, avec ne derelinquas, ne obliviscaris et l’accent mis sur la dominante do, est nettement plus calme. Vers la fin, le chant redevient plus insistant en raison du pressus sur derelinquas et quaerentium.

La première moitié de la phrase présente avec force les trois mots les plus importants ; la seconde moitié évite tout intervalle trop large. C’est la supplication des « pauvres ». La cadence finale est empruntée au quatrième mode. Après le turbulent exsurge Domine, et judica s’engage sur la dominante, tout comme dans testamentum après Domine plus haut ; tuam est une abréviation de tuum ; ne obliviscaris renvoie à et judica ; voces se termine sur do, comme tuorum plus haut.

Dom Dominic Johner


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