3e dimanche après Pâques

L’offertoire de la messe de ce jour, par la chorale des Pères du Saint-Esprit de Chevilly, en 1957-1958 :

Lauda, ánima mea, Dóminum : laudábo Dóminum in vita mea : psallam Deo meo, quámdiu ero, allelúia.

O mon âme, loue le Seigneur. Je louerai le Seigneur pendant ma vie ; je chanterai mon Dieu tant que je serai, alléluia.

Dans la première phrase, le chanteur s’éveille à la louange de Dieu avec une ferveur qui n’est en rien ostentatoire ou spectaculaire, mais qui, pour cette raison même, fait une impression plus profonde sur un esprit réceptif. Les deuxième et troisième phrases en tirent immédiatement les conclusions pratiques : laudabo, psallam. Ce n’est pas seulement l’occupation du chanteur en cet instant, mais pour toute sa vie ; c’est sa vocation. Tant que le sang coulera dans ses veines, tant que son cœur battra dans sa poitrine, ce devoir sacré le poussera à continuer. Car la miséricorde de Dieu l’accompagne tous les jours de sa vie. Les versets qui accompagnaient autrefois ces versets étaient les suivants : « Je chanterai au Seigneur tant que je vivrai. Lui qui garde la vérité pour toujours, qui rend justice à ceux qui souffrent, qui donne du pain à ceux qui ont faim. Je chanterai au Seigneur tant que je vivrai, alléluia. Le Seigneur relève ceux qui sont abattus, le Seigneur délivre ceux qui sont enchaînés, le Seigneur protège l’orphelin, l’étranger et la veuve. Il détruit les voies des pécheurs. Le Seigneur régnera pour toujours, ton Dieu, ô Sion, d’âge en âge. Je chanterai au Seigneur tant que je vivrai, alléluia. »

Seul le Seigneur peut accomplir tout cela. C’est pourquoi le mot Dominum domine tout le reste. Les terminaisons ascendantes du premier Dominum et de mea sont rendues nécessaires par le début plus bas de la phrase suivante. La même raison s’applique peut-être à meo. Sur le plan rythmique, ces terminaisons similaires créent une grande sérénité, à laquelle contribuent les intonations identiques ou du moins très similaires de Lauda, psallam et alleluia. Les deux neumes sur la syllabe non accentuée (quam)-di-(u) s’expliquent peut-être par le fait que le latin familier préférait conserver l’accent sur la syllabe radicale. Le finale alleluia est commun à tous les Offertoires du quatrième mode pendant le temps pascal. Il tire peut-être sa forme de cet Offertoire-ci, puisque sa première partie ressemble à psallam et sa fin à mea.

Dom Dominic Johner

Saint Antonin de Florence

La reconstruction du couvent Saint-Marc. A droite, l’architecte Michelozzo présente le projet à saint Antonin, en présence de Cosme et Laurent de Medicis. Fresque d’Alessandro Tiarini, cloître Saint-Antonin du couvent Saint-Marc.

Il était si avisé pour régler toutes sortes d’affaires qu’on l’appelait Antonin des conseils. C’était à l’évidence un surdoué. A l’âge de 15 ans il avait décidé de devenir dominicain, et il était donc allé frapper à la porte des frères prêcheurs. Il était évidemment trop jeune. En manière de boutade, on lui dit de revenir quand il connaîtrait par cœur le droit canon. L’année suivante il revint : il connaissait en effet le droit canon par cœur. Et le bréviaire nous dit : « Chose admirable, la puissance de son intelligence fut telle qu’il apprit à fond presque toutes les sciences sans le secours d’aucun maître.

Il devint rapidement le prieur de divers couvents dominicains, dont celui de Fiesole, et c’est lui qui était à la tête des dominicains de Fiesole quand ils établirent un couvent à Florence. C’est donc lui qui dirigea Fra Angelico pour les sublimes fresques des cellules du couvent Saint-Marc.

Puis il fut vicaire général des Prêcheurs de Naples et de Toscane, et provincial de la province romaine.

Alors que le siège de l’archevêché de Florence était vacant (ou plutôt disputé) depuis neuf mois, le pape décida de nommer Antonin. Celui-ci refusa catégoriquement. Le pape l’y obligea sous peine d’excommunication. Les Florentins furent sidérés de voir arriver leur nouvel archevêque pieds nus et pleurant.

Antonin continua de vivre à l’archevêché de Florence dans la même pauvreté qu’il avait toujours observée. Et c’était au temps de la plus grande splendeur de la ville, sous Côme de Médicis.

Mais si lui-même vivait pauvrement, il avait la grande intelligence de payer plus que convenablement les responsables de l’archevêché, afin de s’assurer qu’ils ne se laissent pas corrompre. Et il payait encore mieux l’official du diocèse (cent ducats d’or par an).

Il a laissé une Somme théologique, avec une étonnante partie économique. En 1904, l’Allemand Carl Ilgner a publié un traité d’économie constitué de citations de saint Antonin. Pour Joseph Schumpeter, saint Antonin était un précurseur de l’économie moderne appréhendée dans une perspective globale.

Saint Grégoire de Nazianze

L’apolytikion, le kondakion et le mégalynaire, par le hiéropsalte Apostolos Koutsimanis. On aperçoit la main droite de saint Grégoire le Théologien (comme l’appellent les byzantins) à 1’10, et son tombeau à 1’35, puis à 2’17, en la cathédrale patriarcale Saint-Georges du Phanar à Istanbul.

Ὁ ποιμενικὸς αὐλὸς τῆς θεολογίας σου, τὰς τῶν ῥητόρων ἐνίκησε σάλπιγγας· ὡς γὰρ τὰ βάθη τοῦ Πνεύματος ἐκζητήσαντι, καὶ τὰ κάλλη τοῦ φθέγματος προσετέθη σοι· Ἀλλὰ πρέσβευε Χριστῷ τῷ Θεῷ, Πάτερ Γρηγόριε, σωθῆναι τὰς ψυχὰς ἡμῶν.

Ta flûte pastorale de Théologien * l’emporta sur les trompettes des rhéteurs ; * toi qui scrutais les profondeurs de l’Esprit, * tu as atteint la sublimité du langage par surcroît. * Intercède, Père Grégoire, auprès du Christ notre Dieu * pour le salut de nos âmes.

Θεολόγῳ γλώττῃ σου, τὰς συμπλοκὰς τῶν ῥητόρων, διαλύσας ἔνδοξε, ὀρθοδοξίας χιτῶνα, ἄνωθεν ἐξυφανθέντα τὴν Ἐκκλησίαν, ἐστόλισας· ὃν καὶ φοροῦσα, σὺν ἡμῖν κράζει, τοῖς σοῖς τέκνοις· Χαίροις Πάτερ, θεολογίας ὁ νοῦς ὁ ἀκρότατος.

De ta langue de Théologien * ayant effacé les compositions des rhéteurs, * illustre Grégoire, tu revêtis l’Eglise de l’orthodoxie, * cette tunique tissée par le ciel ; * la portant, elle s’écrie maintenant * avec nous, tes enfants : * Réjouis-toi, Père, sommet de la théologie.

Χαίροις ο ουράνιος θείος νους, στόμα το πυρίπνουν, ο της χάριτος οφθαλμός, σάλπιγξ ευσεβείας, πηγή θεολογίας, υπερκοσμίων μύστης, σοφέ Γρηγόριε.

Réjouis-toi, esprit céleste, bouche ardente, œil de la grâce, trompette de la piété, source de la théologie, initiateur des réalités d’au-dessus du monde, Grégoire le sage.

De la férie

L’hymne des vêpres au temps pascal, par les moines de Solesmes en 1955 (strophes 1 à 4 et doxologie). Traduction de Bossuet.

Ad cenam Agni próvidi,
Et stolis albis cándidi,
Post tránsitum maris Rubri
Christo canámus Príncipi.

Après avoir passé la mer Rouge, allons, revêtus d’habits blancs, au festin de l’Agneau, et chantons les louanges de Jésus-Christ notre Roi.

Cujus corpus sanctíssimum
In ara crucis tórridum,
Cruóre ejus róseo
Gustándo vívimus Deo.

Son saint corps a été dans les souffrances ; comme dans un feu, sur l’autel de la croix : en goûtant le sang qui en est sorti, nous vivons pour Dieu.

Protécti paschæ véspere
A devastánte Angelo,
Erépti de duríssimo
Pharaónis império.

Par ce sang nous avons été délivrés de l’ange exterminateur au soir de la Pâque, et nous avons été affranchis de la rigoureuse tyrannie de Pharaon.

Jam pascha nostrum Christus est,
Qui immolátus agnus est :
Sinceritátis ázyma
Caro ejus obláta est.

Ainsi Jésus-Christ est notre Pâque, c’est l’Agneau qui a été immolé pour notre salut ; sa chair offerte pour nous est le vrai pain sans levain, et l’azyme de sincérité dont nous devons nous nourrir.

O vere digna hóstia,
Per quam fracta sunt tártara,
Redémpta plebs captiváta,
Réddita vitæ prǽmia.

O victime d’un prix infini, par vous les portes de l’enfer ont été brisées, les captifs ont été rachetés, et la vie a été rendue aux morts.

Consúrgit Christus túmulo,
Victor redit de bárathro,
Tyránnum trudens vínculo
Et Paradísum réserans.

Jésus-Christ ressuscite du tombeau, il revient victorieux de l’enfer : il a enchaîné le tyran, et il a ouvert le paradis.

Quǽsumus, Auctor ómnium,
In hoc pascháli gáudio,
Ab omni mortis ímpetu
Tuum defénde pópulum.

O Dieu Créateur de toutes choses, nous vous prions, dans cette joie sainte que nous donne la solennité de Pâques, de défendre votre peuple contre toutes les attaques de la mort.

Glória tibi Dómine,
Qui surrexísti a mórtuis,
cum Patre et almo Spíritu,
in sempitérna sǽcula. Amen.

Gloire vous soit rendue, ô Seigneur, qui êtes ressuscité d’entre les morts : et soyez honoré avec le Père et le Saint-Esprit dans toute l’éternité. Ainsi soit-il.

« Christos anesti » à Saint-Pétersbourg

A 56’18, intéressante interprétation du tropaire de Pâques, en grec, ce matin, lors de la divine liturgie en l’église de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste du Palais de Tchesmé à Saint-Pétersbourg. (Une curieuse petite église rose bonbon construite en 1780 pour Catherine II. Elle a été rendue au culte et restaurée dans les années 1990, et l’on a retrouvé son iconostase intacte dans les… archives de la Marine…)