Sainte Lucie

Le corps de sainte Lucie, dans l’église Saint Jérémie de Venise. Comme tous les dix ans depuis 2004, il partira demain matin pour Syracuse où il restera jusqu’à la fin du mois.

Lucie est une des plus illustres vierges martyres de l’ancienne Église. Un jour, elle se rendait avec sa mère, qui souffrait d’un épanchement de sang, à Catane pour honorer le corps de sainte Agathe. Elle pria à son tombeau. Alors la sainte lui apparut en songe et la consola ainsi : « O vierge Lucie, pourquoi me demandes-tu ce que tu peux toi-même accorder à ta mère : ta foi aussi vient à son secours, c’est pourquoi elle est guérie. Tu as par ta virginité préparé à Dieu une demeure agréable » (Brév.). Elle obtint en effet la guérison de sa mère. Aussitôt, elle lui demanda la permission de rester vierge et de distribuer aux pauvres du Christ la dot qui devait lui revenir. A son retour à Syracuse, elle consacra aux pauvres tout le produit de la vente de ses biens. A cette nouvelle, un jeune homme auquel ses parents avaient, contre son gré, promis sa main, la dénonça comme chrétienne au gouverneur. « Tu parleras moins », lui dit le gouverneur, « quand une grêle de coups tombera sur toi. » « Les serviteurs de Dieu », répondit la vierge, « ne manquent jamais des mots qui conviennent, car c’est le Saint-Esprit qui parle par notre bouche. « Est-ce que le Saint-Esprit est en toi ? » lui demanda Paschasius. « Oui », répondit-elle, « tous ceux qui vivent avec piété et chasteté sont les temples du Saint-Esprit. » « C’est bien », reprit le gouverneur, « je te ferai conduire dans une maison de débauche pour que le Saint-Esprit s’éloigne de toi. » « Si tu me fais déshonorer malgré moi », répondit la vierge, « la couronne victorieuse de ma pureté sera doublée. » Enflammé de colère, le juge ordonna de conduire Lucie dans cette maison, mais Dieu la rendit tellement immobile qu’aucune force ne put la déplacer. Alors on versa sur elle de la poix et de la résine ainsi que de l’huile bouillante, mais comme tout cela ne lui causait aucun mal, on lui trancha la tête avec le glaive. C’est ainsi qu’elle acheva victorieusement son martyre.

Dom Pius Parsch

De la férie

L’hymne des laudes au temps de l’Avent, dans un chant qui n’est pas celui des livres liturgiques. (On entendra ici la version « normale » par les moines du Barroux, ou là par les moniales d’Argentan). Traduction de Lemaistre de Sacy.

Vox clara ecce íntonat,
obscúra quæque íncrepat:
pellántur éminus sómnia;
ab æthre Christus prómicat.

Une éclatante voix résonne à notre oreille.
Un vif rayon frappe nos yeux.
Quittons l’ombre et la nuit. Que tout homme s’éveille.
Jésus descend des cieux.

Mens jam resúrgat tórpida
quæ sorde exstat sáucia;
sidus refúlget jam novum,
ut tollat omne nóxium.

Qu’enfin l’âme abattue en sa langueur funeste
Espère après tant de travaux ;
Un nouvel astre brille et sa flamme céleste
Doit guérir tous nos maux.

E sursum Agnus míttitur
laxáre gratis débitum;
omnes pro indulgéntia
vocem demus cum lácrimis.

L’Agneau vient faire un don pour sauver les coupables
Que nul homme n’a mérité.
Allons, fondant en pleurs par nos cris lamentables
Implorer sa bonté.

Secúndo ut cum fúlserit
mundúmque horror cínxerit,
non pro reátu púniat,
sed nos pius tunc prótegat.

Afin qu’étant armé des traits de sa colère
Au grand et redoutable jour,
Oubliant qu’il est Juge, il nous montre en vrai Père
Des entrailles d’amour.

Summo Parénti glória
Natóque sit victória,
et Flámini laus débita
per sæculórum sæcula.
Amen.

Gloire au Père éternel, au Fils notre espérance,
A l’Esprit notre heureuse paix ;
Qu’ils règnent en ce jour qui jamais ne commence
Et ne finit jamais.

Saint Damase

Martyrologe :

A Rome, saint Damase Ier, pape et confesseur, qui condamna l’hérésiarque Apollinaire, et rétablit Pierre, évêque d’Alexandrie, qu’on avait chassé de son siège. Il découvrit les corps de nombreux saints martyrs, et orna leurs tombeaux d’inscriptions en vers.

Ce que dit Fernand Mouret dans son Histoire générale de l’Eglise sur l’apollinarisme :

Grâce à l’énergie et à l’activité d’Ambroise, en Occident comme en Orient, l’arianisme, poussé jusque dans ses derniers retranchements, était vaincu. Il n’en était pas de même d’une hérésie plus subtile, et pour laquelle l’évêque de Milan semble avoir voulu garder, de parti pris, plus de ménagements, l’apollinarisme. Les grands services rendus par Apollinaire le Jeune et par son vénérable père pendant la querelle trinitaire, leur courage pendant la persécution de Julien l’Apostat, imposaient à leur égard une réserve que n’avait pas méritée la perfidie arienne. D’ailleurs l’erreur apollinariste, dans son énoncé, ne soulevait pas un scandale pareil à celui qu’avait provoqué l’arianisme ; plusieurs de ses partisans étaient d’une incontestable bonne foi. La grande préoccupation d’Apollinaire, disait-on, avait été d’établir que le Christ est un Dieu fait homme, et non pas un homme fait Dieu. A l’encontre des ariens, qui ne voulaient voir en Jésus qu’un homme laissant pénétrer son intelligence et sa volonté par la Divinité, Apollinaire, ajoutait-on, a voulu montrer, dans le Christ, Dieu prenant un corps humain et l’animant de son amour, de sa volonté et de son intelligence, de manière à n’en faire plus qu’une seule personne, qu’un seul être, qu’une seule nature. Lorsqu’ils disaient cela, les disciples d’Apollinaire ne remarquaient pas, ou feignaient de ne pas remarquer, qu’en expliquant de cette sorte la divinité du Christ, ils arrivaient à nier l’intégrité de son humanité. Déjà, au concile d’Alexandrie, en 362, on leur avait objecté que le Sauveur n’avait pas un corps sans âme, sans intelligence… qu’Il n’était pas seulement venu sauver notre corps, mais notre intelligence, notre âme. En 374, dans son Anchoratos, et en 377 dans son Panarion, saint Epiphane avait dénoncé l’erreur nouvelle, lui opposant le symbole qu’on faisait réciter aux catéchumènes suspects : Le Verbe s’est fait homme, c’est-à-dire a pris une nature humaine parfaite : l’âme, le corps, l’esprit, tout ce qui constitue l’homme, hors le péché. On ne voyait pas encore alors, mais on put remarquer dans la suite que, par son insistance sur l’unité de l’être et de la nature, dans le Christ, Apollinaire préparait la voie à l’hérésie monophysite. Ce qui, en 382, appela plus spécialement l’attention sur l’apollinarisme, ce fut la prétention, affichée depuis quelques années par Apollinaire, de constituer ses partisans en communauté séparée, de conférer la dignité épiscopale à ses disciples préférés, de troubler l’Eglise par ses disputes. Le pape Damase convoqua à Rome un nouveau concile, auquel il invita l’épiscopat d’Orient en même temps que celui d’Occident. Les évêques grecs s’excusèrent, alléguant leurs occupations, qui ne leur permettaient pas de s’éloigner de leurs diocèses, et l’invitation qu’ils venaient de recevoir de la part de l’empereur à se réunir à Constantinople. Ils s’y réunirent en effet, confirmèrent les actes du concile de 381 et y ajoutèrent probablement deux canons qui ont été comptés plus tard comme les 5e et 6e du IIe concile œcuménique. Trois d’entre eux cependant s’étaient rendus à Rome et assistèrent au concile romain de 382.

Les actes de ce concile ne nous sont point parvenus ; nous savons seulement que l’hérésie des apollinaristes y fut condamnée et que Jérôme y joua, par la volonté de Damase, un rôle décisif.

Après la retraite de Grégoire de Nazianze, aucun lien puissant ne retenait Jérôme à Constantinople. La nouvelle que le pape allait réunir un concile à Rome, le décida à se diriger vers la Ville Eternelle. Il y revint mûri par l’âge, par l’étude, par les austères pénitences du désert, par l’expérience des hommes et des choses que lui avaient donnée les grandes controverses de l’Orient. Damase, qui avait sans doute manifesté le désir de son retour, fut heureux de pouvoir profiter de son immense érudition. Il ne tarda pas à en faire son secrétaire. J’eus souvent alors, écrit Jérôme, à répondre aux nombreuses consultations qui, de l’Orient et de l’Occident, étaient adressées au Siège apostolique. Le pape, désireux d’ouvrir une voie de conciliation aux apollinaristes, à ceux du moins qui, victimes d’un entraînement irréfléchi, subissaient la doctrine d’Apollinaire tout en s’alarmant de ses dangers, chargea Jérôme de rédiger une profession de foi, que signeraient les partisans de l’hérésie en rentrant dans l’Eglise. Une perfidie des apollinaristes irréductibles empêcha le succès de cette tactique. Rufin nous apprend que, Jérôme ayant employé, dans sa profession de foi, la formule Homo dominicus pour désigner le Christ, les hérétiques protestèrent contre cette expression. Le savant rédacteur exhiba alors un écrit de saint Athanase qui la contenait. Mais ses adversaires, s’emparant de l’écrit, y raturèrent l’expression contestée, et la transcrivirent de façon à faire croire à une fraude de Jérôme. Cet odieux procédé leur valut une violente diatribe, où Jérôme n’épargna pas aux faussaires les qualificatifs qu’ils méritaient ; mais les esprits étaient envenimés ; leur but était atteint ; il ne resta plus au concile que la tâche de condamner sans merci l’apollinarisme. Beaucoup d’apollinaristes restèrent irréductibles.

De la férie

L’hymne des matines au temps de l’Avent, par James J. Richardson (ServiamScores). Traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (Heures de Port-Royal).

Verbum supérnum pródiens
A Patre olim éxiens,
Qui natus orbi súbvenis
Cursu declívi témporis,

Verbe du Tout-Puissant né dans le sein du Père,
Éternel et Dieu comme lui,
Qui, pour tirer enfin l’homme de sa misère
Viens naître homme aujourd’hui,

Illúmina nunc péctora
Tuóque amóre cóncrema;
Audíto ut praecónio
Sint pulsa tandem lúbrica.

Fais que ta vérité dans nos armes rayonne,
Et que ton feu brûlant nos cœurs,
La voix de ton héraut qui dans les déserts tonne
Guérisse nos langueurs.

Judéxque cum post áderis
Rimári facta péctoris,
Reddens vicem pro ábditis
Justísque regnum pro bonis.

Et, lorsque découvrant les vertus ou le vice
Jusqu’au fond du cœur des humains,
Tu rendras en vrai juge aux méchants le supplice
Et la couronne aux saints.

Non demum arctémur malis
pro qualitáte críminis,
sed cum béatis cómpotes
simus perénnes cǽlibes.

Ne lance pas sur nous l’effroyable anathème,
Mais joins-nous à lui par ta bonté
À ceux dont l’œil doit voir de ton palais suprême
L’immortelle beauté.

Laus, honor, virtus, gloria,
Deo Patri et Fílio
Sancto simul Paráclito,
In sæculórum sǽcula. Amen.

Gloire au Père éternel, au Fils, notre espérance,
À l’Esprit, notre heureuse paix.
Qu’ils règnent en ce jour qui jamais ne commence
Et ne finit jamais.

Lundi de la deuxième semaine de l’Avent

L’hymne des vêpres au temps de l’Avent, dans sa version milanaise. Hymne typiquement ambrosienne, mais qui serait un peu plus tardive que saint Ambroise. Contrairement à la version romaine celle-ci n’est pas strictement syllabique. Traduction de Lemaistre de Sacy.

Cónditor alme síderum,
ætérna lux credéntium,
Christe, redémptor ómnium,
exáudi preces súpplicum.

Toi qui formas au ciel ces lampes éternelles
Qui parent la nuit de leurs feux,
Jésus, divin sauveur, clair flambeau des fidèles,
Entends nos humbles vœux.

Qui cóndolens intéritu
mortis períre sǽculum,
salvásti mundum lánguidum,
donans reis remédium.

Voyant avec douleur la mortelle nature
Esclave du roi des enfers
Tu descends pour guérir sa profonde blessure,
Et rompre tous ses fers.

Vergénte mundi véspere,
uti sponsus de thálamo,
egréssus honestíssima
Vírginis Matris cláusula.

Dans le déclin des temps sur le couchant du monde
Tu sors comme un nouvel époux
De ce lit nuptial d’une vierge féconde
Où tu te joins à nous.

Cujus forti poténtiæ
genu curvántur ómnia;
cæléstia, terréstria
nutu faténtur súbdita.

Ce qu’en son vaste rond tout l’univers enserre
Te révère comme son roi
Et, du haut des cieux jusqu’au fond de la terre
Tout fléchit devant toi.

Te deprecámur, hágie,
ventúre judex sǽculi,
consérva nos in témpore
hostis a telo pérfidi.

Ô grand juge, ô soutien qui dans ton jour terrible
Doit paraître au milieu des feux,
Viens combattre dans nous par ton bras invincible
Cet ange ténébreux.

Laus, honor, virtus, glória
Deo Patri, cum Fílio,
Sancto simul Paráclito,
in sæculórum sǽcula.

Gloire au Père éternel, au Fils, notre espérance,
À l’Esprit, notre heureuse paix.
Qu’ils règnent en ce jour qui jamais ne commence
Et ne finit jamais.