Saint Bonaventure

Début du chapitre II de son Explication des cérémonies de la Sainte Messe.

Le nom de messe vient de mittere, envoyer, et il exprime l’ambassade établie entre Dieu et les hommes. Dieu nous envoie Jésus-Christ, son Fils, sur l’autel, et l’Eglise fidèle envoie à son tour ce même Seigneur à son Père afin qu’il intercède pour les pécheurs.

Au commencement de la messe, le prêtre fait l’aveu de ses fautes ; car, bien qu’il soit l’envoyé et le légat des fidèles, il doit cependant savoir qu’il est pécheur et s’accuser de ses péchés, selon cette parole du Sage : « Le juste commence par s’accuser soi-même. » Cette confession marque aussi que Jésus-Christ est mort pour nos péchés, lui qui était juste pour les injustes, afin de nous offrir à Dieu. Et le Seigneur, parlant en la personne des pécheurs au livre des Psaumes, dit : « Le cri de mes péchés est cause que le salut est bien éloigné de moi. » Comme s’il eut voulu dire : Les péchés de mon peuple ne me permettent pas de vivre; mais il faut que je meure pour les pécheurs, et que je les offre à mon Père en les lui réconciliant.

Après la confession, le prêtre s’étant approché de l’autel, le baise, indiquant ainsi que par l’Incarnation et la Passion de Jésus-Christ, le salut et la paix ont été annoncés aux Juifs et aux Gentils convertis à la foi. Les Juifs sont désignés par le côté droit de l’autel, et les nations, par le côté gauche On commence la messe au côté droit parce que c’est de la race des Juifs que le Seigneur a pris notre humanité ; car la bienheureuse vierge Marie, qui a conçu Jésus-Christ par l’opération de l’Esprit-Saint, descendait de David.

Enfin le chœur ou le prêtre commence l’introït que tous les clercs doivent chanter debout et avec accord, car le mot chœur veut dire concorde, union. On répète l’introït, et par là on exprime le désir des anciens Pères en la personne desquels Isaïe a parlé ainsi de l’Incarnation du Sauveur si ardemment désirée par les Patriarches et les Prophètes : « O Dieu ! si vous vouliez ouvrir les cieux et en descendre ! » Le Seigneur écouta enfin ces soupirs : il vint en ce monde, selon cette parole du Psaume : « Je me lèverai maintenant à cause de la misère de ceux qui sont sans secours, et à cause du gémissement des pauvres, dit le Seigneur. »

L’introït est chanté deux fois pour nous marquer que celui qui devait venir serait à la fois Dieu et homme en une seule personne. Au milieu on y loue la sainte Trinité par le verset : Gloria Patri, etc., pour nous rappeler que Jésus-Christ étant né de la Vierge, a paru en ce monde afin de nous annoncer la foi en la Trinité, et qu’ensuite il s’est élevé de cette terre pour entrer de nouveau au ciel. Beaucoup de saints ont marché sur ses traces. Bien que venus au monde par la naissance commune à tous les hommes, bien qu’enfants de la nature humaine par leurs parents selon la chair, par la foi à la sainte Trinité, ils ont pris une naissance nouvelle dans le baptême ou dans l’effusion de leur sang pour Jésus-Christ, et ils sont entrés dans la société des anges.

Ainsi l’on chante neuf fois Kyrie eleïson parce que la dixième drachme, qui est notre nature et qui était perdue, a été réunie par l’Incarnation de Jésus-Christ aux neuf chœurs des anges.

Lorsque nous chantons le Kyrie, nous provoquons la miséricorde de notre Dieu et nous le conjurons de prendre pitié de nous. Par ces mots : Kyrie eleïson, nous nous écrions : Seigneur Dieu le Père, ayez pitié de nous. Les suivants : Christe eleïson, signifient : Jésus, fils de David, ayez pitié de nous. Et ces derniers : Kyrie eleison, veulent dire : Esprit-Saint, ayez pitié de nous. Le mot grec a la signification que nous venons d’exprimer. L’Eglise catholique semble donc s’écrier : « Père saint qui avez envoyé votre Fils afin qu’il naquît de la Vierge, ayez pitié de nous, et réunissez-nous aux neuf chœurs des anges. Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui avez daigné naître de la vierge Marie, ayez pitié de nous. Esprit-Saint, qui avez rempli Marie de votre grâce lorsqu’elle conçut le Sauveur, ayez pitié de nous. » C’est ainsi que par ces mots Kyrie eleïson, Christe eleïson, nous invoquons la Trinité.

De la férie

Au martyrologe, en troisième position :

In Macedónia beáti Silæ, qui, cum esset unus de primis frátribus et ab Apóstolis ad Ecclésias Géntium, una cum Paulo et Bárnaba, destinátus, prædicatiónis offícium, grátia Dei plenus, instánter consummávit, atque, in passiónibus suis Christum claríficans, póstmodum requiévit.

En Macédoine, le bienheureux Silas. L’un des premiers entre les frères, et désigné par les Apôtres à aller avec saints Paul et Barnabé, vers les églises des Gentils, il accomplit sa mission de prédicateur avec tout le zèle d’un homme rempli de la grâce de Dieu et, glorifiant le Christ par ses souffrances, il s’endormit dans la paix.

Fresque de Théophane le Crétois, monastère Saint-Nicolas Anapafsas, Météores, 1527.

Dans la liturgie byzantine, Silas est commémoré en même temps que quatre autres des 70 disciples : Silvain, Crescent, Epénète et Andronique, le 30 juillet. Voici les tropaires qui évoquent spécifiquement Silas, dans la quatrième ode du canon des matines.

Στηρίζων, παρειμένας ἔνδοξε, διανοίας τῷ λόγῳ Σίλα, σὺν Παύλῳ τῷ κήρυκι, πεπόρευσαι εἰς πάντα κόσμον, πολλοῖς πειρασμοῖς περιαντλούμενος, καὶ τὸν Σωτῆρα ἅπασι κηρύττων τρανῶς.

Par ta parole, glorieux Silas affermissant les esprits paralysés, avec saint Paul tu es allé, parcourant le monde entier et, de nombreux périls environné, tu prêchas à tous le Sauveur.

Μεγίστοις ἀγαθοῖς κοσμούμενος, συμπεπόρευσαι ἐξ Ἑῴας, μέχρις αὐτῆς Δύσεως, ὥσπερ ἀκτίς, τῷ Παύλῳ Σίλα σοφέ, φωταυγὴς ἡλίῳ πέλοντι, καὶ τῶν ἐθνῶν καρδίας ἐφωτίσατε.

Doué des plus grandes qualités, tu fis route avec saint Paul, du Levant jusqu’au Couchant, comme un rayon de ce brillant soleil et tu as illuminé les cœurs des païens, saint apôtre Silas.

7e dimanche après la Pentecôte

Introit :

Omnes gentes, pláudite mánibus : jubiláte Deo in voce exsultatiónis.
. Quóniam Dóminus excélsus, terríbilis : Rex magnus super omnem terram.

Nations, frappez toutes des mains ; célébrez Dieu par des cris d’allégresse.
. Car le Seigneur est très haut et terrible, roi suprême sur toute la terre.

(Chanté par les moines de Triors.)

Collecte :

Deus, cujus providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas.

Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux.

L’introït est tiré du psaume 46, qui prélude à la rédemption messianique universelle, sans barrières nationales. « Vous tous, ô peuples, battez des mains, jubilez à Dieu avec des hymnes de gloire, parce que le Seigneur s’est montré le Très-Haut, le terrible, le souverain Dominateur sur la terre. » Le Très-Haut, parce que son conseil de paix est impénétrable aux démons, qui n’ont pas pu y mettre obstacle ; terrible, parce qu’il a causé la perte de Satan dans l’effort suprême que celui-ci faisait pour étendre son domaine sur Lui, innocent, en le frappant de mort ignominieuse : « O mors, ero mors tua, morsus tuus ero, o inferne » ainsi qu’il en avait déjà menacé le démon par l’intermédiaire du prophète Osée ; le souverain Dominateur sur la terre, parce que le divin Crucifié étend ses pacifiques conquêtes sur tous les peuples et les enrôle dans ses milices, ne contraignant pas mais persuadant, avec les suaves procédés de l’amour. Ainsi le service même que l’homme prête à Dieu, non seulement est l’unique qui convienne à la majesté du Seigneur, qui est Esprit et veut être adoré en esprit et en vérité, mais il est aussi celui qui convient le mieux à la noblesse et à la dignité de la nature humaine, dont il sauvegarde toujours les exigences naturelles. En effet, la foi ne rabaisse pas, mais au contraire élève à d’inaccessibles régions surnaturelles la raison humaine, et la charité de Dieu, loin de faire violence au libre arbitre, rend son acte plus libre, plus volontaire, plus énergique, puisque rien ne peut être plus voulu et plus dignement voulu par la créature raisonnable que Celui qui se définissait à Abraham : Omne bonum. La collecte de ce jour touche précisément la question des rapports entre la liberté de notre vouloir et l’indéfectibilité de la divine Providence, dont les desseins ne peuvent faillir. La sainte liturgie, pour être populaire, ne peut faire ici une dissertation théologique relative à la conciliation entre ces deux mystères, c’est-à-dire entre le cœur humain et le Cœur de Dieu. Toutefois, étant donné qu’il est impossible que la divine prédestination vienne à faillir, la liturgie en indique d’une manière simple et populaire le mode même. Dieu veut nous sauver. Eh bien ! Pour atteindre ce but, il écarte de notre chemin les obstacles, et il nous donne toutes ces grâces qu’il sait nous être nécessaires et efficaces pour persévérer dans notre sainte vocation à la vie éternelle.

Bienheureux cardinal Schuster

De la Sainte Vierge le samedi

Sit vobis tamquam in imágine descrípta virgínitas vitáque beátæ Maríæ, de qua, velut in spéculo, refúlget spécies castitátis et forma virtútis. Hinc sumátis licet exémpla vivéndi, ubi tamquam in exemplári, magistéria expréssa probitátis, quid corrígere, quid effúgere, quid tenére debeátis, osténdunt. Primus discéndi ardor nobílitas est magístri. Quid nobílius Dei Matre ? Quid splendídius ea, quam spiendor elégit? Quid cástius ea, quæ corpus sine córporis contagióne generávit ? Nam de céteris eius virtútibus quid loquar ? Virgo erat non solum córpore, sed étiam mente, quæ nullo doli ámbitu sincérum adulteráret afféctum.

Contemplez, comme une image dessinée devant vous, la virginité et la vie de la bienheureuse Marie. Comme en un miroir, y resplendit, éclatant, un exemple de chasteté, un modèle de vertu. Vous trouverez là les normes de votre conduite et, comme tracés d’avance pour vous, de clairs enseignements de vie irréprochable qui vous diront ce qu’il faut corriger, éviter, observer. Le meilleur stimulant pour apprendre, c’est l’excellence du maître. Or, qui est plus excellent que la Mère de Dieu ? Qui est plus splendide qu’elle ? La splendeur elle-même l’a choisie. Qui est plus chaste qu’elle ? Son corps a enfanté sans commerce charnel. Et que dire de ses autres vertus ? Vierge, elle l’était, non seulement dans son corps, mais aussi dans son âme, où nul fourbe calcul n’a jamais corrompu la pure vigueur de l’amour.

Du livre de saint Ambroise sur les vierges, II, 2, leçon des matines.

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Le 11 juillet dans le calendrier russe on commémore l’arrivée à Moscou (en 1661) de la copie de l’icône de la Mère de Dieu à trois mains (Троеручица) demandée par le patriarche Nikon au monastère de Hilandar de l’Athos. Selon la tradition, l’empereur iconoclaste Léon III accusa, devant le calife de Damas, saint Jean Damascène de trahison pour avoir vénéré les icônes. Le calife lui coupa la main droite. Saint Jean Damascène supplia la Mère de Dieu de lui rendre sa main, qui ne travaillerait plus dès lors que pour chanter ses louanges. Il vit la mère de Dieu en songe, et à son réveil sa main était rétablie. Il peignit alors une icône, et en ex voto y plaça une main en argent. Et en action de grâce il composa l’hymne magnifique « En toi se réjouit toute créature », devenu le mégalynaire de la divine liturgie de saint Basile. Au fil du temps les iconographes ont fini par représenter la main d’argent comme une troisième main de la Mère de Dieu. En 1722 le Saint-Synode de l’Eglise russe interdit cette image et plusieurs autres « inventions fantaisistes qui bafouent les saints modèles originels et exposent la Sainte Église au mépris des hérétiques ». Mais l’interdiction ne fut pas du tout respectée. Ci-dessus l’icône du monastère de l’Athos, avec la main d’argent et non la « troisième main » de la Mère de Dieu.

Les 7 frères martyrs

Cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne.

La leçon des matines est le début de l’homélie de saint Grégoire le Grand pour la fête de la mère des martyrs, sainte Félicité. J’ai donné ce texte en 2023, la suite en 2024. En voici la fin.

Considérons cette femme, mes frères, et considérons ce que nous pèserons en face d’elle, nous qui sommes virils par le corps. Souvent, quand nous nous proposons de faire du bien, il suffit d’un mot, même insignifiant, jailli à notre encontre de la bouche d’un moqueur, pour que notre résolution d’agir fléchisse aussitôt, et que, démontés, nous reculions. Voici qu’en de nombreux cas, des paroles nous retiennent d’accomplir une bonne œuvre, alors que même les tortures n’ont pu fléchir Félicité dans ses saintes résolutions. Nous, nous sommes arrêtés par le souffle léger d’un mot méchant ; elle, c’est par le glaive qu’elle s’est élancée vers le Royaume, négligeant comme néant ce qui s’opposait à sa résolution. Nous, nous ne voulons pas nous conformer aux commandements du Seigneur en faisant l’aumône de nos biens, même si nous en avons trop ; elle, non seulement elle a apporté à Dieu sa fortune, mais elle a donné aussi pour lui sa propre chair. Nous, quand nous perdons nos enfants par la volonté divine, nous pleurons sans pouvoir être consolés ; elle, elle les aurait pleurés comme morts si elle ne les avait pas offerts.

Lorsque viendra le Juge rigoureux pour le terrible examen, que pourrons-nous dire, nous les hommes, à la vue de la gloire de cette femme ? En quoi la faiblesse de leur cœur excusera-t-elle les hommes, quand on leur montrera cette femme qui, outre le monde, a vaincu son sexe ? Suivons donc, frères très chers, la voie austère et rude du Rédempteur : la pratique des vertus l’a si bien aplanie que des femmes prennent plaisir à l’emprunter. Méprisons tous les biens de la vie présente ; ils sont sans valeur, puisqu’ils peuvent passer. Ayons honte d’aimer ce que nous sommes assurés de perdre très vite. Ne nous laissons pas dominer par l’amour des choses terrestres, ni enfler par l’orgueil, ni déchirer par la colère, ni souiller par la luxure, ni consumer par l’envie.

C’est pour l’amour de nous, frères très chers, que notre Rédempteur est mort ; apprenons aussi à nous vaincre nous-mêmes pour l’amour de lui. Si nous savons le faire parfaitement, non seulement nous échapperons au châtiment qui nous menace, mais nous recevrons la récompense de la gloire avec les martyrs. Car bien que nous ne soyons pas persécutés, la paix connaît elle aussi son genre de martyre : même si nous n’offrons pas au fer notre tête en chair et en os, nous portons pourtant le glaive spirituel en notre âme pour y mettre à mort les désirs charnels. Que Dieu nous vienne en aide…

On notera « Méprisons tous les biens de la vie présente ». Despiciamus cuncta præsentia. C’est un lieu commun de la prédication des pères de l’Eglise, mais c’est banni de la néo-liturgie. Toutes les oraisons qui le disaient ont été supprimées ou modifiées. C’est un des éléments qui montrent que la néo-liturgie n’est pas catholique.