Saint Félix de Valois

Deus, qui beátum Felicem Confessórem tuum ex eremo ad munus rediméndi captívos cǽlitus vocáre dignátus es : præsta, quǽsumus ; ut per grátiam tuam ex peccatórum nostrórum captivitáte, eius intercessióne, liberáti, ad cæléstem pátriam perducámur.

O Dieu, qui, par une inspiration céleste, avez daigné appeler votre bienheureux Confesseur Félix, de la solitude du désert à l’œuvre du rachat des captifs ; faites, s’il vous plaît, que son intercession nous obtienne de vous la grâce d’être délivrés de l’esclavage de nos péchés, et de parvenir à la patrie céleste.

Sur saint Félix de Valois, voir notamment

• Le saint qui n’a pas existé mais qui s’incruste.

• ut peccatorum nostrorum captivitate liberati.

• Saint Félix de Valois en Bohême.

• Saint Félix de Valois à Prague.

• Saint Félix de Valois au Portugal.

Sainte Elisabeth de Hongrie

Sur sainte Elisabeth de Hongrie, voir ici.

On lit aussi au martyrologe :

A Césarée de Cappadoce, saint Barlaam martyr. Quoiqu’ignorant et inculte, il triompha du tyran par la Sagesse dont le Christ le remplit ; il surmonta même la violence du feu par la constance invincible de sa Foi. En son jour anniversaire saint Basile le Grand prononça un célèbre discours.

Voici la fin de l’homélie de saint Basile le Grand (évêque de Césarée) :

C’était avec ces sentiments que notre saint villageois recevait les coups de fouet que la cruauté d’un tyran multipliait à l’infini. Il s’imaginait que cette grêle de coups était une pluie de roses qu’une main obligeante faisait tomber sur lui : la fureur de ce juge ne lui semblait tout au plus qu’une légère fumée qui se dissipe aussitôt ; les mines menaçantes des bourreaux le faisaient rire; et tout cet appareil de supplices qui environne toujours les tyrans lui paraissait un parterre de toutes sortes de fleurs. Il regardait comme des marques honorables les plaies dont il était couvert, il les recevait avec une joie aussi empressée que si c’eût été des prix. Les épées nues, les haches, les coutelas, tous ces instruments qu’il voyait teints du sang des martyrs ne lui faisaient point de peur : il se plaignait que les mains des bourreaux n’avaient pas plus de force que si elles eussent été de cire. Il embrassa de tout son cœur le chevalet. Quand on le conduisit en prison, il crut qu’on l’avait fait entrer dans une prairie délicieuse. Enfin sa main résista à toute la violence du feu et son invincible patience rendit inutile la dernière machine que ses ennemis avaient dressée contre lui. Car l’ayant mené devant un autel, où on avait allumé du feu pour un sacrifice, ils lui prirent la main et la remplirent d’encens tout brûlant ; et la tenant immédiatement au-dessus du feu, ils espéraient que, ne pouvant en endurer l’ardeur, il retirerait sa main avec précipitation, et laisserait tomber l’encens sur l’autel. Oh ! que les méchants ont de sortes de ruses ! Combien de ressorts ne font-ils point jouer pour venir à leurs fins ! Puisque nous n’avons pu, disent-ils, réduire cet homme à faire ce que vous voulions, quoique tout son corps ne soit qu’une plaie, essayons si le feu le rendra plus traitable : il a démonté toutes nos machines, voyons si sa main sera à l’épreuve des flammes. Misérables, votre espérance sera vaine. Il est vrai que le feu n’épargnera pas sa main, il agira sur elle avec sa violence accoutumée, mais elle le supportera comme la cendre le supporte ; elle le conservera comme la cendre le conserve. Notre intrépide soldat ne tourne point le dos à l’ennemi, il lui tient tête, il le combat de front, et il chante, pour s’animer, ces paroles du Prophète : « Béni soit le Seigneur qui dresse mon bras pour la guerre et forme ma main au combat. » La main de Barlaam et le feu étaient donc les combattants, mais le feu avait tout le désavantage. Voici une nouvelle manière de vaincre. Le feu perce la main du martyr et la pénètre ; et la main demeure étendue, et n’abandonne point le champ de bataille. O main plus opiniâtre que le feu ! ô main que le feu le plus âpre ne peut obliger à se rendre ! O toi, qui de tous les éléments es le moins endurant, toi qui ne trouves jamais de résistance, comment cèdes-tu à la main d’un homme ? Tu fais perdre au fer sa dureté ; l’airain ne peut tenir contre ton activité, les pierres se calcinent, sont réduites en poudre par ta chaleur ; et la main d’un martyr au milieu des flammes te méprise, toi le vainqueur du fer, de l’airain et du marbre. Sans doute il s’écria alors avec David : « Tu m’as pris par la main, Tu m’as conduit selon ta Volonté et Tu m’as fait après entrer dans la gloire. »

Mais comment osé-je entreprendre de parler de ce héros avec une langue qui ne sait que bégayer. Cédons cet honneur à celles qui le peuvent louer dignement. Embouchez la trompette, illustres panégyristes, accourez ici, et publiez les louanges de cet invincible martyr. Venez aussi, peintres éloquents, vous qui donnez l’immortalité à vos figures : représentez-nous notre martyr, employez toute la finesse de votre art à bien marquer surtout cette main brûlée ; finissez cette ébauche que je viens de donner, et rehaussez par l’éclat de vos couleurs le sombre crayon que j’en ai tracé. Que le tableau que vous ferez du combat et de la victoire de notre illustre athlète efface, j’y consens, le peu que j’en ai peint : je ne serai point jaloux de votre gloire, et je vous céderai avec joie celle de savoir mieux peindre que moi.

Dédicace des basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul

L’hymne des vêpres et des matines de la dédicace des églises, par les moines de Saint-Wandrille, traduction Bossuet.

Urbs Jerusalem beata,
Dicta pacis visio,
Quae construitur in caelis
Vivis ex lapidibus,
Et Angelis coronata,
Ut sponsata comite.

Heureuse cité de Jérusalem, dont le nom signifie Vision de la paix, et qui êtes environnée d’anges, comme une épouse des amis de son époux !

Nova veniens e caelo,
Nuptiali thalamo
Praeparata, ut sponsata
Copuletur Domino :
Plateae et muri ejus
Ex auro purissimo.

Elle descend du ciel renouvelée par la grâce, et parée pour être conduite dans sa chambre nuptiale comme la chère épouse de Jésus-Christ. Ses places publiques et ses murailles sont de fin or.

Portae nitent margaritis
Adytis patentibus :
Et virtute meritorum
Illuc introducitur
Omnis qui ob Christi nomen
Hic in mundo premitur.

Ses portes toujours ouvertes brillent de pierreries ; et celui qui souffre en ce monde pour l’amour de Jésus-Christ, y est reçu par la vertu de ses mérites.

Tunsionibus, pressuris
Expoliti lapides,
Suis coaptantur locis
Per manus artificis,
Disponuntur permansuri
Sacris aedificiis.

Les pierres vivantes dont elle est bâtie, sont taillées et polies par les souffrances et les persécutions, et placées chacune en son lieu par les mains de l’architecte, pour demeurer éternellement dans cet édifice sacré.

Gloria et honor Deo
Usquequaque altissimo,
Una Patri, Filioque,
Inclyto Paraclito,
Cui laus est et potestas
Per aeterna saecula. Amen.

Gloire et honneur à jamais au Dieu très-haut, Père, Fils, et Saint-Esprit ; louange et puissance à Dieu dans toute l’éternité. Ainsi soit-il.

26e dimanche après la Pentecôte

« Il leur proposa une autre parabole en disant : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé. » Comme Jésus-Christ leur avait déjà dit que les trois quarts de la semence s’étaient perdus, et que la quatrième partie restante avait encore souffert un grand dommage, ils devaient être portés à s’effrayer et à dire: Qui seront donc ceux qui croiront, et combien y en aura-t-il peu qui seront sauvés ? C’est à cette crainte que Jésus-Christ veut remédier par la parabole du grain de sénevé à l’aide de laquelle il raffermit leur foi et leur fait voir l’Evangile s’étendant sur toute la terre. Il choisit pour cela la comparaison de cette semence qui représente parfaitement cette vérité.

« Elle est la plus petite de toutes les semences ; mais lorsqu’elle a cru elle est plus grande que toutes les autres, et devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches. » Cette dernière circonstance est un indice de grandeur. Or, telle sera la prédication de l’Evangile. Et en effet, ceux qui l’ont prêché étaient bien les plus humbles des hommes, mais comme il y avait en eux une grande vertu, leur prédication s’est étendue sur toute la terre.

Après cette parabole, il leur propose celle du levain :

« Le royaume des cieux est semblable au levain qu’une femme prend et met dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. » Comme ce levain répand sa force invisible dans toute cette pâte, vous de même, mes disciples, vous changerez et vous convertirez le monde entier.

Mais considérez ici la sagesse du Sauveur. Il tire toutes ses comparaisons des choses ordinaires et naturelles, pour marquer que si la nature dans ses ouvrages agit certainement et infailliblement, lui qui est le maître de la nature agira de même.

Et ne dites point : Que pourrons-nous faire n’étant que douze, lorsque nous serons mêlés avec tout un monde ? Car c’est en cela même qu’éclatera votre force, qu’étant mêlés avec le monde, vous vaincrez le monde. Comme le levain ne montre sa force que lorsqu’on l’approche de la pâte, et que non seulement on l’en approche, mais qu’on l’y mêle et qu’on l’y confond, puisque non-seulement cette femme l’y met, mais qu’elle « l’y cache », de même, lorsque vous serez au milieu des peuples et qu’ils vous environneront de toutes parts pour vous perdre, ce sera alors que vous en serez les vainqueurs. Et comme le levain se répand dans toute la pâte sans rien perdre de sa force, mais que peu à peu, il la change toute en lui-même, votre prédication aussi changera tous les peuples et les rendra semblables à vous. Ne craignez donc point tous les maux que je vous prédis. Tous ces obstacles seront votre gloire et vous surmonterez tous vos ennemis.

Ce qui a été une fois pénétré par le levain se change en levain. La prédication est comme une étincelle de feu qui s’attache à un bois sec. Elle l’enflamme premièrement et fait qu’il brûle ensuite le bois le plus vert. Jésus-Christ néanmoins ne se sert pas de cette comparaison du feu, mais de celle du levain, parce que lorsqu’un bois sec est embrasé, sa sécheresse est cause en partie de ce qu’il brûle, au lieu que c’est le levain qui fait tout dans le changement qu’il cause dans la pâte.

Que si douze hommes autrefois ont été le levain qui a changé et sanctifié toute la terre, jugez, mes frères, quelle doit être notre corruption et notre lâcheté, si maintenant que nous sommes un si grand nombre de chrétiens, nous ne pouvons servir de levain pour convertir ce qui reste, nous qui devrions être assez saints pour servir à la conversion de dix mille mondes !

Saint Jean Chrysostome, 46e homélie sur l’évangile de saint Matthieu.

Sainte Gertrude

Elle devait un matin participer aux saints mystères, et repassait en son esprit les divers bienfaits de Dieu à son égard, lorsqu’elle se souvint du passage du livre des Rois : « Quis ego sum aut quae domus patris mei ? Qui suis-je, et qu’est la maison de mon père ? » (I Rois xviii, 18). Ne s’arrêtant pas à méditer ces paroles : « Qu’est la maison de mon père », comme si elles regardaient ces gens qui ont vécu en leur temps, selon l’ordre établi par Dieu, elle se considéra elle-même comme une tendre plante placée à proximité du Cœur divin tout brûlant d’amour, afin d’en recevoir la douce influence. Mais presque toute consumée par suite de ses fautes et de ses négligences, elle était prête à tomber en cendres et ressemblait déjà au petit charbon éteint qui gît sur le sol. Elle invoqua alors Jésus-Christ le Fils de Dieu, médiateur plein de bonté, et le pria de la purifier et de la présenter à Dieu le Père. Le Seigneur parut l’attirer vers lui par l’influence amoureuse de son Cœur transpercé, la laver dans l’eau qui en découlait, et l’arroser du sang précieux et vivifiant de sa blessure sacrée. Cette opération ralluma le petit charbon. Il se changea bientôt en un arbre verdoyant dont les branches se partageaient en trois comme nous le voyons dans la fleur du lis. Le Fils de Dieu prenant cet arbre, le présenta avec joie et révérence à la très sainte Trinité, qui daigna s’incliner avec grande bienveillance : Dieu le Père en vertu de sa toute-puissance attacha sur les rameaux les plus élevés tous les fruits que cette âme eût produits si elle s’était prêtée complètement aux desseins de la divine. Providence. De même le Fils de Dieu et le Saint-Esprit parurent déposer sur les deux autres branches les fruits de la Sagesse et de l’Amour.

Après avoir reçu le corps du Christ, elle vit son âme sous la forme d’un arbre qui aurait sa racine plantée dans la blessure do sacré côté de Notre-Seigneur, et sentit d’une façon admirable que l’arbre puisait en cette plaie bénie une sève merveilleuse, qui de la racine montait dans les branches, les feuilles et les fruits, pour leur communiquer la vertu de la Divinité et de l’Humanité de Jésus-Christ. Ainsi la très sainte vie du Seigneur prenait en cette âme un nouvel éclat, comme l’or parait plus brillant à travers le cristal. La bienheureuse Trinité et tous les saints ressentirent à cette vue une joie merveilleusement douce. Les saints se levèrent pleins de respect, fléchirent les genoux et présentèrent chacun leurs mérites en forme de couronnes qu’ils suspendirent aux rameaux de l’arbre. Ils voulaient par cet hommage glorifier et louer Celui qui daignait resplendir à travers sa créature et procurer ainsi â tous les saints une nouvelle jouissance.

Celle-ci pria ensuite pour tous ceux qui, au ciel, sur la terre et dans le purgatoire auraient reçu quelque profit de ses bonnes œuvres, si elle ne s’était montrée négligente, et demanda qu’ils eussent part aux biens dont son âme venait d’être enrichie par la divine Bonté. Aussitôt ses œuvres, figurées par les fruits de l’arbre, commencèrent à distiller une précieuse liqueur dont une partie se répandit sur les habitants du ciel et augmenta leurs joies ; une autre partie s’écoula dans le purgatoire pour adoucir les peines des âmes souffrantes ; la troisième s’épancha sur la terre et donna aux justes les consolations de la grâce, aux pécheurs les amertumes salutaires de la pénitence.

Le héraut de l’amour divin, III, 18.