Un sous-fifre de la dictature nommé William Medley

On lira ci-dessous la très intéressante et très révélatrice lettre de l’évêque d’Oswensboro, dans le Kentucky, par laquelle il donne l’ordre à un prêtre d’arrêter de célébrer la messe traditionnelle. Il rappelle très bien et en détail ce qu’est la dictature liturgique actuelle, et qu’elle est toujours en vigueur.  On goûtera la « permission exceptionnelle » généreusement donnée au prêtre de célébrer la messe de Paul VI ad orientem…

Pendant ce temps-là, un autre évêque américain, Mgr Michael Burbidge, d’Arlington en Virginie, annonce la création, au 1er juillet, de la chapellenie Notre-Dame-de-la-Victoire, administrée par deux prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre « pour répondre aux besoins des fidèles qui assistent à la messe et reçoivent les autres sacrements selon la forme extraordinaire ». Or il n’y a plus de « forme extraordinaire » depuis Traditionis custodes, texte par lequel sont formellement interdits les autres sacrements traditionnels, seule la messe pouvant être célébrée selon des conditions draconiennes et en dehors des paroisses.

Bref, c’est l’anarchie.

Cher P. Kennedy,

Je vous remercie de me donner l’opportunité d’évoquer la célébration de la Messe selon le Missel Romain de 1962. J’ai passé en revue ma correspondance avec le Saint-Siège datant de 2023 o il était indiqué : “Si, à l’issue de cette période, vous souhaitez renouveler cette autorisation, vous devrez nous envoyer une nouvelle relatio accompagnée de votre demande. Cette relatio devra contenir des détails sur le nombre de participants à ces messes, et elle devra exposer les mesures qui ont été prises pour conduire les fidèles attachés à la liturgie antérieure vers la célébration de la liturgie selon les livres liturgiques réformés par décret du Concile Vatican II et qui constituent l’expression unique de la lex orandi du rite romain.”

N’étant pas en mesure de démontrer que cette condition a été remplie, je ne suis pas habilité à demander une prolongation de l’instruction du Saint-Siège, et je vous ordonne de ne plus célébrer la messe selon le Missel Romain de 1962 après le 30 juin 2026.

Je sais que, dans certains diocèses, les fidèles qui ont manifesté une préférence pour la messe célébrée en latin ont accepté la messe du Novus Ordo célébrée en latin.

J’ai confiance qu’entre maintenant et le 1er juillet vous pourrez vous procurer un Missel de Paul VI en latin. Je vous accorderai la permission exceptionnelle de célébrer cette Messe ad orientem.

Comme nous en avons discuté, j’ai laissé s’écouler près d’un an depuis la réception de cet accord du Saint-Siège. Je l’ai fait en hommage au pape François. J’ai autorisé la poursuite de la messe traditionnelle en latin après l’élection du pape Léon XIV afin de voir s’il reconsidérerait la question de la messe célébrée dans les églises paroissiales. Après plus d’un an, et à la suite du consistoire du Collège des cardinaux de janvier, au cours duquel ceux-ci ont expressément choisi de ne pas réexaminer Traditionis custodes, je me sens tenu, en tant qu’évêque, d’agir conformément aux directives du Saint-Siège.

En ce qui concerne les fidèles qui pourraient s’opposer à cette directive, vous pouvez bien sûr me les adresser, mais veuillez préciser que j’agis conformément à la promesse que j’ai faite au Pape, l’évêque de Rome.

Je vous suis reconnaissant pour votre ministère auprès de cette petite et unique communauté. Et je vous assure de mes prières pour eux et pour vos, et veuillez tous prier pour moi.

4e dimanche après la Pentecôte

Du moment que le Seigneur, par des miracles divers, eut rendu la santé à beaucoup de malades, la foule de ceux qui désiraient ardemment des guérisons ne se laissa plus arrêter par les difficultés de temps et de lieux. La soirée s’avançait et ils le suivaient encore. Près du lac, la foule accourt, le presse, si bien qu’il se voit obligé de monter dans la barque de Pierre.

Cette barque, saint Matthieu nous la représente battue des flots, et saint Luc nous la montre remplie de poissons, ce qui vous dépeint les fluctuations de l’Église à son berceau, et sa prodigieuse fécondité dans la suite.

Les poissons figurent ceux qui naviguent sur l’océan de cette vie. Dans le premier cas, le Christ sommeille encore pour ses disciples ; dans le second, il commande en maître : Jésus dort en effet dans les âmes tièdes, et il veille dans les âmes parfaites. Elle ne court aucun danger, la barque qui porte la sagesse, d’où la trahison est absente et qui vogue au souffle de la foi. Et que pourrait-elle craindre, ayant pour pilote celui en qui l’Église est affermie ? Le péril se rencontre où il y a peu de foi : ici, sécurité, car l’amour est parfait.

Et pendant que les autres disciples ont ordre de jeter leurs filets, à Pierre seul il est dit : « Avance en pleine mer », c’est-à-dire, pénètre au profond de la doctrine. En effet, quoi de plus profond que de découvrir l’abîme des richesses célestes, de connaître le Fils de Dieu et de confesser sa génération divine ? Génération que l’esprit humain ne peut sans doute pleinement comprendre par les investigations de sa raison, mais que la plénitude étreint cependant.

Car bien qu’il ne me soit pas donné de savoir comment il est engendré de Dieu, néanmoins il ne m’est pas permis d’ignorer qu’il est engendré de Dieu. J’ignore le mode de sa génération, mais j’en connais le principe. Nous n’étions pas là, lorsque le Fils de Dieu était engendré du Père, mais nous étions là, lorsque le Père l’appelait Fils de Dieu. Si nous ne croyons pas même à Dieu, à qui croirons-nous ? Car tout ce que nous croyons, c’est par la vue ou par l’ouïe que nous le croyons. La vue est parfois trompée ; l’ouïe est sûre en matière de foi.

Saint Ambroise, commentaire de l’évangile de saint Luc, leçons des matines monastiques.

De la Sainte Vierge le samedi

O beáta María, quis tibi digne váleat jura gratiárum ac laudum præcónia impéndere, quæ singulári tuo assénsu mundo succurrísti pérdito ? Quas tibi laudes fragílitas humáni géneris persólvat, quæ solo tuo commércio recuperándi áditum invénit ? Accipe ítaque quascúmque exíles, quascúmque méritis tuis ímpares gratiárum actiónes: et cum suscéperis vota, culpas nostras orándo excúsa. Admítte nostras preces intra sacrárium exauditiónis, repórta nobis antídotum reconciliatiónis.

O bienheureuse Marie, qui pourra jamais te payer en retour, proclamer ta louange et t’offrir une action de grâces digne de toi qui, par ton seul consentement, as secouru le monde voué à sa perte ? De quel tribut de louanges peut s’acquitter l’humaine fragilité alors qu’à ta seule intervention, elle doit d’avoir retrouvé le libre accès qu’il fallait regagner ? Reçois cependant nos actions de grâces, telles qu’elles sont, chétives et indignes de toi. Et tandis que tu accueilles nos vœux, par ton intercession, daigne excuser nos fautes. Introduis nos prières jusqu’au sanctuaire de l’exaucement, rapporte-nous la réconciliation salutaire.

Leçon des matines. Indiquée dans le bréviaire monastique de 1963 comme venant d’un « Sermon de saint Augustin pour l’Annonciation (De sanctis 18 n°5)« . En fait ce texte vient d’un sermon « supposé » de saint Augustin pour l’Assomption (De sanctis 208, 11), et est en réalité de saint Césaire d’Arles (selon Migne).

Mosaïque de la cathédrale Saint-Sophie de Kiev (XIe siècle), interdite au culte, « musée du christianisme en Ukraine ».

Sainte Julienne Falconieri

Nièce de saint Alexis Falconieri, un des sept fondateurs des Servites, née en 1270, morte le 19 juin 1341, Julienne Falconieri fonda la branche féminine des Servites, les Mantellates.

Elle fut canonisée en 1737 par Clément XII. Son office et sa messe sont du commun des vierges, sauf la collecte, et l’hymne des vêpres et des matines, qui est de Francesco Lorenzini. Célèbre poète de l’époque, dès ses 20 ans il se fit connaître comme librettiste pour des mélodrames tirés de la Bible pour l’Oratoire du Très Saint Crucifix. Ce qui lui valut de devenir membre de l’Académie de l’Arcadie à 25 ans, puis d’en être le « custode général » de 1728 à sa mort en 1743. (Les membres de l’Académie – ils furent jusqu’à 3.900 – devaient prendre un pseudonyme « pastoral » et mener une vie digne de l’Arcadie…) En 1735 il installa un théâtre dans sa demeure, l’Academia latina, où il faisait jouer Plaute, Térence, Cicéron… avec le soutien de Clément XII. A la fin de sa vie il composa des « paraphrases » en vers de textes bibliques et liturgiques.

C’est donc Clément XII qui lui demanda l’hymne pour Julienne Falconieri. Il se trouve que Francesco Lorenzini connaissait cette famille, parce que dans les années 1720 il avait été dénoncé pour malversations financières auprès du gouverneur de Rome, Alessandro Falconieri (qui allait être fait cardinal). Le gouverneur (qui était aussi vice-camerlingue) établit l’innocence du poète et lui offrit sa protection. Alors il écrivit une « Brève notice sur la vie du bienheureux Alexis Falconieri », puis une « Brève notice de la vie de la bienheureuse Julienne Falconieri », dédicacées au pape d’alors, Clément XI.

Ce qui étonne dans cette hymne du XVIIIe siècle est la simplicité du style. A une époque où les hymnographes multipliaient les allusions à l’antiquité et se piquaient d’imiter les poésies latines les plus compliquées, Francesco Lorenzini se coule dans la plus pure tradition ambrosienne des poèmes en octosyllabes dépourvus de toute recherche alambiquée. Cela doit être dû au fait que précisément il n’était pas hymnographe, et que malgré le patronage revendiqué de « l’Arcadie », ses poèmes étaient écrits dans une langue simple, comme il l’avait sans doute appris à l’Oratoire.

Cæléstis Agni núptias,
O Juliána, dum petis,
Domum patérnam déseris,
Chorúmque ducis Vírginum.

Sponsúmque suffíxum cruci
Noctes diésque dum gemis,
Dolóris icta cúspide
Sponsi refers imáginem.

Quin septifórmi vúlnere
Fles ad genu Deíparæ :
Sed crescit infúsa fletu,
Flammásque tollit cáritas.

Hinc morte fessam próxima
Non usitáto te modo
Solátur et nutrit Deus,
Dapem supérnam pórrigens.

Ætérne rerum Cónditor,
Ætérne Fili par Patri,
Et par utríque Spíritus,
Soli tibi sit glória. Amen.

O Julienne, puisque tu désires
les noces de l’Agneau céleste,
tu laisses la maison paternelle,
et tu conduis un chœur de Vierges.

Tandis que tu gémis jour et nuit
sur ton Époux attaché à la Croix,
un glaive de douleur te blesse :
tu reproduis l’image de l’Époux.

Aux genoux de la Mère de Dieu,
tu pleures ses sept blessures :
mais arrosée de larmes,
ton amour croît et s’enflamme.

Quand la mort prochaine t’épuise,
d’une manière extraordinaire,
Dieu te console et nourrit
te donnant le pain d’en-haut.

Éternel Créateur des choses,
Fils éternel égal au Père,
Esprit égal à tous deux,
Gloire à vous seul. Ainsi-soit-il.

Je ne trouve pas cette hymne chantée sur internet. La partition est ici.