De la Sainte Vierge le samedi

Sit per te excusábile, María, quod per te ingérimus: fiat impetrábile, quod fida mente póscimus. Accipe quod offérimus: redóna quod rogámus; excúsa quod timémus: quia tu es spes única peccatórum. Per te sperámus véniam delictórum, et in te, beatíssima, nostrórum est exspectátio præmiórum. Sancta María, succúrre míseris, juva pusillánimes, réfove flébiles, ora pro pópulo, intérveni pro clero, intercéde pro devóto femíneo sexu: séntiant omnes tuum juvámen, quicúmque célebrant tuam sanctam commemoratiónem.

Par toi, Marie, soit excusée la médiocrité de tout ce que par toi nous entreprenons. Qu’elle soit exaucée la requête que nous formulons avec une foi sincère. Reçois ce que nous offrons, accorde ce que nous demandons, excuse ce que nous craignons. Car tu es l’unique espérance des pécheurs. Par toi, nous espérons le pardon des offenses, en toi, Vierge bienheureuse, repose notre attente du don futur de Dieu. Sainte Marie, aux malheureux, prête secours, aux faibles, accorde ton aide, sois chaude tendresse pour ceux qui pleurent. Prie pour le peuple, interviens en faveur du clergé, intercède pour toutes les femmes consacrées. Qu’ils éprouvent la joie de ton secours, tous ceux qui célèbrent ta sainte mémoire.

Cette leçon des matines est la suite de celle de samedi dernier. Indiqué comme étant de saint Augustin, le texte est celui d’un sermon de l’Assomption mis en annexe de l’œuvre de saint Augustin dans la patrologie de Migne qui indique qu’il est en fait de saint Césaire d’Arles. D’autre part, la fin est devenue l’antienne de Benedictus de l’office de la sainte Vierge :

Beáta Dei Génitrix, María, Virgo perpétua, templum Dómini, sacrárium Spíritus Sancti, sola sine exémplo placuísti Dómino nostro Jesu Christo: ora pro pópulo, intérveni pro clero, intercéde pro devóto femíneo sexu.

Saints Jean et Paul

Ce qui suit est la notice sur les saints Jean et Paul dans Les martyrs, Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu’au XXe siècle, traduites et publiées par le R. P. Dom Leclercq, deuxième édition, 1921.

Un même récit contient la vie des saints Jean et Paul et les actes de leur martyre. Nous n’avons pas à nous occuper de leur vie dans ce recueil, néanmoins nous résumerons le document qui nous la fait connaître. Le nom de famille des deux saints frères n’est pas connu, nous savons seulement que Jean et Paul étaient pourvus d’une charge de cour et avaient fait partie de la milice palatine sous les règnes de Constantin, de Constant et de Constance ; ils se retirèrent à Rome lors de l’avènement de Julien [l’Apostat] et vinrent habiter dans une maison du Célius qu’ils tenaient par héritage d’une chrétienne nommée Constantia. Leur retraite avait l’apparence d’une démonstration, aussi Julien invita à plusieurs reprises les deux frères à venir reprendre leurs fonctions, il les menaça même dans le cas où ils refuseraient ; mais ils s’obstinèrent et, prévoyant que leur conduite leur coûterait la vie, ils se préparèrent à la mort ; en conséquence ils distribuèrent tout leur bien aux pauvres. Julien envoya un officier nommé Terentianus avec l’ordre de proposer aux frères d’accomplir sa volonté dans un délai de dix jours ; passé ce terme, comme ils persévéraient, on les tua dans un corridor de la maison qu’ils habitaient, on les enterra sur place et on fit répandre le bruit qu’ils étaient exilés.

Les Actes ajoutent que quelques personnes de l’entourage intime des martyrs, le prêtre Crispus, le clerc Crispinianus et une dame nommée Benedicta découvrirent l’emplacement où les corps avaient été enfouis, y furent surpris et arrêtés pendant un pèlerinage qu’ils y faisaient ; ils furent décapités, et leurs corps, recueillis en secret par les prêtres Jean et Pigmenius et le sénateur Flavien, furent enterrés au Célius à côté de ceux des frères martyrs. Ce n’est pas tout ; Terentianus, l’officier qui avait exécuté le deuxième groupe de saints, avait un fils qui fut guéri miraculeusement au tombeau des martyrs ; il se convertit, son père l’imita, et tous deux furent mis à mort en même temps ; enfin Jean et Pigmenius, ayant voulu rendre les honneurs funèbres à ces nouvelles victimes, furent tués, et Flavien exilé.

Les Actes qui contiennent ce récit compliqué ne sont pas contemporains, et leur valeur est médiocre. Plusieurs traits dispersés au cours de cette longue pièce semblent montrer que le rédacteur a travaillé sur de bons mémoires, mais ce sont ces mémoires que nous voudrions connaître afin de savoir quelle réalité historique ont chacun des épisodes qui composent le récit. Le fait principal qu’il relate est indiscutable depuis qu’une circonstance matérielle, la découverte de la maison des martyrs au Célius et l’existence de leur tombeau là où les Actes l’indiquent, a fait de l’épisode de leur martyre un des faits les plus certains et les plus captivants de la science archéologique. Il y a plus encore : une série de peintures à fresque au nombre de six, que leur style ne permet pas de faire descendre plus bas que la fin du IVe siècle on le commencement du Ve, servent de commentaire à plusieurs détails avancés par la deuxième partie des Actes. Une de ces fresques offre un sens tout à fait clair. On y voit « une femme et deux hommes agenouillés. Ils ont les mains liées derrière le dos, les yeux bandés, la tête inclinée dans l’attente du coup mortel. Le bourreau se tient debout derrière eux ; malheureusement, le stuc est détaché en cet endroit, et le bas de son corps, ses jambes nues, sa tunique retroussée, sont seuls visibles. A droite, un autre personnage, debout sur un tertre, semble présider au supplice. C’est là, sans aucun doute, une scène de martyre ; je n’hésite pas y reconnaître celui des trois amis de Jean et Paul : les saints Crispus, Crispinianus et Benedicta. L’importance de cette peinture est grande, puisqu’elle fait sortir des ombres de la légende, pour l’éclairer du plein soleil de l’histoire, un récit longtemps tenu pour suspect. Elle vient, une fois de plus, faire comprendre l’aide apportée par l’archéologie à l’étude des antiquités ecclésiastiques. Par le plus clair et le plus concluant des exemples, nous apprenons à ne pas rejeter a priori une tradition, sous prétexte qu’elle est relatée seulement dans une pièce où tout n’est pas assuré. Beaucoup de documents de cette nature furent composés par des écrivains qui, à défaut même de mémoires écrits, avaient sous les yeux des monuments originaux, tombeaux, inscriptions ou peintures. La découverte de ces monuments peut venir, comme dans le cas présent, non sans doute justifier tous les détails de leur compilation, mais au moins prouver que, sous les naïves inventions de rédacteurs de basse époque, il y avait un fonds de vérité. » (P. Allard).

Sur l’ahurissante suppression du culte des saints Jean et Paul en 1969, voir ici et .

Saint Guillaume

Au territoire de Goleto, près de Nusco, saint Guillaumeconfesseur, père des Ermites du Mont Vierge (en Campanie).

A Bérée, l’anniversaire de saint Sosipater, disciple du bienheureux apôtre Paul.

Saint Guillaume de Verceil fonda en 1119 le monastère d’ermites de Montevergine, puis d’autres monastères. Dès 1126 était institué l’ordre de Montevergine. Voir les liens vers mes notes précédentes, notamment la lettre de Pie XII qui raconte la vie du saint.

Le deuxième nom du martyrologe est saint Sosipater. La mention de Bérée est une erreur. Le disciple originaire de Bérée (Alep) indiqué dans les Actes de apôtres (20,4) se nomme Sopater. Saint Paul nomme Sosipater parmi les personnes qui sont avec lui quand il écrit aux Romains (16,21) : « Timothée, mon collaborateur, vous salue, ainsi que Lucius, Jason et Sosipatros, mes parents. » Ce dernier mot a fait couler beaucoup d’encre. Il est certain qu’il ne s’agissait pas de « parents », puisque déjà Jason était de Thessalonique (Actes 17). Saint Paul fait un balancement entre son « synergos » Timothée, qu’on pourrait traduire par auxiliaire, et ses « synguenis » Lucius, Jason et Sosipatros. On peut noter qu’en philosophie (Platon, Aristote), συγγενὴς veut dire semblable, analogue, de même sorte.

Selon la tradition, Jason et Sosipater, deux des 70 disciples choisis par le Seigneur, sont les évangélisateurs de Corfou. Ils y seraient arrivés en 48. Arriva un moment où ils furent dénoncés, arrêtés, et jetés en prison par le roi Kerkyllinos. En prison ils convertirent sept brigands, et le gardien. La fille du roi elle-même, Kerkyra (ce qui est le nom de Corfou en grec) se convertit. Jason et Sosipater furent jetés dans un chaudron de poix et de résine. Jason en sortit indemne, mais Sosipater mourut. Le roi lui-même finit par se convertir et prit le nom de Sébastien. (Version courte…)

Saints Jason, Kerkyra et Sosipater, icône du XVIIe siècle, musée du château de Corfou.

L’église Saints Jason et Sosipater de Corfou (XIe siècle) est la plus ancienne de l’île. Elle est aussi l’un des plus beaux spécimens et des mieux conservés du style byzantin dit à croix inscrite.

Δυὰς ἡ ὁμότροπος, τῶν Ἀποστόλων Χριστοῦ, Ἰάσων ὁ ἔνδοξος, Σωσίπατρος ὁ κλεινός, συμφώνως τιμάσθωσαν οὗτοι γὰρ δεδειγμένοι, τὸν τῆς χάριτος λόγον, ηὔγασαν ἐν Κερκύρᾳ, εὐσεβείας τὸ φέγγος, πρεσβεύοντες τῷ Κυρίῳ, ὑπὲρ τῶν ψυχῶν ἠμῶν.

Que ces deux apôtres du Christ, le glorieux Jason et le célèbre Sosipater, soient honorés ensemble. Après avoir illuminé Corfou de la grâce du Verbe, ils ont répandu la lumière de la piété, priant le Seigneur pour nos âmes.

Nativité de saint Jean Baptiste

Doxastikon des laudes, par Georges Chatzitheodorou, protopsalte de la cathédrale de la Toute Sainte Pleine de grâce (Παναγίας Κεχαριτωμένης) de Kalymnos, dans l’île du même nom. Musicologue, compositeur, professeur, fondateur de chœurs et d’écoles, auteur de 15 livres sur le chant byzantin et le folklore grec, Georges Chatzithedorou a été honoré du titre d’archonte de la Grande Eglise du Christ en 2009.

Ἀστὴρ ἀστέρων Πρόδρομος, στειρωτικῆς ἐκ νηδύος, ἐπὶ γῆς τίκτεται σήμερον, Ἰωάννης ὁ θεοπόθητος, καὶ Χριστοῦ ἐπιφαίνει τὴν αὐγήν, ἀνατολὴν τὴν ἐξ ὕψους, εἰς εὐθεῖαν πιστοῖς διάβασιν.

Astre des astres Précurseur, d’un sein stérile naît aujourd’hui sur terre Jean l’aimé de Dieu, qui manifeste la lumière du Christ, Soleil levant qui vient d’en haut pour diriger les pas des croyants.

Vigile de saint Jean Baptiste

Prière du bréviaire mozarabe, citée dans L’Année liturgique.

Adsunt, Domine, principia christianæ lætitiæ, quibus olim nasciturum in carne Verbum vox sanctificata præcessit, et luminis ortum lucis protestator insigniter nuntiavit : ex quo et christianæ fidei sacramenta, et salutaris lavacri prodierunt insignia : cujus conceptus miraculum, cujus nativitas gaudium approbatur ; quæsumus ergo, ut qui natalem nunc Præcursoris tui ovantes suscipimus, ad festum quoque natalis tui purgatis cordibus accedamus : ut vox, quæ te prædicavit in eremo, nos purget in sæculo ; et qui viam venturo Domino præparans corpora viventium suo lavit baptismate, nostra nunc corda suis precibus a vitiis et errore depurget : qualiter Vocis sequentes vestigia, ad Verbi mereamur pervenire promissa.

Voici commencer la joie chrétienne, ô Seigneur ! Le Verbe à naître dans la chair est précédé d’une Voix qui l’annonce dans la sainteté ; le lever de la lumière a pour avant-coureur un insigne témoin de ses rayons. Par lui éclatent les mystères de la foi nouvelle ; il manifeste le bain du salut. Sa conception est un prodige ; sa naissance est proclamée la joie du monde. Nous donc qui dans l’allégresse accueillons maintenant la naissance de votre précurseur, puissions-nous dans un cœur purifié solenniser aussi la fête de votre naissance ! Que la voix qui vous prêcha au désert nous purifie dans le siècle. Préparant les sentiers du Seigneur qui devait venir, le Précurseur lavait dans son baptême les corps de ceux qui vivaient en ce temps ; que maintenant, par sa prière, il délivre nos cœurs des vices et du mensonge : en sorte que, marchant à la suite de la Voix, nous méritions de parvenir aux promesses du Verbe.