Zakharova

La valeureuse république de Malte a annulé le visa de Maria Zakharova, qui devait accompagner Sergueï Lavrov au conseil de l’OSCE. Alors elle est allée à Ekaterinbourg…

L’annulation par Malte de mon visa pour participer aux travaux de la délégation russe au Conseil ministériel de l’OSCE m’a amenée… à Iekaterinbourg. J’ai accepté l’invitation du diocèse local, que j’avais déclinée en raison de mon voyage professionnel, à participer à la cérémonie d’inauguration du monument à la mémoire de l’empereur Alexandre Ier, qui a vaincu Napoléon et libéré l’Europe.

Coïncidence ? Signe du destin et signe des temps. Vous ne voulez pas communiquer et travailler normalement, vous voulez nous nuire et nous emmerder, nous vous vaincrons.

PS – J’aurais pu m’asseoir tranquillement sur une chaise dans la salle de réunion du Conseil ministériel de l’OSCE et compatir à l’état comateux de l’Acte final d’Helsinki. Mais, comme on dit, vous l’avez bien cherché – rappelons aujourd’hui la gloire des héros de la guerre patriotique de 1812 et de la Napoléonie battue.

La messe : pourquoi le sursis

Le témoignage qui suit est de Robert Moynihan, fondateur (en 1993) et rédacteur en chef de Inside the Vatican. Robert Moynihan est a priori quelqu’un de crédible. Voici selon lui pourquoi le pape n’a pas signé l’interdiction totale de la messe traditionnelle dans les diocèses.

J’ai un ami russe orthodoxe que j’ai présenté au pape François il y a quelques années, il y a plus de dix ans. Ils ont échangé leurs numéros.

Je lui ai toujours dit que nous étions très désireux de conserver un espace dans l’église… pour l’ancienne liturgie, qui était similaire à bien des égards à la liturgie byzantine. Il a apprécié cela puisqu’il est orthodoxe.

Je lui ai dit : « Dites-le au pape lorsque vous communiquerez avec lui, car il y a des rumeurs selon lesquelles il pourrait vouloir abolir l’ancienne liturgie, d’une manière qui, selon Joseph Ratzinger, n’était même pas possible. »

Il m’a dit avoir communiqué avec le pape l’été dernier et lui avoir dit qu’il y avait tant de bonnes personnes, de jeunes gens en Amérique et dans d’autres pays qui aimaient l’ancienne liturgie et qu’ils ne l’aimaient pas comme une sorte de signe de leur colère contre lui, mais simplement parce qu’ils aimaient Jésus. Ils voulaient se rapprocher de lui et c’est ce que la liturgie leur a permis de faire. Et c’était très similaire à la façon dont les gens simples en Russie se rapprochaient de la liturgie dans les années 1600, lorsque les vieux croyants ont été condamnés parce qu’ils voulaient garder la même ancienne liturgie et non la liturgie réformée dans les années 1660 en Russie.

Ce Russe a donc raconté ces choses au pape, qui lui a répondu : « J’ai le texte sur mon bureau. On m’a dit que je devais signer, mais puisque vous m’avez dit tout cela, je ne signerai pas. »

*

Robert Moynihan a fondé en 2013 la Fondation Urbi et Orbi, pour approfondir les relations entre catholiques et orthodoxes. Et en 2015 il donnait une importante interview sur le sujet au National Catholic Register.

Il disait notamment :

Dès les années 1980, alors que j’étais étudiant à Yale, j’ai senti que cette désunion scandaleuse devait cesser. Mon conseiller, Jaroslav Pelikan, le grand historien de l’évolution de la doctrine chrétienne, un pasteur luthérien qui est devenu orthodoxe grec à la fin de sa vie, me l’a dit explicitement. Il m’a dit que si ce schisme n’était pas surmonté, le christianisme occidental n’aurait pas assez de force et de profondeur pour résister à la nouvelle culture modernisante que nous appelons « l’humanisme séculier post-chrétien ». Nous devions unir nos forces.

Et sa réponse à la question :  « Pensez-vous que l’Église orthodoxe russe est une manifestation de nationalisme agressif  ? »

L’Église orthodoxe russe n’est pas simplement un outil de l’État russe. Non, c’est une véritable Église.

En Russie, j’ai rencontré de nombreux croyants qui, par le passé, ont renoncé à leurs avantages personnels pour s’en tenir à la foi orthodoxe. Et ils cherchent toujours à faire ce qui est honnête, ce qui est bien, ce qui est juste. Ils sont prompts à dire que les êtres humains sont pécheurs et ils sont conscients que même les membres de leur Église peuvent être pécheurs. Bien sûr. Mais le fait que les Russes se souviennent de Jésus-Christ après 2.000 ans et après 70 ans d’athéisme est important. C’est un témoignage de foi émouvant. Et le fait que certains chrétiens utilisent la foi comme un manteau pour des transactions mafieuses, ou que des personnes utilisent le manteau du code moral pour s’engager dans des activités politiques et économiques lucratives, n’invalide pas le témoignage des orthodoxes russes. De tels faux croyants, ou croyants pécheurs, sont présents partout.

Quel est donc le « fond de l’affaire » ? Je crois que les croyants russes, les croyants orthodoxes russes, ont préservé et porté une compréhension profondément chrétienne de la condition difficile de l’homme, du fait que les êtres humains doivent être orientés vers l’éternel s’ils veulent atteindre un certain degré de bonheur terrestre et de justice sociale. Les êtres humains ont besoin de cette orientation vers l’éternel, dans le sens des paroles du Christ selon lesquelles « l’homme ne vit pas seulement de pain… » Cette orientation est présentée et défendue en Russie par l’Église orthodoxe, telle qu’elle lui a été confiée il y a 2.000 ans par Jésus-Christ.

Je sais que certains catholiques croient, comme les laïques occidentaux (et russes), que la foi orthodoxe est une foi nationaliste et non une foi authentique et profonde, mais simplement une forme d’identité nationale. C’est certainement la position de nombreux critiques laïques de l’Église russe. Mais cette position ne tient pas compte de la sainteté de la vie chrétienne dans tant de familles et chez tant d’individus en Russie.

Interdire les pressions pour l’avortement

Le parlement de l’oblast de Kourgan, en Russie (district fédéral de l’Oural, à la frontière du Kazakhstan) a voté une loi qui interdit, sous peine d’amende, de faire pression sur les femmes pour qu’elles avortent.

La proposition émanait de la branche régionale de l’Union des femmes orthodoxes, avec la bénédiction du métropolite Daniel de Kourgan et Belozersk.

En vertu de cette loi, les actions visant à pousser les femmes enceintes à avorter par la persuasion, l’offre, la corruption, la tromperie ou l’exigence sont passibles d’amendes. L’amende est doublée si l’infraction est commise par un étranger, et multipliée par dix si elle vient d’une ONG…

Dans sa lettre au président du parlement régional, la présidente de l’Union des femmes orthodoxes de Kourgan, Natalia Kataïtseva, soulignait que les décisions des femmes en matière d’avortement sont fortement influencées par la pression culturelle occidentale, qui présente l’avortement comme une simple « solution » ou un « droit », même lorsque les circonstances sont favorables à l’accouchement. Elle critiquait la faible sensibilisation du public à la grossesse et au développement du fœtus, en dépit d’informations facilement accessibles. Elle déplorait le déclin des valeurs morales et la promotion du consumérisme et remarquait que les messages en faveur de l’avortement font partie d’une « guerre hybride » contre la Russie, avec des mouvements financés par l’étranger qui promeuvent le droit à l’avortement, et des groupes de médias qui prônent des valeurs antifamiliales tout en supprimant les informations sur les risques de l’avortement pour la santé.

Natalia Kataïtseva (à gauche) au cours du forum des médias éducatifs de l’Oural à Kourgan, en mai dernier, dont le thème était « Temps de la famille, temps des traditions ».

« Welcome to Russia »

Maria Boutina lance une ONG intitulée Welcome to Russia, destinée à aider les occidentaux qui veulent fuir leur pays et trouver refuge en Russie.

Maria Boutina fut condamnée à 18 mois de prison aux Etats-Unis comme agent étranger n’ayant pas prévenu le Procureur général. Expulsée, elle est devenue en 2021 député à la Douma et s’occupe notamment depuis lors d’aider les Occidentaux qui vont s’installer en Russie, comme en témoigne son fil X où elle fait part quotidiennement de son action, en lien avec les autorités et organisations locales.

Aujourd’hui elle passe à la vitesse supérieure, dans la foulée du décret de Vladimir Poutine qui simplifie les démarches :

« L’organisation aide précisément les personnes qui partagent les valeurs russes et ont besoin d’un asile spirituel et moral. La Russie offre la possibilité d’élever sa famille dans un endroit sûr, sécurisé et ancré dans la tradition. Et personne ne dira à quiconque ce qu’il doit faire ou comment il doit vivre. Il y a de plus en plus de gens de l’Ouest qui veulent venir. Ils demandent l’asile spirituel. C’est pourquoi nous avons dû éliminer les obstacles supplémentaires auxquels les gens pourraient être confrontés, comme le quota ou l’obligation d’étudier la langue russe pour obtenir le statut de résident temporaire. »

Pour demander un permis de séjour simplifié en vertu du décret présidentiel, « vous devrez vous soumettre aux procédures habituelles : vérification du casier judiciaire, informations sur le passeport et détails sur votre famille et vos antécédents. Vous pourrez ensuite déclarer que vous partagez les valeurs de la Russie et obtenir immédiatement un permis de séjour temporaire ».

Ça ne pardonne pas

Kimmo Kiljunen, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement finlandais, a déclaré lors d’une rencontre avec une association finno-russe qu’il faudrait rouvrir la frontière avec la Russie au trafic passagers.

Propos tabou, aussitôt dénoncé par la classe politico-médiatique.

Dans un premier temps, Kimmo Kiljunen a présenté ses excuses : « Les opinions que j’ai exprimées ne reflètent pas la ligne du parti social-démocrate ou de la commission des Affaires étrangères du Parlement. Il s’agit uniquement de mon opinion personnelle. Je ferai un rapport au groupe parlementaire sur cette question. » Et d’ajouter que c’était une déclaration « complètement irréfléchie », due au fait notamment que sa femme a des racines russes…

Mais ça n’a pas suffi. Kimmo Kiljunen, qui était membre de la commission des affaires étrangères depuis trois décennies, vient de présenter sa démission. Aussitôt acceptée.

(Ce banal politicien social-démocrate avait aussi qualifié de « raciste » l’interdiction faite aux Russes d’acheter une maison en Finlande. Ce qui laisse entendre que dans ce pays comme dans les autres la russophobie officielle n’est qu’une façade : c’est la russophobie Potemkine…)