La tente de David

Lors de ce qu’il est convenu d’appeler le « concile de Jérusalem », au chapitre 15 des Actes des apôtres, on ne fait guère attention à ce qui paraît secondaire dans les arguments invoqués : une citation d’Amos, faite par saint Jacques, pour appuyer ce que dit saint Pierre. Il s’agit du fait que les prophètes ont annoncé que viendrait le salut des nations. Saint Paul le fait dans ses épîtres, en citant des versets de psaumes très explicites. La citation d’Amos l’est aussi, mais elle commence de façon bizarre, peu compréhensible dans le contexte, d’où le peu d’intérêt qu’elle suscite chez le lecteur, surtout moderne :

Je rebâtirai la tente de David, qui est tombée ; je réparerai ses ruines, et je la relèverai ; afin que le reste des hommes, et toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, cherchent le Seigneur, dit le Seigneur qui fait ces choses.

Osty trouve « étrange » que Jacques cite Amos selon la Septante, texte qui ici dit le contraire de l’hébreu : « … afin qu’ils (les fils d’Israël) conquièrent ce qui reste d’Edom ». Et conformément à son négationnisme habituel, quand il traduit le texte d’Amos il ne fait pas la moindre allusion à saint Jacques mais explique que le prophète annonce tout simplement le rétablissement du royaume d’Israël dans ses anciennes limites…

La Bible de Jérusalem souligne aussi que le texte est cité « selon la Septante » (mais c’est le cas de la très grande majorité des citations dans le Nouveau Testament), et explique que « l’argumentation repose sur des variantes propres à la version grecque », pour éviter d’évoquer clairement la contradiction avec l’hébreu, mais en suggérant que ce texte vient des milieux hellénistes et a été mis ensuite « sur les lèvres du chef du parti “hébreu” ». Sic. Autrement dit on ferait dire à Jacques ce qu’il n’a pas dit alors que cette prophétie sur « toutes les nations » fait bien évidemment partie intégrante et nécessaire des propos des apôtres… (Conformément à sa schizophrénie habituelle, la Bible de Jérusalem explique en note du texte d’Amos, dans l’Ancien Testament : « Les ruines qui seront relevées, c’est l’Eglise, qui sera rebâtie afin que toutes les nations puissent s’y rassembler… » (car il y a effectivement « toutes les nations » dans la suite du texte).

La TOB remarque sans s’y étendre que « l’argumentation attribuée à Jacques serait impossible avec le texte hébreu ».

En ce qui concerne les premiers mots de la citation, les traductions modernes disent « la hutte branlante » ou « la hutte croulante » de David. « La hutte de David qui était tombée », dit Osty.

La Vulgate dit « tabernaculum David » : littéralement la tente de David. C’est le mot qui a été traduit par tabernacle quand cette tente est devenue pendant l’Exode celle de la présence divine, avec l’arche d’alliance. En grec c’est « σκηνὴν Δαυιδ », tant chez Amos que dans les Actes. Et cette expression ne se trouve nulle part ailleurs.

Or la « tente de David », cela ne peut être que le Temple de Jérusalem : au temps de David la présence divine se trouvait toujours sous une tente, puisqu’il allait revenir à Salomon de construire le Temple. C’est pourquoi Amos parle des ruines qui seront réparées. Car à cette époque le Temple a été détruit, mais à la fin de sa prophétie il annonce qu’il sera reconstruit. Du point de vue chrétien, qui est celui de saint Jacques, la tente de David est l’Eglise, qui est le vrai nouveau Temple de Jérusalem.

On remarque une chose curieuse. Saint Jacques cite Amos en faisant dire à Dieu : « Je rebâtirai la tente. » Mais dans le texte authentique d’Amos il y a : « Je relèverai ». En grec ἀναστήσω : le verbe de la Résurrection. Car la tente de David, c’est le Corps du Christ : « Détruisez ce Temple et en trois jours.je le relèverai. »

Les orthodoxes qui ont participé à la TOB ont obtenu que soit insérée une note disant : « Dans ce relèvement de la hutte croulante de David, la liturgie orthodoxe voit une prophétie messianique du salut par l’incarnation du Christ. »

Voilà qui reste mystérieux. La note fait allusion au mégalynaire de la fête du saint prophète Amos, qui est en effet explicite :

Réjouis-toi, Amos, prophète de Dieu ! Car, telle la tente prophétique de David, le Verbe fait chair est ressuscité glorieusement et, ce qu’il avait créé, il l’a amené au Père.

Χαίροις ὦ Προφῆτα Θεοῦ Ἀμώς· τὴν γὰρ πεπτωκυῖαν, ὡς προέφης σκηνὴν Δαβίδ, σαρκωθεὶς ὁ Λόγος, ἀνέστησεν ἐνδόξως, καὶ ταύτην θεουργήσας, Πατρὶ προσήγαγε.

La tente qu’il avait créée, qui était tombée en ruines par le péché, et qu’il a restaurée par sa résurrection, il l’a ramenée au Père. La tente qui est la chair dont Dieu s’est revêtu pour la restaurer, et qui renvoie à ce que disait David à Nathan : « Ne vois-tu pas que je demeure dans une maison de cèdre, et que l’arche de Dieu habite sous les peaux ? »

On peut rappeler aussi que saint Jean, quand il dit que le Verbe fait chair a « habité » parmi nous, emploie un verbe construit sur le mot σκηνὴ, tente. Mais traduire par « posé sa tente parmi nous » serait forcer le trait : le verbe voulait simplement dire « habiter ».

Telle est la symphonie des significations croisées du texte sacré, quand on n’en fait pas une hutte croulante par des traductions fausses et des exégèses idéologiques.

De la Sainte Vierge le samedi

En dehors des alléluias ajoutés aux antiennes et aux répons, la seule particularité de l’office de la Sainte Vierge les samedis du temps pascal est que l’antienne de Benedictus (et de Magnificat aux premières vêpres dans les bréviaires d’avant 1955) est une autre version du Regina caeli, dont voici la partition.

Regína cæli, lætáre, allelúja; quia quem meruísti portáre, allelúja; resurréxit, sicut dixit, allelúja: ora pro nobis Deum, allelúja.

Reine du Ciel réjouissez-vous alleluia, car celui que Vous avez mérité de porter, alléluia, est ressuscité comme Il l’a dit, alléluia : priez Dieu pour nous, alléluia.

Je n’en trouve aucun enregistrement, mais j’en trouve une version… sarde comme antienne du Magnificat (dont seulement quelques versets sont chantés) :

Magnificat anima mea Dominum,
et exsultavit spiritus meus
in Deo salutari meo.
Quia respexit humilitatem ancillae suae.
Et misericordia ejus a progenie in progenies
timentibus eum.
Gloria Patri et Filio
et Spiritui Sancto
Sicut erat in principio
et nunc et semper
et in saecula saculorum. Amen.

Théâtre de l’absurde

Le Théâtre Russe d’Odessa en 2011, fêtant son 135e anniversaire avec « La recette de l’amour », une pièce de théâtre d’après cinq nouvelles de Tchekhov. Pièce qui sera reprise à partir du 2 mars 2022, le jour même où le Théâtre prétendra ne plus être russe…

Maria Zakharova attire l’attention sur la déclaration de la représentante du commissaire pour la protection de la langue d’Etat, Anna Nerouch, annonçant, à la veille de la saison touristique à Odessa, une interdiction totale de l’usage de la langue russe. Mme Nerouch a ajouté qu’Odessa devait suivre l’exemple des administrations municipales de Kiev, Vinnitsa, Tcherkassy, Ternopil, Belaya Tserkov et Dnipropetrovsk, qui ont déjà mis en place un moratoire « sur l’utilisation des produits culturels en langue russe ».

Or Odessa est une ville entièrement russophone, et son célèbre théâtre (qui connut notamment Coquelin, Sarah Bernhardt et Mounet-Sully) s’appelait « Théâtre russe » jusqu’en 2022.

Maria Zakharova commente : « Ce sont des histoires absurdes dans le style du théâtre de l’absurde, écrites plus tôt, avant le XXe siècle. »

La loi Yadan

Je n’ai pas tout compris, mais voici ce que les gazettes en disent.

Mercredi, la commission des lois a décidé que la pétition contre la proposition de loi Yadan, qui avait dépassé les 700.000 signatures, ne serait pas débattue à l’Assemblée. Pour la raison que ce serait une « redondance inutile », vu que le texte lui-même arrivait en discussion le lendemain.

De fait il était à l’ordre du jour hier soir. Mais il en a été retiré par les députés macronistes parce que ceux-ci ont eu l’engagement du gouvernement (qui soutenait la proposition de loi) qu’un projet de loi sur le sujet serait présenté fin juin en conseil des ministres pour être adopté d’abord par le Sénat.

Les députés macronistes ont alors affirmé que le projet de loi reprendrait « l’intégralité de la proposition de loi ».

Mais le gouvernement a démenti, indiquant que le projet de loi sera élaboré avec l’ensemble des forces parlementaires, « dans une logique coordonnée et transpartisane »…

Caroline Yadan a néanmoins crié « Victoire ».

Ce matin, Aurore Bergé, « ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations », a déclaré qu’elle inviterait « dès le 28 avril » les présidents des groupes parlementaires « pour entendre leurs propositions ».

En fait il y a très peu de chance que le texte, qui sera donc théoriquement présenté au Sénat fin juin, soit voté avant la fin de la session parlementaire.

Peut-être certains ont-ils pris conscience de l’aspect encore plus ubuesque (« négation d’un Etat reconnu par l’Onu ») que liberticide (provocation « implicite » au terrorisme) du texte.

L’euthanasie en Uruguay

Le 15 avril, le président de l’Uruguay, Yamandú Orsi, a signé le décret d’application de la loi autorisant l’euthanasie. Le texte avait été adopté par les députés le 13 août dernier par 64 voix contre 29, et le 15 octobre au Sénat par 20 voix sur 31 votants.

Comme dans le projet français, le meurtre « euthanasique » sera classé comme « décès naturel ».

L’Uruguay est le premier pays d’Amérique latine à légaliser l’euthanasie par la loi. La Colombie et l’Equateur ont été obligés de l’accepter par décision de leur Cour constitutionnelle.