Saint Vincent Ferrier

Dans le calendrier romain c’est aujourd’hui la fête de saint Pie V. Dans mon diocèse c’est la fête de saint Vincent Ferrier, mort à Vannes le 5 avril 1419. (Il est bien au 4 avril dans le martyrologe, mas la fête diocésaine a été transférée au 5 mai parce que le 5 avril tombe toujours pendant le carême ou la semaine de Pâques.) Voici la préface du P. de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, à la réédition du livre d’Henri Ghéon en 2019.

Pourquoi republier la biographie que Henri Ghéon a consacrée, il y a quelques décennies, à la vie prodigieuse de saint Vincent Ferrier (1350 – 5 avril 1419) ? Parce que ce fils de saint Dominique a quelque chose à nous dire aujourd’hui, spécialement en cette année de son Jubilé. Voilà 600 ans qu’il est dans la vision de Dieu, et trois rayons de sa gloire viennent nous réchauffer. Oui, ce Frère prêcheur du Moyen-Âge finissant, déchiré par le schisme et une guerre centenaire, miné par la décadence philosophique qui engendra la Réforme, a un message très actuel pour aujourd’hui. Tout simplement parce que notre monde postchrétien et post-moderne est éminemment temps de crise comme le sien.

Vincent est Ange du Jugement.

Au lieu de gémir sur les malheurs des temps, Vincent soulève, du dedans, la tristesse d’un monde mauvais, par « l’annonce d’une bonne nouvelle éternelle» (Ap 14, 6). Il rappelle sans se lasser que l’absurde ne triomphe que si nous acceptons de nous laisser séduire, que le mal est vaincu par la lumière dans les cœurs qui attendent le Christ. « Craignez Dieu et rendez-lui gloire, car voici l’heure de son jugement » (Ap 14, 7). Vincent a prêché les grandes vérités qui nous bouleversent et ouvrent dans nos âmes, par le saisissement des immenses perspectives eschatologiques, les sources de la pénitence et les chemins de l’Amour. Nous avons besoin que le tonnerre de cette voix de prophète nous réveille, dans nos existences compliquées et pesantes, dont est trop souvent absente la pensée de la vie éternelle… Oui, le cri de Vincent nous juge sur l’Amour, parce qu’il annonce l’Époux (cf. Mt 25, 6).

Vincent est Apôtre de chrétienté.

Il a une conception totale de sa foi. À une époque où tout craque, où les pouvoirs temporels et spirituels ne s’entendent plus, où la naissance des antagonismes nationaux désagrège le corps de la chrétienté, où les hommes de la pensée perdent le sain réalisme de l’être, Vincent ne se résigne pas. Savant, nourri de Thomas d’Aquin, il enseigne sans relâche les clercs, conseille les princes, protège et convertit juifs et musulmans, apaise les querelles des cités. Devenu « légat du Christ », il jette toutes ses forces dans une gigantesque croisade pacifique, où, durant vingt ans, il sillonne l’Europe pour prêcher « la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines »[1]. « Cette fameuse mission constitue l’un des faits les plus extraordinaires et les plus importants de l’histoire de l’Église »[2].

La foi conquérante de Vincent fouette nos timidités, à l’heure où le profond désespoir de l’humanité contemporaine cache, « plus que nous ne le pensons, une silencieuse espérance qu’une chrétienté renouvelée pourrait constituer une alternative »[3].

Vincent est homme apostolique.

À l’image de son Père Dominique. Qu’est-ce à dire ? C’est un contemplatif dont le cœur parle aux hommes. Tous les jours, il marche sur les routes comme un pauvre, il chante la Messe – « l’œuvre la plus haute de la contemplation », dira-t-il –, puis il prêche. Et les grands et les humbles, accourus écouter le bonhomme Vincent, cet homme qui ne parle que de Dieu ou avec Lui, le sentent tout proche d’eux, le comprennent et l’aiment. C’est qu’il présente à tous, en même temps que l’Évangile de son maître Jésus, le miracle qui l’accrédite : lui-même, sa vie héroïque, son enthousiasme communicatif. Il est bien de ces hommes évangéliques qu’il a décrits dans son Traité de la vie spirituelle, et auxquels fera référence saint Louis-Marie de Montfort dans la Prière embrasée : « très pauvre, très simple et très doux, ne pensant qu’à Jésus, ne parlant que de Jésus, ne goûtant que Jésus et Jésus crucifié ».

Se mettre au contact de l’âme d’un Vincent, c’est se laisser envahir de cette soif apostolique qui consumait son cœur. En lisant la vie de cet humble géant, si bien retracée par Gheon, on est confondu devant sa confiance en la grâce divine. C’est tout simplement qu’il croit à l’Évangile. Qu’est-ce qui nous empêche d’en faire autant ? Vincent Ferrier nous enseigne qu’il n’est jamais trop tard pour l’espérance.

Fr. Louis-Marie de Blignières
Fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier

[1] Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 2105.
[2] Père Bernadot.
[3] Cardinal J. Ratzinger.

Pour en finir avec les « lectures »

On voit ici le chant de l’épître et le chant de l’évangile, hier à la cathédrale orthodoxe de Minsk. Ces deux textes sont chantés en slavon d’église, le premier par un diacre, le second par un prêtre. Ce ne sont donc pas des « lectures », et le chant se fait non pas face aux fidèles, mais face à l’iconostase, face à l’autel. Ad orientem.

La liturgie, par principe, est chantée. La liturgie « lue », ça n’existe pas dans la tradition byzantine, comme ça n’existait pas autrefois dans la tradition latine.

Et elle est chantée dans une langue liturgique. En Grèce, l’épître et l’évangile sont chantés dans leur texte originel, en grec ancien (mais souvent face au peuple).

C’est pourquoi il n’y a pas d’homélie après le chant de l’évangile. Car l’irruption d’une langue vernaculaire, et d’un propos qui n’est pas dans le rituel liturgique, casserait l’unité de la liturgie et son déroulement sacré. L’homélie est dite après la divine liturgie.

Pour un Grec c’est simplement naturel que la liturgie, donc l’épître et l’évangile qui en font partie, se chante… en grec, et pour un Russe qu’elle se chante en slavon, comme ce devrait être normal pour un latin qu’elle se chante, épître et évangile compris… en latin (et à l’autel).

Mais ce qui est naturel en Grèce et en Russie a quasiment disparu de l’Eglise dite latine, même dans la grande majorité des messes dites traditionnelles, le dictateur Bergoglio ayant même imposé la lecture de l’horrible « traduction » officielle.

Sainte Monique

L’hymne de l’office des saintes femmes (non vierges non martyres), par des moniales bénédictines indéterminées, enregistrées à une date indéterminée, dans un disque 78 tours de la marque française SM, repris dans un coffret de quatre disques 33 tours de la marque américaine Everest.

Fortem viríli péctore
Laudémus omnes féminam,
Quæ sanctitátis glória
Ubíque fulget ínclita.

Hæc sancto amóre sáucia,
Dum mundi amórem nóxium
Horréscit, ad cæléstia
Iter perégit árduum.

Carnem domans ieiúniis,
Dulcíque mentem pábulo
Oratiónis nútriens,
Cæli potítur gáudiis.

Rex Christe, virtus fórtium,
Qui magna solus éfficis,
Huius precátu, quǽsumus,
Audi benígnus súpplices.

Deo Patri sit glória,
Eiúsque soli Fílio,
Cum Spíritu Paráclito,
Nunc, et per omne sǽculum.
Amen.

La femme forte au cœur viril
Louons-la tous ;
Elle resplendit partout
De la gloire remarquable de sa sainteté.

Celle-ci, blessée du saint amour,
Tandis qu’elle repousse le dangereux amour du monde,
Monte aux demeures célestes
Par un chemin escarpé.

Domptant sa chair par les jeûnes
Et nourrissant son âme
Par le doux aliment de l’oraison,
Elle obtient les joies du ciel.

Christ Roi, force des âmes courageuses,
Vous qui seul faites de grandes choses,
A sa prière, s’il vous plaît,
Ecoutez avec bonté nos supplications.

A Dieu le Père soit la gloire
Et à son Fils unique,
Avec l’Esprit Paraclet,
Maintenant et dans tous les siècles.
Amen.

4e dimanche après Pâques

La semaine dernière, les répons des matines n’étaient plus ceux de Pâques, mais ils étaient pris de l’Apocalypse, la lecture biblique du moment. A partir de ce dimanche, jusqu’à l’Ascension, ils sont constitués de versets de psaumes sans rapport direct avec les lectures, mais toujours ponctuées des alléluias de Pâques. Le premier est pris du psaume 136, « Sur les rives des fleuves de Babylone ». C’est la réponse des Hébreux exilés à ceux qui leur demandent de chanter des cantiques de Sion. Le psaume dit : « Si je t’oublie, Jérusalem ». Le répons omet le nom de la ville, ce qui laisse entendre que c’est Dieu que je ne dois pas oublier.

℟. Si oblítus fúero tui, allelúia, obliviscátur mei déxtera mea: * Adhǽreat lingua mea fáucibus meis, si non memínero tui, allelúia, allelúia.
℣. Super flúmina Babylónis illic sédimus et flévimus, dum recordarémur tui, Sion.
℟. Adhǽreat lingua mea fáucibus meis, si non memínero tui, allelúia, allelúia.

℟. Si jamais je t’oublie, alléluia, que ma main droite m’oublie : * Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens plus de toi, alléluia, alléluia.
℣. Auprès des fleuves de Babylone, nous sommes assis et nous pleurons, en nous souvenant de toi, ô Sion.
℟. Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens plus de toi, alléluia, alléluia.

Comme dans tous les répons anciens, le texte est pris du psautier romain, avec « obliviscatur » au lieu de « oblivioni detur » dans le psautier liturgique, le psautier dit « gallican », révisé par saint Jérôme. C’est ce dernier qui traduit correctement le grec, comme d’habitude. Le psautier romain dit « que ma main droite m’oublie ». Le véritable texte est : « que ma main droite s’oublie » (elle-même), « soit mise en oubli », comme précise le psautier liturgique. Saint Hilaire l’avait fait remarquer.

Je pense souvent au fait que la liturgie latine et la liturgie grecque (et slavonne, etc.) avaient exactement le même psautier, jusqu’à la révolution liturgique romaine qui l’a trafiqué et censuré, et cela alors qu’on prétendait s’engager à fond dans l’œcuménisme…

(On constate que sur cette édition récente de l’antiphonaire de Hartker il y a « obliviscatur me » et non « mei » comme dans les livres liturgiques habituels. Je ne sais pas si c’est l’éditeur qui a corrigé, mais de fait le psautier romain a « me » et non « mei ». – Le sens est le même, le verbe se construisant soit avec le génitif soit avec l’accusatif.)

Saint Athanase

Doxastikon des laudes, par le moine Cyprien (1935-2007), du skite Sainte-Anne au Mont Athos, sur une mélodie de Jacob le protopsalte (portrait à 0’8). (Extrait de la collection Recueil de musique sacrée, Anthologie du Mont Athos, CD 13 et 14.)

Τὸ μέγα κλέος τῶν ἱερέων, Ἀθανάσιον τὸν ἀήττητον ἀριστέα, ἱεροπρεπῶς εὐφημήσωμεν· οὗτος γὰρ τῶν αἱρέσεων συγκόψας τὰς φάλαγγας, τῇ δυνάμει τοῦ Πνεύματος, τὰ τῆς ὀρθοδοξίας τρόπαια, ἀνεστήσατο καθ’ ὅλης τῆς οἰκουμένης, ἀριθμῶν εὐσεβῶς τὸ τῆς Τριάδος μυστήριον, διὰ τὴν τῶν προσώπων ἰδιότητα, καὶ πάλιν συνάπτων ἀσυγχύτως εἰς ἕν, διὰ τὴν τῆς οὐσίας ταυτότητα, καὶ χερουβικῶς θεολογῶν, πρεσβεύει ὑπὲρ τῶν ψυχῶν ἡμῶν.

Célébrons saintement la grande gloire des prêtres, Athanase, l’invincible prélat ; ayant mis en pièces les phalanges des hérésies par la puissance de l’Esprit, il érigea les trophées de l’orthodoxie par tout le monde habité, donnant le juste nombre au mystère de la sainte Trinité selon les personnes et leurs diverses propriétés et sans confusion les rassemblant dans l’unité à cause de leur identité substantielle ; avec les Chérubins il chante Dieu et il intercède auprès de lui pour nos âmes.