De la férie

Dans le martyrologe de ce jour :

A Milan, l’anniversaire de saint Victor martyr. De race mauresque, et chrétien dès son enfance, il servait dans les troupes impériales, et demeurait très fortement attaché au Christ, malgré les efforts de Maximien pour le faire sacrifier aux idoles ; pour ce motif, il fut d’abord cruellement meurtri de coups de bâton mais, par la protection de Dieu, n’en ressentit aucune douleur, puis arrosé de plomb fondu sans en recevoir aucun mal ; il eut enfin la tête tranchée, et acheva ainsi le cours de son glorieux martyre.

Saint Ambroise promut son culte, et une mosaïque le représente au fond de la coupole de la chapelle dite « Saint Victor au ciel d’or » dans la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Saint Stanislas

Lu sur le site de la basilique Sainte-Marie-Madeleine et Saint-Stanislas de Szczepanów (photos ci-dessus, avec saint Stanislas au-dessus du maître autel) :

Saint Stanislas, né le 26 juillet 1030 à Szczepanów au sein d’une noble et vertueuse famille, étudia d’abord à Gniezno puis à Paris ou il reçut en Sorbonne ses grades de droit et de théologie, refusant toutefois, par humilité, le bonnet de docteur. Ordonné prêtre à son retour en Pologne, il fut nommé chanoine de Cracovie et fut un directeur de conscience si renommé qu’à la mort de Lambert II Suła il fut élu évêque de Cracovie, charge qu’il n’accepta que par ordre exprès du pape Alexandre II (1072).

Le roi Boleslas II le Cruel qui régnait alors sur la Pologne menait une vie si scandaleuse, qu’au nom de l’épiscopat polonais, Stanislas dut le menacer d’excommunication. Pour se venger, le Roi imagina de faire condamner l’évêque pour captation d’héritage. En effet, Stanislas avait acheté la terre de Piotrawin, mais n’avait pas demandé la quittance du vendeur, mort depuis ; Boleslas obligea les héritiers à l’attaquer pour usurpation de biens. Sur le point d’être condamné sous de faux témoignages, Stanislas demanda un délai de trois jours, au bout desquels, après avoir jeûné, prié et veillé, il fit ouvrir le tombeau du vendeur ; il toucha le cadavre de sa crosse, lui ordonna de se lever, et l’homme ressuscité l’accompagna au tribunal : « Voici Pierre qui m’a vendu la terre de Piotrawin, il est ressuscité pour rendre témoignage devant vous. Demandez-lui s’il n’est pas vrai que je lui ai payé le prix de cette terre. C’est un homme connu, son tombeau est ouvert ; Dieu vient de le ressusciter pour rendre témoignage à la vérité : sa parole vaut mieux que celle des témoins. » Boleslas s’amenda, puis reprit sa vie de débauches, ce qui lui valut d’être excommunié.

Alors que Stanislas célébrait la messe dans l’église Saint-Michel, en-dehors des murs de Cracovie, Boleslas envoya contre lui des soldats ; mais, comme ils furent terrassés, le Roi entra lui-même, l’épée a la main, et tua l’évêque.

Le corps fut traîné dehors et mis en lambeaux mais, deux jours entiers, des aigles protègèrent les restes qui furent recueillis par des prêtres et enterrés a la porte de l’église (8 mai 1079). Saint Stanislas a été canonisé par Innocent IV (1253) et mis au calendrier de l’église universelle (7 mai) par Clément VIII.

L’église Saint-Stanislas et Saint-Thomas-l’Apôtre du village de Piotrawin (près de Lublin), avec la statue de l’évêque de Cracovie patron de la Pologne.

Pour en finir avec les « lectures » (2)

Complément à l’article précédent.

Comme l’aurait dit M. de la Palice, il n’y a pas de « lectures » à la messe puisque l’épître et l’évangile sont chantés, comme tout ce qui n’est pas prière secrète du célébrant.

Dans les livres liturgiques, un chant est assigné à l’épître et un autre à l’évangile. Il n’y a aucune ambigüité.

Dans la liturgie latine, il s’agit évidemment et forcément du chant de ces textes en latin. Au moyen âge il y avait diverses mélodies selon les lieux. Le Liber usualis en donne deux, et une troisième « plus ancienne ». Ce sont de très beaux chants, d’une extrême simplicité et d’une profonde spiritualité, comme celui de la Préface dont Mozart disait qu’il donnerait tout ce qu’il a produit pour avoir composé cela.

L’acceptation de l’idée moderne (protestante) qu’il y aurait des « lectures » à la messe, aggravée par le diktat de Bergoglio sur la lecture des « traductions » officielles, fait qu’il y a désormais des générations de fidèles qui se croient liturgiquement 100% tradi et qui n’ont jamais entendu chanter l’évangile, ou du moins qui trouvent normal de ne pas entendre chanter l’évangile à leurs messes habituelles, alors que c’est un abus. Et un abus répété tous les dimanches et fêtes ne devient pas pour autant légitime…

Ci-dessous l’évangile de l’Annonciation, chanté par un moine du Barroux à l’abbaye Notre Dame de l’Annonciation.

Ad cœnam Agni providi

Hymne des vêpres au temps pascal, interprétée par le « Chœur grégorien des vêpres à Sainte-Philomène », église de Cleveland (Ohio). Ce chœur, qui chante aujourd’hui la messe traditionnelle en l’église de l’Immaculée Conception de la même ville, avait enregistré un disque en 1978. On en trouve l’intégralité sur YouTube, sur une chaîne très curieusement intitulée « Urbain VIII », alors que le chœur chante la version authentique de l’hymne, qui fut tellement charcutée par Urbain VIII qu’il n’en resta que… trois vers intacts (c’est l’hymne Ad regias Agni dapes).

Ad cœnam Agni próvidi,
Et stolis albis cándidi,
Post tránsitum maris Rubri
Christo canámus Príncipi.

Cujus corpus sanctíssimum
In ara crucis tórridum,
Cruóre ejus róseo
Gustándo vívimus Deo.

Protécti paschæ véspere
A devastánte Angelo,
Erépti de duríssimo
Pharaónis império.

Jam pascha nostrum Christus est,
Qui immolátus agnus est :
Sinceritátis ázyma
Caro ejus obláta est.

O vere digna hóstia,
Per quam fracta sunt tártara,
Redémpta plebs captiváta,
Réddita vitæ prǽmia.

Consúrgit Christus túmulo,
Victor redit de bárathro,
Tyránnum trudens vínculo
Et Paradísum réserans.

Quǽsumus, Auctor ómnium,
In hoc pascháli gáudio,
Ab omni mortis ímpetu
Tuum defénde pópulum.

Glória tibi Dómine,
Qui surrexísti a mórtuis,
cum Patre et almo Spíritu,
in sempitérna sǽcula. Amen.

Invités au repas de l’Agneau,
revêtus de nos robes blanches,
après avoir passé la mer rouge,
chantons au Christ notre Chef.

En goûtant sa chair toute sainte
brulée sur l’autel de la Croix,
en goûtant le vin de son sang,
nous vivons de la vie de Dieu.

Protégés au soir de la Pâque
contre l’Ange exterminateur,
nous avons été arrachés
au dur pouvoir de Pharaon.

C’est le Christ qui est notre Pâque,
qui est l’agneau immolé ;
azyme de sincérité,
c’est sa chair qui est livrée.

O victime vraiment digne
brisant la porte des enfers :
le peuple captif est racheté,
les biens de la vie sont rendus.

Le Christ se lève de la tombe ;
il revient de l’abîme en vainqueur,
poussant le tyran enchaîné,
rouvrant l’entrée du Paradis.

Nous vous prions, Auteur de toute chose,
en cette joie pascale
de tout assaut de la mort
défendez votre peuple.

Gloire à Vous, Seigneur,
ressuscité d’entre les morts ;
avec le Père et l’Esprit bienfaisant,
dans les siècles éternels. Amen.

L’abbé-primat des bénédictins et la messe

Voici une traduction d’un extrait de l’interview de l’abbé-primat de l’ordre de saint Benoît Jeremias Schröder sur Katholisch.de le 30 avril.

Observe-t-on une tendance au retour à l’ancienne liturgie dans les monastères bénédictins ? Y a-t-il un conflit entre les traditionalistes et les modernes ?

— Je ne vois pas de conflit à ce sujet. Chez nous, les bénédictins, la liturgie traditionnelle et la liturgie actuelle coexistent en parfaite harmonie. Dans l’ensemble de l’ordre, nous avons une dizaine d’abbayes qui célèbrent selon l’ancien rite, la plupart en France. Celles-ci appartiennent pour la plupart à la Congrégation de Solesmes, où la majorité des monastères a toutefois adopté le nouveau missel. À partir de l’abbaye de Fontgombault, un groupe de monastères célébrant selon l’ancien rite s’est toutefois constitué. Ceux-ci sont pleinement intégrés à leur congrégation. Puis nous avons aussi le monastère du Barroux avec ses fondations filiales, qui était au départ d’orientation lefebvristes. Après les ordinations épiscopales illicites de 1988, l’abbaye est revenue en pleine communion avec Rome et dépend directement de moi en tant qu’abbé primat. Et puis il y a encore la communauté de Norcia. Nous nous traitons tous avec respect, et en tant qu’abbé-primat, je suis également l’abbé-primat de ces communautés, bien que je ne puisse moi-même célébrer la messe qu’avec le nouveau missel. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait lorsque j’ai été invité à Fontgombault pour célébrer l’office conventuel, et cela a bien sûr été accepté.

Les bénédictins peuvent-ils ainsi servir de modèle à toute l’Église ?

— D’une certaine manière, oui, car nous pratiquons déjà cette coexistence pacifique. Je suis très curieux de voir comment le pape Léon abordera le problème. Maintenant que le pape Benoît a ouvert des portes dans ce domaine, on ne pourra plus tout à fait mettre dehors l’ancienne forme. Nous avons des confrères et aussi des sœurs qui ont fondé leur vie religieuse sur cette forme de prière et de célébration de la messe. Cela a désormais aussi sa place dans l’Église et devrait être autorisé, au moins dans certaines zones.

« Wenigstens in einigen Bereichen ». Au moins, ou du moins, dans certaines zones. Ce qu’on appelle des réserves, pour les Indiens ?