Saint Barthélemy

Mosaïque de la cathédrale Saint-Juste de Trieste, XIIe siècle.

Odes 3 et 9 des matines byzantines, œuvre de Théophane.

Comme pluie du ciel tu arrosas la terre entière altérée par la sécheresse des sans-Dieu, saint apôtre Barthélemy, oculaire témoin de notre Dieu.
Comme fontaine tu provenais des sources du Sauveur et comme fruit abondant tu portas le salut des nations, Apôtre digne d’admiration.
Avec la grâce comme sel, tu arrêtas la pourriture des faux-dieux, saint Apôtre, réjouissant avec la douce parole de la foi les cœurs des fidèles te vénérant.

Etant devenu le serviteur du Verbe, le témoin oculaire, le disciple, le prédicateur, là où il se trouve maintenant tu as mérité de demeurer, comme lui-même en vérité l’avait promis, dans son extrême bonté.
Devant le trône du Maître désormais tu te tiens, environné des rayons de l’au-delà : veille donc sur tes chantres, Barthélemy, pour les délivrer de leurs passions et de toute sorte de péril.
Tu as mérité par la foi de devenir fils de Dieu et d’hériter les trésors paternels : généreuse main aux dons incomparables que celle du Christ te glorifiant, bienheureux Apôtre ayant vu Dieu !

Corfou à Kazan

Le métropolite Nectaire de Corfou célébrait ce matin la divine liturgie en la cathédrale de l’Icône de la Mère de Dieu de Kazan à Kazan. Grandiose. En grande partie en grec. Le métropolite était venu avec notamment un diacre qui chante magnifiquement, et dont le chant est une leçon de diction du grec liturgique (à 38’22). Le chœur de la cathédrale est admirable, tant en grec qu’en slavon.

On a une idée de l’affluence quand on voit le défilé continu des fidèles, pendant deux heures et demie, venant vénérer la main droite de saint Spyridon (et l’on ne voit pas le début… ni la fin).

Cette visite du métropolite Nectaire, apportant en Russie la relique du saint martyr de Corfou, et recevant une décoration du patriarche Cyrille, montre que c’est aussi un mythe que le « schisme » entre les Grecs et les Russes. (Ainsi à la grande entrée le métropolite de Corfou a-t-il commémoré en grec « Sa Sainteté le patriarche de Moscou et de toute la Rus Cyrille ».)

13e dimanche après la Pentecôte

L’introït, par les moines de Triors.

Réspice, Dómine, in testaméntum tuum, et ánimas páuperum tuórum ne derelínquas in finem : exsúrge, Dómine, et iúdica causam tuam, et ne obliviscáris voces quæréntium te.
Ut quid, Deus, reppulísti in finem : irátus est furor tuus super oves páscuæ tuæ ? Glória Patri…

Ayez égard à votre alliance, Seigneur, n’abandonnez pas à la fin les âmes de vos pauvres. Levez-vous, Seigneur et jugez votre cause, et n’oubliez pas les appels de ceux qui vous cherchent.
Pourquoi, ô Dieu, nous avez-vous rejetés finalement ? Pourquoi votre colère s’est-elle allumée contre les brebis de vos pâturages ?

De violentes émotions agitent aujourd’hui le cœur du chanteur. Il est saisi par la crainte que Dieu ne détourne à jamais Son regard de Son peuple égaré ; par la crainte qu’Il ne rompe l’alliance, seul espoir de l’humanité, parce que tant de personnes y ont manqué. D’où cette clameur violente, presque passionnée, notamment dans la deuxième partie sur exsurge Domine. « C’est peut-être la détresse extrême, causée par les migrations des nations, qui a arraché cette lamentation à l’Église ; nous pourrions aujourd’hui substituer comme raison le péché de tant de ses enfants » (K. L.). Le chantre sait toutefois qu’il peut prier au nom de toute l’Église : nous sommes Ton peuple, Tes pauvres, les agneaux de Ton pâturage, cette affaire Te concerne. Et cela le console, car Dieu n’abandonnera pas Son Église à une puissance hostile, et aucune malice ni aucun complot malveillant ne pourra jamais l’emporter contre elle.

L’Évangile d’aujourd’hui raconte l’histoire de la purification des lépreux. Avec quelle force n’ont-ils pas crié : « Jésus, Maître, aie pitié de nous ! » Mais plus pressante encore sera la supplication de celui qui a fait l’expérience de ce qu’est la lèpre de l’âme, de la honte que représente le péché, de la façon dont il appauvrit totalement l’homme, et de l’horreur qu’il y a à déserter son Créateur et à rompre l’alliance si solennellement ratifiée. Notre chant d’aujourd’hui naît de cette amère prise de conscience. Mais il y a aussi de la confiance en lui : le divin Berger des âmes ne nous oublie pas, Il ne nous abandonne pas, car voici qu’au Saint Sacrifice, Il descend sur l’autel et se donne Lui-même en nourriture à Ses pauvres brebis !

La mélodie gagnera en clarté si l’on considère la pause après causam tuam comme identique à celle après testamentum tuum. Ainsi se forment deux parties : la première moitié, animée de manière dramatique par les impératifs Respice, exsurge et judica ; tandis que la seconde moitié, avec ne derelinquas, ne obliviscaris et l’accent mis sur la dominante do, est nettement plus calme. Vers la fin, le chant redevient plus insistant en raison du pressus sur derelinquas et quaerentium.

La première moitié de la phrase présente avec force les trois mots les plus importants ; la seconde moitié évite tout intervalle trop large. C’est la supplication des « pauvres ». La cadence finale est empruntée au quatrième mode. Après le turbulent exsurge Domine, et judica s’engage sur la dominante, tout comme dans testamentum après Domine plus haut ; tuam est une abréviation de tuum ; ne obliviscaris renvoie à et judica ; voces se termine sur do, comme tuorum plus haut.

Dom Dominic Johner

Le Cœur immaculé de Marie

Le graduel de la messe, à l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, 2022.

Exsultábit cor meum in salutári tuo: cantábo Dómino, qui bona tríbuit mihi: et psallam nómini Dómini altíssimi. ℣. Mémores erunt nóminis tui in omni generatióne et generatiónem: proptérea pópuli confitebúntur tibi in ætérnum. Allelúia, allelúia.

Mon cœur tressaillira à cause de ton salut : je chanterai le Seigneur pour le bien qu’il m’a fait, et je louerai le nom du Seigneur, le Très-haut. ℣. Ils se rappelleront votre nom d’âge en âge ; et les peuples vous loueront éternellement et à jamais.

Sainte Jeanne de Chantal

Vous demandez, mes chères filles, en quoi consiste le pur amour de Dieu ? Il consiste, non pas à connaître le bien, à en parler, ni à le désirer, non plus qu’à ressentir de grandes consolations spirituelles, parce que plusieurs personnes ont tout cela, et ne laissent pas d’être pleines de l’amour d’elles-mêmes, et vides de celui de Dieu ; mais le vrai et pur amour consiste à faire tout ce qu’on connaît être des divines volontés et à bien observer tout ce qu’on a voué et promis, chacun selon son état. Le pur amour ne peut rien souffrir dans le cœur qu’il possède qui ne soit tout pour lui, et l’âme qui en est vivement touchée, n’adhère plus à la nature.

Celles qui suivent beaucoup leur instinct naturel sont fort éloignées de cette pureté d’amour, d’autant plus que la grâce et la nature, l’amour divin et l’amour-propre, ne peuvent subsister ensemble dans un même cœur, il faut que l’un ou l’autre périsse.

Vous demandez, comment on peut acquérir la défiance de soi-même et la confiance en Dieu ?

Je réponds, ma fille, que c’est en en produisant souvent les actes, ne nous reconnaissant que de purs néants, nous accoutumant à regarder, en tout ce qui arrive, la volonté de Dieu, qui ne fait rien pour nous qui ne soit pour notre bien. Nous devons tenir fort chères les occasions d’humiliations, contradictions et sécheresses, ainsi que les abandons et répugnances qui sont des moyens que Dieu nous donne, par un amour incomparable, pour nous enrichir et avancer dans les voies de la perfection, si nous en faisons bon usage.

Nous devons veiller surtout à ne point perdre d’occasion de nous anéantir, et embrasser notre abjection, devant être si fervente, en cet amour du mépris, que nous ayons peine à nous empêcher de le désirer et rechercher.

Entretien LXX, aux sœurs d’Autun, 1626.